Le marché des titres publics de la Banque des États de l’Afrique centrale (Beac), devenu l’un des principaux pourvoyeurs de financements aux six Etats de la Cemac (Cameroun, Gabon, Tchad, RCA, Congo, Guinée équatoriale) depuis son lancement en 2011, est une nouvelle fois très dynamique depuis le début de l’année 2024. Selon le communiqué qui a sanctionné la dernière session du Conseil de surveillance de la cellule de règlement et de conservation des titres (CRCT) de la Beac, tenue le 26 juin 2024, l’encours des titres émis sur ce marché à fin avril 2024 a de nouveau progressé de 14,1% sur un an, atteignant 6 663,9 milliards de Fcfa. Dans le même temps, souligne le communiqué, « la moyenne annuelle des taux de couverture des émissions a progressé de 343 points de base, passant de 75,64% à 79,07% ». Seul bémol sur ce tableau plutôt reluisant des performances de ce marché, « le coût moyen des émissions s'est accru de 5,67% à 6,37% pour les BTA (bons du trésor assimilables) et de 8,49% à 8,62% en ce qui concerne les OTA (obligations du trésor assimilables) ».
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En d’autres termes, malgré la politique monétaire d’austérité mise en place par la Beac pour restreindre l’accès aux financements par les agents économiques, parmi lesquels les États, le volume de financements mobilisé sur le marché des titres publics de la Cemac ne cesse de croître. Mieux, à fin avril 2024, les émetteurs réussissaient à mobiliser jusqu’à 79% de leurs besoins, contre seulement 75,6% sur la même période en 2023. Seuls les taux d’intérêts exigés par les investisseurs ont progressé, sous l’effet des différentes mesures prise par la banque centrale pour assécher les coffres-forts des établissements de crédit (elles sont agréées et opèrent comme spécialistes en valeurs du trésor ou SVT sur le marché des titres), afin de combattre l’inflation dans l’espace Cemac.
Parmi ces mesures d’austérité, il y a la hausse progressive, depuis fin 2021 des taux directeurs de la Beac. A cette mesure visant à limiter le refinancement des banques commerciales aux guichets de la banque centrale, il faut ajouter la suspension des opérations d’injection de liquidité dans le circuit bancaire de la Cemac, puis l’intensification des ponctions de liquidité dans les coffres-forts des banques. Mais, visiblement, même si elles induisent le renchérissement des emprunts sur le marché des titres publics, ces mesures d’austérité n’ont échaudé ni les banques-SVT, qui sont toujours très actives sur le marché, ni les États, qui demandent toujours plus de financements et ont revu à la hausse la rémunération de leurs emprunts, pour s’adapter à la nouvelle réalité du marché.
La solution du marché interbancaire
Au demeurant, pour parvenir à garantir la disponibilité de la liquidité, en dépit des restrictions imposées par la banque centrale, les banques-SVT ont trouvé une parade : le marché interbancaire. Il consiste, pour les banques appartenant au même groupe ou alors à des groupes bancaires différents, de se prêter de l’argent entre elles, pour pouvoir satisfaire les besoins de financements de leurs clients. En effet, révèle le rapport de politique monétaire de la Beac, alors qu’au premier trimestre 2024 « les réserves brutes du système bancaire de la Cemac, avant les opérations monétaires, ont régressé de 14,3 % » et que « l’encours des opérations de reprise de liquidités du système bancaire a progressé de 36,9 milliards de Fcfa » sur la même période, les emprunts interbancaires, eux, ont augmenté.
« La contraction de la liquidité décrite plus haut a également eu des répercussions au niveau du compartiment interbancaire, avec une augmentation des échanges en nombre et en volume. En effet, l’encours des transactions de prêt de liquidité interbancaire est passé de 407,6 milliards en janvier 2024 (dont 272,2 milliards d’opérations de pension-livrée et 135,4 milliards d’opérations en blanc) à 613 milliards en avril 2024 (dont 452,3 milliards d’opérations de pension-livrée et 160,8 milliards d’opérations en blanc). En avril 2023, il s’élevait à 556,6 milliards (dont 377,9 milliards d’opérations de pension-livrée et 150,4 milliards d’opérations en blanc) », révèle le rapport de politique monétaire de la Beac, publié fin juin 2024.
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Sur la foi de ces chiffres de la banque centrale, l’on peut remarquer que le marché interbancaire est dopé par les opérations de « pension-livrée ». Il s’agit d’une technique de financement interbancaire offrant de solides garanties de remboursement, dont le cadre juridique a été adopté par le Comité de politique monétaire de la Beac le 18 décembre 2014. Elle consiste en un échange de titres négociables contre de la trésorerie entre deux banques, pour une période déterminée. Cette transaction exige la signature d’une convention entre les parties, qui permet au prêteur de se voir automatiquement transférer la propriété des titres mis en garantie par l’emprunteur, une fois la date du remboursement de la créance échue. « On n’a même pas besoin d’aller devant un tribunal pour obtenir ce transfert de propriété », faisait souvent remarquer Aboubakar Salao, alors cadre de la banque centrale.
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Fort de la sécurité qu’elle offre, la pension-livrée est de nos jours présentée (et cela est confirmé par les chiffres cités plus haut) comme le principal catalyseur du développement du marché secondaire des titres publics de la Beac ces dernières années. Ceci dans la mesure où, grâce à la pension-livrée, les banques-SVT peuvent y échanger en toute sécurité les titres acquis sur le marché primaire, contre de la liquidité leur permettant de satisfaire les besoins de financements de la clientèle. Y compris dans un contexte de politique monétaire d’austérité, que la Beac a décidé d’atténuer depuis le mois de juin 2024, grâce à la reprise de ses opérations d’injection de liquidité dans le circuit bancaire de la Cemac.









