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Gabon : la Banque mondiale critique la prise des participations de l’Etat au sein des entreprises

L’institution financière estime que le renforcement de la présence de l’État dans l’économie entraîne des risques budgétaires importants.

Publiée jeudi 17 juillet 2025 à 19:48:43Modifiée jeudi 17 juillet 2025 à 19:48:45Temps de lecture 5 minPar EcoMatin

ville gabon
Image d'une ville au Gabon_AFP

La Banque mondiale voit de très mauvais œil la nationalisation des entreprises en cours au Gabon. Pour illustrer son analyse dans une note de conjoncture qu’elle vient de publier, elle cite : l’acquisition, par l’intermédiaire de la société publique Gabon Oil Company (GOC), de deux producteurs de pétrole, Assala Energy et Tullow Oil (1,5 milliard d’USD et 300 millions d’USD) ; la Société de Maintenance Pétrolière (SMP) ; la Société Nationale des Bois du Gabon (SNBG) ; l’acquisition de 35 % d’Agro Business Group, anciennement Société d’investissement pour l’agriculture tropicale (Siat-Gabon) ; la création de Fly Gabon ; la création de la Banque pour le Commerce et l’entreprenariat du Gabon (BCEG) ; le transfert à l’État de 35 % de la participation dans le grand groupe de distribution alimentaire CECA-GADIS ; la création de la Société de Construction et de Restauration des Édifices Publics (Socorep).

Lire aussi : Gabon : l’État boucle le rachat des actifs pétroliers d’Assala Energy

La Banque mondiale observe qu’en réalisant ces investissements, le gouvernement gabonais cherche certainement à accroître son contrôle sur les ressources naturelles, en particulier le pétrole, et à poursuivre d’autres objectifs de développement tels que l’amélioration des transports intérieurs, le soutien aux PME, l’approvisionnement local des détaillants en denrées alimentaires et la réduction du coût de la vie.

« Néanmoins, relève l’institution, l’État pourrait être confronté à des risques budgétaires accrus en raison de la dette contractée par les entreprises publiques, en particulier si elle est garantie par l’État », déclare.
La Banque ajoute : « globalement, le renforcement de la présence de l’État dans l’économie entraîne des risques budgétaires importants, dus aux défis en matière de gouvernance d’entreprise et au manque de transparence des opérations des entreprises d’État. Le manque de transparence concernant les coûts d’acquisition récents des entreprises publiques et les mécanismes de financement constitue un obstacle majeur à l’évaluation de la situation budgétaire et de la dette. La fragmentation des données financières et des données relatives à la gouvernance des entreprises d’État rend difficile le suivi efficace des performances, l’évaluation des risques budgétaires et l’obligation de rendre des comptes ».

Manque de transparence


Toujours selon cette institution, les informations sur les garanties de l’État sur les dettes des entreprises publiques ne sont pas facilement disponibles, et très peu d’entre elles publient leurs états financiers et des informations sur leurs performances. Par exemple, souligne la note de conjoncture, le fonds souverain du pays, le Fonds Gabonais d’Investissements Stratégiques (FGIS), ne publie que des informations générales sur ses activités et ses investissements. La note relève que, pour relever ces défis, le gouvernement gabonais a récemment entrepris des réformes, établissant une Direction générale des Participations (DGPAR) en 2024 et lançant un Fichier Unique des Participations (FUP) en ligne au début de 2025. Un audit de « Delta Synergie », une société holding créée par des membres du régime précédent avec des actifs potentiellement acquis indûment, a également été lancé, mais les résultats ne sont pas encore connus.

Lire aussi : Le Gabon accélère la nationalisation du secteur pétrolier avec le rachat de Tullow Oil à 181 milliards FCFA

Par conséquent, indique la Banque, la participation de l’État aux marchés peut entraîner des risques économiques. « L’empreinte économique de l’État est importante au Gabon, le secteur public employant environ 57 % de la main-d’œuvre formelle. Les entreprises publiques peuvent bénéficier de subventions et d’un accès préférentiel au financement grâce aux garanties de l’État, ce qui fausse la compétitivité et entrave le secteur privé, en particulier si les entreprises publiques et les entreprises privées sont en concurrence, comme dans les secteurs du pétrole, du bois, de la construction et de la vente au détail de produits alimentaires. Il est donc essentiel de mieux évaluer et d’améliorer les performances des entreprises publiques », lit-on.

Suggestions sur la gouvernance


La Banque préconise au gouvernement d’adopter des approches et des stratégies spécifiques pour les monopoles naturels et les secteurs concurrentiels, notamment en renforçant la capacité et l’indépendance des régulateurs. Pour cela, il faudrait une coordination étroite entre la DGPAR et les ministères pour assurer une surveillance adéquate. Il serait également essentiel de garantir les règles et les incitations du marché, de surveiller les bénéfices des entreprises publiques et d’envisager des options pour réformer ou réduire la participation dans les entreprises publiques peu performantes et génératrices de pertes.

Aussi, dans un contexte où une loi sur la gouvernance des entreprises publiques est en cours d’élaboration, il serait essentiel d’assurer un suivi, un audit et une publication complète des informations financières sur les participations de l’État, et d’institutionnaliser les exigences de transparence. Le renforcement de l’évaluation des risques budgétaires, qui figure actuellement en annexe de la loi de finances, avec des informations plus détaillées sur les entreprises publiques, contribuerait également à améliorer l’analyse des risques budgétaires.

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