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Offres d’emplois : le Cameroun en panne de main d’œuvre qualifiée

Techniciens, ouvriers qualifiés et manœuvre ont la cote à la bourse de l’emploi. Favoris, les jeunes camerounais sont desservis par une formation en déphasage avec les réalités locales. Moins de 20% des effectifs dans l’enseignement secondaire suivent une formation technique ou professionnelle contre moins de 10% dans le supérieur.

Publiée mercredi 5 mai 2021 à 18:19:00Modifiée mercredi 5 mai 2021 à 18:19:09Temps de lecture 5 minPar Philipe NSOA

Le manque d’ingénieurs
Le manque d’ingénieurs et d’ouvriers qualifiés contraste avec l’ambition d'émergence.

Selon les prévisionnistes du gouvernement, la croissance économique devrait s’établir à 3,1% en 2021, contre -2,6% en 2020, sous l’hypothèse d’une maîtrise de la pandémie de la Covid-19, d’une reprise progressive de l’activité économique et d’une légère remontée du cours du pétrole à 37,87 dollars le baril. Cette embellie devrait s’accompagner d’une création de nombreux emplois ; au moins 500 000, selon le gouvernement. De quoi donner le sourire aux milliers de chercheurs d’emplois qui peuplent les quatre coins du pays. Même s’il n’est pas certain que toutes les offres d’emplois trouvent preneurs, faute d’une main d’œuvre technique et qualifiée.

L’Observatoire national de l’emploi et de la formation professionnelle (Onefop) souligne que l’analyse des offres d’emplois montre que le secteur moderne de l’économie camerounais nécessite davantage des techniciens, ouvriers qualifiés et manœuvre (Agent d’exécution) (45%). Ceci pour booster l’agriculture industrielle et d’exportation, rendre dynamique l’activité sylvicole, mettre en œuvre les grands projets d’infrastructures énergétiques et routiers du pays.

Lire aussi : Création d’emplois : les crises étouffent 219 000 espoirs d’emplois en 2020

En effet, l’enseignement technique et professionnel qui permet de se doter de compétences utilisables immédiatement sur le marché du travail représente autour de 20% des effectifs du cycle secondaire (21,82% en 2019). Mais, la formation technique professionnelle n’est pas en étroite adéquation avec les besoins du marché du travail. Les établissements d’enseignement professionnel se concentrent sur quelques filières telles que le bâtiment (environ 25% du total des effectifs), au détriment d’autres secteurs importants de l’économie comme le tourisme (3% des effectifs) et l’agriculture (moins de 1%).

Même au niveau de l’enseignement supérieur, la répartition des étudiants par discipline laisse supposer un décalage par rapport aux besoins de l’économie camerounaise. Exception faite des écoles normales, les filières stratégiques ne représentent que 5% des effectifs (cycle d’ingénieur) et 2% (études médicales) alors que le gros des effectifs se concentre dans les filières «Economie et gestion» (26%), «Droit» (24%), «Sciences» (22%), «Sciences humaines» (20%).

Apprentissage

Conscient de cette situation, le gouvernement a opté pour la multiplication des projets à haute intensité de main d’œuvre, la promotion de la transformation locale des produits agricoles et de l’élevage et l’appui aux PME. Objectif: améliorer l’employabilité des jeunes à travers l’accroissement de l’offre de formation technique et professionnelle en cohérence avec les réalités locales.

Lire aussi : Marché du travail : le secteur informel, premier employeur au moins jusqu’en 2020

Ainsi, il est envisagé l’achèvement des travaux de construction et d’équipement des Centres de Formation aux Métiers non agricoles à Bandjoun, Ndop, Ebebda, Maroua, Ngaoundéré et Bertoua ; de construire des Centres de Formation Professionnelle Sectoriels en Maintenance Industrielle, Transport et Logistique à Edéa, ainsi qu’en Agroalimentaire à Douala; de mettre en service le Centre de Formation aux Métiers de Nanga-Eboko ; de développer le Centre de Formation Professionnelle Rapide des Métiers Industriels de Pitoa.

Selon l’annuaire statistique de l’emploi et la formation professionnelle 2020, 52 792 apprenants étaient inscrits dans les 1477 centres de de formation professionnelle autorisés. Des effectifs qui montrent que la formation professionnelle n’est pas encore très répandue au Cameroun. Ainsi, l’apprentissage, qui permet de fournir efficacement une formation véritablement adaptée aux besoins du secteur privé, ne se fait jusqu’à présent que de manière informelle, en l’absence d’un cadre juridique permettant aux entreprises de nouer des partenariats avec des centres de formation. En conséquence, la plupart des jeunes ne reçoivent pas de formation professionnelle et, le cas échéant, celle-ci se fait essentiellement en cours d’emploi.

Lire aussi : Cameroun : 270 000 emplois perdus en 2020 à cause de la Covid-19

La prédominance de relations d’apprentissage informelles, a amené le gouvernement à adopter un document de stratégie de la formation professionnelle qui s’articule autour du Plan décennal de développement de la formation professionnelle pour la période 2014- 2024. Ce plan a pour but de mettre sur pied un système d’apprentissage plus efficace, qui permettra à terme, de se rapprocher de l’objectif de 200 000 ingénieurs et techniciens formés par an et prêtes à l’emploi; alors que la formation professionnelle classique, n’offre actuellement que moins de 50 000 places à l’échelle nationale.

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