La Guinée Équatoriale a officiellement attribué une surface de 30 hectares au port de Bata pour les opérations logistiques tchadiennes. Cette décision a été prise le vendredi 23 mai à N'Djamena, lors d'une rencontre d'évaluation de l'accord de transit signé en décembre 2024 entre les ministres des Transports des deux pays, Honorata Evita Oma (Guinée Équatoriale) et Fatima Goukouni Weddeye (Tchad). Elle marque un pas de plus dans la stratégie du Tchad de diversifier ses corridors commerciaux et de réduire sa dépendance vis-à-vis des infrastructures camerounaises. À cette occasion, M. Honorata Evita Oma a souligné l'attractivité de cette nouvelle voie, affirmant : « Les ports guinéens offrent aujourd’hui des conditions incomparables dans la sous-région : fluidité, sécurité, digitalisation et attractivité fiscale. Il est temps d’essayer ce nouveau chemin, car les portes sont grandement ouvertes. »
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Cette initiative s'inscrit dans une volonté affirmée du Tchad, pays enclavé de façade maritime, de contourner les difficultés récurrentes rencontrées sur le corridor camerounais Douala-Kribi-N'Djamena. En effet, les opérateurs économiques tchadiens ont souvent dénoncé des tracasseries administratives, des lenteurs portuaires significatives et une recrudescence de la corruption, qui augmentent considérablement les coûts logistiques et impactent directement les prix des marchandises à N'Djamena. En réponse à ces préoccupations, la Guinée Équatoriale a non seulement concédé cet espace stratégique à Bata, mais a également annoncé la construction prochaine d'un port sec à Ebybeyine, à la frontière avec le Cameroun, exclusivement dédié à faciliter les opérations logistiques tchadiennes.
Cameroun : la menace économique s’accélère
Il faut noter que si cette ouverture maritime offre au Tchad une opportunité de se positionner comme un hub logistique performant au cœur de l'Afrique, elle représente également une menace économique significative pour le Cameroun. En 2023, environ 2,2 millions de tonnes de marchandises tchadiennes ont transité par les ports de Douala et Kribi, générant plus de 350 milliards de FCFA de recettes annuelles pour les douanes camerounaises (selon des données dévoilées lors du 4ème Forum tripartite Cameroun-Tchad-RCA, tenu en janvier 2024). La redirection de ces flux vers Bata pourrait entraîner des pertes colossales pour le Cameroun et impacter son rôle central de hub logistique en Afrique centrale, tout en stimulant une concurrence portuaire accrue au sein de la CEMAC.
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Historiquement, le Tchad a toujours dépendu des infrastructures portuaires camerounaises pour son commerce international. Cependant, la récurrence des plaintes concernant les entraves sur ce corridor ont conduit le gouvernement tchadien à rechercher activement des alternatives. L'accord de coopération signé en décembre 2024 entre le Tchad et la Guinée Équatoriale marque le début officiel de cette diversification, avec une volonté affichée des deux pays de promouvoir une véritable intégration sous-régionale et de garantir la libre circulation des biens, conformément aux dispositions de l'acte additionnel de 2013 de la CEMAC.








