La question était sur toutes les lèvres depuis la tenue du dialogue inclusif d’avril 2024. Les recommandations issues de cette grand-messe laissaient déjà présager, à la fin de la Constituante, de la possibilité de certains acteurs de la transition actuelle de se présenter à la présidentielle. Depuis le 20 janvier 2025, l’épais mystère qui enveloppait la question de la candidature des membres du Comité pour la transition et la restauration des institutions (CTRI) à l’élection présidentielle, vient d’être levé.
De fait, les Parlementaires ont adopté la mouture du code électoral issue des assises d’avril 2024. Le texte, dans ses dispositions, permet aux militaires et aux magistrats de faire de candidater à l’élection présidentielle. Seul bémol, cette disposition prend le contrepied de l’article 25 de la Charte sur la démocratie, les élections et la gouvernance de l’Union Africaine. Celui-ci fait interdiction à toute autorité issue d’un coup d’État de « participer aux élections organisées pour la restitution de l’ordre démocratique, d'occuper des postes de responsabilité dans les institutions politiques de leur État ».
Dans l’optique de contourner ce piège, le pays étant sous le coup d’une suspension des instances de l’organisation panafricaine depuis août 2023, le nouveau code électoral dispose que les militaires et magistrats désireux de faire acte de candidature doivent au préalable prendre une mise en disponibilité avant cette échéance.
Appels du peuple
Une tournure qui intervient dans une ambiance de multiplication des appels du peuple, au travers de manifestations, à une candidature du président de la Transition à la prochaine élection présidentielle qui devrait, selon les députés et sénateurs gabonais, se tenir dans sept mois.
En effet, les marches et les motions de soutien se multiplient pour Brice Clotaire Oligui Nguema, l’invitant clairement à se porter candidat à ce scrutin. Le général se lancera-t-il dans la course dans un contexte économique et financier préoccupant, marqué par des déconvenues sur le marché des capitaux, auprès de la communauté des bailleurs de fonds sur fond de baisse des recettes pétrolières ?
De plus, la nouvelle constitution gabonaise largement approuvée par référendum le 16 novembre 2024, ouvrait déjà la voie d’une candidature du général à la prochaine élection, avant que le nouveau Code ne vienne consacrer, par cette disposition particulière, cette possibilité. Tout juste, la nouvelle loi fondamentale instaure une limitation des mandats présidentiels à deux pour une durée de sept ans. « Nul ne peut exercer plus de deux mandats successifs, quelles que soient les éventuelles révisions de la Constitution », précise l'article 42.
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Pour l’heure, le général ne fait pas mystère de ses envies présidentielles. Si le dernier verrou sur sa candidature à cette élection vient de sauter publiquement, de nombreux observateurs estiment que sa présentation à la future présidentielle ne faisait plus de doutes. Pour mémoire, l’on se souvient que lors du discours prononcé le 12 juillet 2024 à Tchibanga dans le sud du Gabon à l’occasion de la tournée républicaine dans les 09 provinces, le président de la Transition avait indiqué sans sourciller que les Gabonais devaient faire preuve de patience. « Soyez patients. Si en 10 mois on a pu faire ça, c’est qu’en sept ans on fera plus », garantissait Brice Clotaire Oligui Nguema.
Opposition
Alors que des figures de l'opposition gabonaise dont l'ancien Premier ministre Alain-Claude Bilie-By-Nze, l'ancien vice-président de la République Pierre-Claver Maganga Moussavou ou encore Albert Ondo Ossa, ancien candidat à la dernière présidentielle avant le renversement du pouvoir d’Ali Bongo Ondimba, appellent à ne pas soutenir la candidature des militaires, non sans accuser ces derniers de confisquer le pouvoir, ils les ont invités le 8 janvier 2025, lors d’une conférence de presse tenue à Libreville, à ne pas se présenter à la prochaine présidentielle.
Au cours de son adresse à la nation le 19 décembre 2024, le président de la Transition gabonaise, suite à l’adoption par référendum de la nouvelle constitution, avait indiqué que celle-ci, « qui entrera en vigueur après la prochaine élection présidentielle, et sur laquelle le président élu prêtera serment », permettra d’entrer dans une « cinquième République qui doit se placer aux antipodes de l’ordre ancien par sa gouvernance, avec de nouveaux visages et de nouvelles méthodes ».









