L'Organisation internationale de police criminelle (OIPC), communément abrégée Interpol, vient de publier son rapport sur la cybermenace en Afrique en 2026, dont les conclusions devraient retenir l'attention de tous les gouvernements. Selon Neal Jetton, le patron de la Direction de la lutte contre la cybercriminalité d'Interpol, qui signe ce rapport, « la cybercriminalité représente désormais une menace croissante et systémique pour la sécurité économique, la confiance du public et la résilience institutionnelle des pays africains ».
Le rapport d'Interpol a constaté que plus de la moitié des pays africains interrogés (55 %) ont signalé l'utilisation de l'IA dans les cas de cybercriminalité, que 70 % des détections de BEC (e-mails professionnels compromis) provenaient d'Afrique du Sud, et que le Cameroun et le Tchad ont été identifiés comme des zones de vulnérabilité potentielle. En effet, « ces pays ont été confrontés à des difficultés liées à des pratiques de prêt non autorisées, notamment le recours à des tactiques de recouvrement de créances non conventionnelles telles que les menaces de divulgation publique et le blocage des cartes SIM ». La fuite de données est alors devenue le fondement qui alimente la cybercriminalité à grande échelle.
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Un tableau de la Fondation Shadowserver, relayé par Interpol dans son rapport, présente la détection des vulnérabilités par pays en Afrique en 2025, comme suit (pour les pays de la zone Cemac cités) : Gabon (1,9 %), République du Congo (1,5 %), Cameroun (0,6 %). Au Cameroun, la cybercriminalité a causé des pertes financières évaluées à 12,2 milliards de FCFA, selon les chiffres officiels de l'Agence nationale des technologies de l'information et de la communication (Antic). Ce montant, qui date de mars 2022 et a été relayé par EcoMatin, représente le double des pertes enregistrées les années précédentes pour l'économie nationale.
Les données télémétriques de FortiGuard Labs ont confirmé que le Cameroun était le deuxième centre de détection de botnets (réseaux d'appareils informatiques piratés, utilisés pour mener diverses escroqueries et cyberattaques) en Afrique, avec 40,5 millions d'incidents en 2025, ce qui indique une compromission généralisée des appareils, utilisée pour la collecte d'identifiants et la distribution de ransomwares (logiciel malveillant qui bloque l'accès à un ordinateur ou chiffre des données personnelles, puis exige le paiement d'une rançon en échange d'une clé de déchiffrement).
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Quant au Gabon et à la République du Congo, le rapport d'Interpol indique qu'ils présentent les taux de détection de vulnérabilités les plus élevés d'Afrique centrale, soulignant l'exposition croissante de la région à mesure que les services numériques se développent, sans investissements proportionnels en matière de sécurité.
Infrastructures critiques, nouvelle cible
Le rapport d'Interpol souligne que les infrastructures critiques deviennent la nouvelle ligne de front de la cybercriminalité, mettant en lumière les attaques visant les prévisions météorologiques, les opérations douanières, la transmission d'électricité et les télécommunications. Une attaque contre le Service des douanes du Nigeria, en août 2025, a paralysé le traitement des marchandises dans les principaux ports du pays, entraînant environ 18 millions de dollars américains de frais de stockage et des retards importants dans les délais d'importation.
À l'ère du numérique, où plus de la moitié de la population mondiale est potentiellement exposée au risque de cybercriminalité, la Direction de la lutte contre la cybercriminalité d'Interpol dit soutenir la communauté internationale des forces de l'ordre. « Nous nous engageons à développer et à piloter une réponse mondiale visant à prévenir, détecter, enquêter et perturber la cybercriminalité, avec pour objectif ultime d'aider les pays membres à lutter plus efficacement contre la cybercriminalité transnationale. »














