L’État du Cameroun s’apprête à traîner en justice l’entreprise canadienne Magil Construction. Selon des sources ayant connaissance du dossier, le gouvernement de Yaoundé envisage de réclamer plus de 20 milliards de FCFA à l’entreprise pour des obligations contractuelles non respectées dans le cadre des travaux du Complexe Sportif d’Olembé. Cette décision intervient plus d’un an après l’abandon du chantier par Magil, filiale du groupe Mayolle, en violation d’un protocole d’accord transactionnel signé le 8 septembre 2023. Le gouvernement reproche à l’entreprise d’avoir interrompu le chantier sans respecter les termes de son engagement. Dans ce contexte, l’État envisage de prendre en charge l’achèvement des travaux en régie.
Pourquoi Magil peine à relancer les travaux
Pour Yaoundé, cette décision n’est pas totalement surprenante. Le 23 février 2023, Narcisse Mouelle Kombi, ministre des Sports, dénonçait déjà, dans une mise en demeure, le bilan de Magil, l’accusant d’avoir perçu 42 milliards de FCFA dont 38 milliards de FCFA issus du prêt-garanti contracté par le Cameroun auprès de la banque britannique Standard Chartered Bank, sur un contrat de 55 milliards de FCFA, sans résultats tangibles. À l’époque, la tutelle des sports camerounais avait sommé l’entreprise de reprendre « immédiatement » et « sans condition » les travaux d’achèvement de ce complexe dont le coût initial est de 163 milliards FCFA. Mais malgré les menaces du régime de Yaoundé, rien ne bouge sur le chantier. L’entreprise conditionne la reprise par le paiement des 12 milliards de FCFA restants de son contrat, à l’Etat du Cameroun. Une exigence qui rencontre une fin de non-recevoir du ministre des Sports.
Lire aussi : Complexe sportif d’Olembe : des impayés de 19,5 milliards de Fcfa bloquent les travaux d’achèvement du chantier
A la vérité, la multinationale de Bâtiment et travaux publics (Btp) se trouvait dans l’incapacité de reprendre les travaux car faisant face à une grogne de ses fournisseurs qui, eux, conditionnaient leur retour sur le chantier par le paiement de leurs factures. A l’époque, l’enveloppe s’élevait à 13 milliards de FCFA. Ces derniers, lassés des retards de paiement, avaient suspendu toute livraison de matériel et cessé leur collaboration avec Magil. En conséquence, le chantier d’Olembé est resté à l’arrêt depuis lors, alors même que le gouvernement espérait une reprise rapide des travaux.
Task Force
Le différend avait toutefois pris une tournure internationale lorsque Magil décida de saisir la Chambre de Commerce Internationale de Paris (CCI) en mars 2023. Laquelle Chambre donnait ensuite raison à l’entreprise canadienne, condamnant le Cameroun à lui verser 23,3 millions d’euros (plus de 15 milliards de FCFA), avec une pénalité journalière de 20 000 euros en cas de retard. Cependant, un compromis a très vite été trouvé avec la partie camerounaise, représentée par sa Task Force, entité logée à la Présidence de la République et dirigée par le ministre d’Etat, Secrétaire général de la Présidence Ferdinand Ngoh Ngoh. Magil a fait machine arrière et un protocole transactionnel a été signé entre les deux parties le 8 septembre 2023.
A l’occasion de la signature de ce protocole d’accord, l’entreprise canadienne a pris un nouvel engagement. « Magil a ainsi présenté un planning de redémarrage des activités sur le projet, témoignant de l’engagement continu de l’entreprise envers l’achèvement du Complexe Sportif d’Olembe. Cet engagement s’inscrit dans le cadre d’une feuille de route qui permettra aux travaux résiduels du stade principal et de construction des infrastructures annexes d’être bouclées dans un délai relativement court », a indiqué l’entreprise dans un communiqué le 3 octobre 2023. Plus d’un an après, le chantier n’a pas repris.
Lire aussi : Complexe sportif d’Olembe : Après avoir touché 42 milliards, Magil lève le camp
Pour mémoire, c’est après la rupture du contrat initial avec l’entreprise italienne Piccini qui a consommé 113 milliards FCFA de l'enveloppe initiale, que le marché du projet d’achèvement des travaux de construction du Complexe sportif d’Olembe (dont les travaux ont débuté en 2016) a été attribué à Magil en 2020 pour près de 55 milliards FCFA. Le cahier de charges comprend entre autres, l’achèvement du stade principal de 60 mille places et ses deux terrains annexes, la construction d’un hôtel cinq étoiles de 70 chambres, un gymnase omnisports, une piscine olympique, un centre commercial comprenant des salles de cinéma et de conférence etc.
Pour assurer le financement de ce marché, le président camerounais Paul Biya avait autorisé le ministre de l’Économie à contracter un prêt de 55,1 milliards de FCFA auprès de la Standard Chartered Bank de Londres et de BPI France Export. Malgré la mobilisation de ces fonds, le projet a connu des interruptions à répétition, mettant en difficulté les finances publiques du pays. Contactée il y a près d’une semaine, Magil Construction n’a toujours pas donné de suite aux sollicitations d’EcoMatin.








