Le président de la Banque africaine de développement (BAD) Sidi Ould Tah, a plaidé pour une transformation en profondeur du système de financement africain, afin de corriger ce qu’il considère comme une perception excessivement négative du risque africain par les investisseurs internationaux. « Le risque africain est pricé à plus de 150 points de base par rapport à des pays ou des institutions ayant les mêmes fondamentaux sur d’autres continents », a déclaré Sidi Ould Tah, jugeant cette tarification « injuste ».
75 milliards USD d’économies
Le patron de la BAD a cité plusieurs données destinées à contester le narratif dominant sur le risque africaine. « Les données montrent que le risque africain n’est pas aussi important qu’il est présenté », a-t-il affirmé, citant notamment des statistiques de Moody’s selon lesquelles le taux de défaut des infrastructures africaines serait inférieur à celui observé en Europe occidentale et largement en dessous de l’Amérique latine. Sidi Ould Tah rejoint ainsi des dirigeants du continent qui ont plusieurs fois fustigé le caractère “très arbitraire” des évaluations faites par le Big Three de la notation mondiale (Fitch, Moody's et S&P), estimant que leur perception du risque d'investissement en Afrique était toujours plus élevée que le risque réel.
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La conséquence est que le coût du crédit est élevé pour les nations africaines alors même que les cas de défaut ne sont que très marginaux. Dans un autre rapport paru en mai 2023, le Programme des Nations unies pour le développement (PNUD) estime que des approches "plus objectives" de Moody's, S&P et Fitch auraient fait économiser près de 75 milliards de dollars à l'ensemble des pays notés en Afrique, l'équivalent de 80% des besoins annuels d'investissements du continent.
Connecter les capitaux africains aux besoins locaux
Pour le dirigeant, le principal défi du continent réside dans la structuration des flux financiers plutôt que dans la rareté du capital. « Les investisseurs n’investissent pas directement dans des projets, ils investissent dans des instruments », a-t-il insisté, appelant à développer des véhicules financiers adaptés, des mécanismes de garantie et des capacités locales de préparation de projets. Il a par ailleurs défendu la Nouvelle architecture financière africaine pour le développement (NAFA), lancée récemment par la BAD afin de reconnecter les capitaux africains aux besoins de financement des infrastructures, de l’industrialisation et du secteur privé. Selon la banque, l’Afrique fait face à un déficit annuel de financement supérieur à 400 milliards de dollars, malgré environ 4 000 milliards de dollars d’épargne longue disponibles sur le continent. « Cette nouvelle architecture n’est pas une nouvelle institution », a-t-il précisé, mais « une manière de consolider et de ramener toutes les institutions à travailler ensemble ».
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Vers une recapitalisation de l’ATIDI
Sidi Ould Tah a également plaidé pour une réforme des réglementations encadrant les fonds de pension africains, dont les placements restent souvent limités à leurs marchés domestiques. Selon lui, une plus grande circulation de l’épargne institutionnelle africaine permettrait de financer davantage d’actifs productifs sur le continent. Le président de la BAD a par ailleurs confirmé que plusieurs institutions africaines travaillent actuellement à la mise en place d’un mécanisme panafricain de garantie destiné à rassurer les investisseurs internationaux. Ce dispositif devrait notamment s’appuyer sur une recapitalisation d’ATIDI afin d’en faire « une agence africaine de garantie ».
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Aujourd’hui, seulement 1 % des flux institutionnels mondiaux sont dirigés vers l’Afrique, a rappelé Sidi Ould Tah. « Mon espoir, c’est que dans cinq ans cette situation change et que l’on puisse espérer 10 à 20 % des investissements internationaux vers le continent africain », a-t-il conclu.

