La Banque africaine de développement (BAD) a lancé jeudi à Abidjan la Nouvelle architecture financière africaine (NAFA), une initiative destinée à refonder les mécanismes de financement du continent et à reconnecter l’épargne africaine aux besoins de transformation économique. Porté par le nouveau président de la BAD, Sidi Ould Tah, ce cadre vise à corriger ce qu’il décrit comme une « défaillance structurelle du système financier africain ». Le continent est en effet confronté à un déficit de financement supérieur à 400 milliards de dollars par an, tout en disposant, dans le même temps, d’environ 4 000 milliards de dollars d’épargne de moyen et long terme.
Faire baisser le coût du capital africain
« Notre problème de financement est surtout structurel », a résumé le dirigeant mauritanien, pointant la fragmentation institutionnelle, la faible coordination entre capitaux publics et privés, ainsi qu’une allocation du risque encore peu efficiente. Dans son keynote, l’économiste Carlos Lopes a rappelé que l’Afrique demeure l’une des régions à plus forte croissance, mais continue de payer une prime de risque « excessive », ce qui retarde ou annule des projets pourtant viables. « Le capital existe. Les opportunités existent. Mais le lien entre les deux n’est ni efficace ni extensible », a-t-il déclaré.
Le patron de la BAD, Sidi Ould Tah, a également détaillé les premiers outils appelés à matérialiser cette nouvelle doctrine financière. Il a cité une première génération d’instruments articulée autour de mécanismes de garantie, de dispositifs de renforcement des fonds propres des institutions financières africaines, ainsi que de transactions pilotes destinées à tester la robustesse du modèle avant un déploiement à plus grande échelle. La BAD souhaite aussi installer un cadre permanent de coordination, afin d’éviter la dispersion des initiatives qui caractérise encore le financement du développement sur le continent.
Lire aussi : Intelligence Artificielle : la BAD vise 10 milliards $ pour créer 40 millions d’emplois en Afrique
Cette nouvelle architecture intervient à un moment où les besoins d’investissement africains atteignent des niveaux inédits. Selon la BAD, les infrastructures demeurent le premier poste de tension, mais la pression monte également sur les financements liés à la transition climatique, à l’industrialisation, à la montée en puissance des PME, aux marchés carbone et à la structuration des chaînes de valeur régionales. D’après l’institution, les seuls besoins annuels en infrastructures se situent entre 130 et 170 milliards de dollars, avec un déficit pouvant atteindre 100 milliards de dollars par an. Dans ce contexte, la NAFA se veut une réponse systémique à un problème devenu trop vaste pour être absorbé par les seuls instruments concessionnels traditionnels.
Le Consensus d’Abidjan adopté
Au terme des travaux, les participants ont adopté le Consensus d’Abidjan, qui formalise la Nouvelle architecture financière africaine pour le développement comme cadre continental partagé de mobilisation du capital et de transformation du risque. Le texte acte des engagements sur la mobilisation de l’épargne longue africaine, le renforcement des mécanismes de garantie, l’intégration des marchés de capitaux et le financement coordonné des grandes priorités du continent, des infrastructures à la transition énergétique en passant par l’industrialisation.
Pour Sidi Ould Tah, cette adoption marque le passage de la vision à l’exécution. La BAD est chargée d’assurer le suivi du Consensus à travers des revues périodiques et un mécanisme d’évaluation des progrès, avec l’ambition de mieux orienter les ressources africaines vers le financement du développement du continent.
Lire aussi : Cameroun : la BAD prévoit 59 milliards FCFA pour la 1ère phase de la voie de contournement de Yaoundé
Le rendez-vous d’Abidjan s’inscrit dans une séquence déjà enclenchée depuis l’arrivée de Sidi Ould Tah à la présidence de la BAD, le 1er septembre dernier. En quelques mois, le Mauritanien a déjà imprimé sa marque à l’institution, d’abord sur le terrain de la mobilisation des ressources, avec la reconstitution record du Fonds africain de développement à hauteur de 11 milliards de dollars, en hausse de 23 % par rapport au cycle précédent, à laquelle se sont ajoutés 800 millions de dollars de la Badea et 2 milliards d’euros du Fonds de l’Opep pour le développement international. Cette première victoire financière a conforté sa promesse de faire de la BAD un point de jonction entre les capitaux africains, arabes et internationaux. Dans le même temps, ses cent premiers jours ont été consacrés à une vaste phase d’écoute des équipes, des régulateurs, des institutions financières, des fonds de pension, des bourses et du secteur privé, dont est précisément née l’idée d’une Nouvelle architecture financière africaine pensée sur trois niveaux — continental, régional et national.











