Lors du Conseil des Ministres à Oyo, le 13 mai 2025, l’État congolais a initié une reprise en main de ses ressources pétrolières, en reconfigurant l'attribution de concessions précédemment gérées par la société franco-britannique Perenco. Selon un communiqué de la Société nationale des hydrocarbures (SNPC), deux décrets majeurs y relatif ont été adoptés sous l'égide du Président Denis Sassou-N’Guesso. « Le Groupe SNPC continue de renforcer ses activités opérationnelles dans le développement national des hydrocarbures. », confie l’entreprise publique.
Le premier acte concerne la concession de « Likouala », situé au large du pays avec des réserves récupérables estimées de 133,59 millions de barils. À l'issue de négociations dont les clauses sont restées secrètes, Congorep (une joint-venture Perenco-SNPC) et Perenco Congo, filiale locale de Perenco, ont renoncé à leurs droits sur cette concession. Désormais, la SNPC se voit attribuer cette concession sous le permis d’exploitation « Likouala II ». Cette nouvelle configuration vise à dynamiser le développement d'un nouveau plan, avec une répartition des intérêts modifiée comme suit : SNPC (15 %), Perenco Congo (64,5 %) et Congorep (20,5 %).
Lire aussi : À la recherche de 100 milliards de Fcfa, la SNPC fait les yeux doux aux investisseurs gabonais et camerounais
En mars dernier, en marge de la première édition du Congo Energy & Investment Forum, le bloc Likouala, qui contient les champs Likouala Marine et Likouala East Marine, a été évalué entre 25 et 50 millions de dollars (environ 15 à 30 milliards de FCFA). Le champ Likouala Marine a atteint un pic d'environ 26 800 bpj en 2014, récupérant environ 64,94 % de ses réserves totales, et devrait produire jusqu'en 2053, contribuant actuellement à environ 6 % de la production quotidienne de pétrole du pays.
Un nouveau permis créé suite à une renonciation
Le second décret porte sur la création d’un nouveau permis : le permis « IKALOU II », issu de l'ancien permis « IKALOU / IKALOU Sud », situé au large des côtes congolaises, non loin des blocs de Madingo exploités par Eni. « Ce nouveau permis fait suite à une renonciation anticipée de Perenco Congo et de la SNPC sur l'ancien permis. », précise le communiqué de SNPC. Avec des réserves estimées à près d’un milliard de barils, « l'exploitation de ce permis sera assurée par Perenco Congo (85 %), sous le contrôle de SNPC avec une participation à hauteur de 15 %. », poursuit-il. Ce qui, « permettra de prolonger la valorisation du champ IKALOU sur 20 ans. »
Implications de la restructuration
Ces changements interviennent au moment où le gouvernement congolais a l'ambition d'atteindre une production journalière de 500 000 barils d'ici 2027, malgré un contexte économique difficile avec des fluctuations de cours du pétrole. Ils devraient avoir des conséquences notables sur la structuration du secteur des hydrocarbures au Congo. D'une part, ils marquent une volonté de l'État de renforcer le rôle de la SNPC dans la gestion et le développement des ressources pétrolières nationales. Cela pourrait potentiellement accroître la souveraineté du Congo dans un secteur stratégique. D'autre part, la redéfinition des participations entre la SNPC et Perenco Congo pourrait influencer les dynamiques d'investissement et les stratégies des acteurs pétroliers présents dans le pays.
Lire aussi : Congo : la SNPC émet un emprunt de 100 milliards de Fcfa pour soutenir son plan d’extension
Rappelons que cette stratégie avait frappé de plein fouet le Congo-Brazzaville lors de la chute des cours du pétrole en 2014. La vente de cargaisons de pétrole, qui représentait environ 80 % des recettes budgétaires du pays, avait chuté à 50 % en 2021. Alors que l’année 2019 avait été une année record en termes de production avec 339 000 barils/jour, la production pétrolière s’était contractée en 2020 à 300 000 b/j en raison du déclin naturel des champs et de la faiblesse des investissements. Selon les opérateurs pétroliers à cette période, ce déclin s’expliquerait davantage par le gel du patrimoine pétrolier par les autorités congolaises.



