L'Organisation des pays exportateurs de pétrole (OPEP) et ses alliés, dont la Russie (le groupe OPEP+), ont annoncé un ajustement de leur stratégie de production. Réunis virtuellement le 5 juillet dernier, huit membres clés – l'Arabie saoudite, la Russie, l'Irak, les Émirats arabes unis, le Koweït, le Kazakhstan, l'Algérie et Oman – ont convenu d'augmenter leur production collective de 548 000 barils par jour dès août 2025 par rapport aux niveaux de juillet. Il s'agit de la quatrième augmentation consécutive depuis le début de l'année 2025, et ce volume représente plus de 33% de hausse par rapport aux ajustements mensuels pratiqués en mai, juin et juillet (411 000b/j). Cette décision intervient alors que le baril de pétrole a chuté de près de moitié en trois ans, passant de 127 dollars ($) en 2022 à environ 68 $ cette semaine, confirmant un virage stratégique du cartel vers la reconquête de parts de marché.
Un pivot pour la stabilité
Qualifiée « d'ajustement volontaire supplémentaire » par l'OPEP, cette augmentation s'inscrit dans un plan de retour progressif et flexible de 2,2 millions de barils par jour initié le 1er avril 2025. Ce volume dépasse nettement les ajustements mensuels précédents (138 000 barils en avril, puis 411 000 barils de mai à juillet). L'OPEP+ justifie officiellement cette accélération par la nécessité de soutenir la stabilité des marchés, citant des « fondamentaux sains » et des « perspectives économiques mondiales stables », étayés par de faibles stocks de pétrole.
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Cependant, au-delà de cette rhétorique, cette nouvelle hausse confirme un changement de cap radical, influencé par un contexte géopolitique tendu, alimenté par les tarifs douaniers américains. Tandis que les dernières années privilégiaient des coupes de production pour soutenir les prix, l'OPEP+ vise désormais une reconquête agressive des parts de marché face aux producteurs non-membres. Les analystes du marché pétrolier (RBC Capital, menés par Helima Croft), estiment que cette mesure ramènerait près de 80% des 2,2 millions de barils par jour de coupes volontaires sur le marché malgré la fluctuation des cours. Ils notent cependant que l'Arabie saoudite assume l'essentiel de l'offre additionnelle. Par ailleurs, l'OPEP+ conserve une flexibilité, les augmentations pouvant être suspendues ou annulées selon l'évolution du marché.
CEMAC : Risques pétroliers ?
Cette augmentation de l'offre par l'OPEP+ pourrait bien maintenir les prix du baril sous pression. Pour les pays de la CEMAC membres du cartel – la Guinée Équatoriale (dont la production était de 62 000 barils/jour en mai 2025), le Gabon (233 000 barils/jour en mai 2025) et le Congo (253 000 barils/jour en mai 2025) – qui n'ont pas explicitement annoncé d'intention d'augmenter leur production au-delà de leurs quotas actuels, cette situation est délicate. Dans un marché où le baril est passé de 127 $ à environ 68 $, des prix bas signifient potentiellement « moins d'argent pour les projets gouvernementaux », pouvant entraîner des retards pour les écoles, routes et hôpitaux, alertent les experts. Cette faiblesse des revenus pétroliers exercerait également une pression accrue sur la monnaie et les entreprises, menaçant lourdement les équilibres budgétaires.
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Les craintes sur la demande du pétrole demeurent par ailleurs vives. Les récentes déclarations du président américain Donald Trump concernant de nouvelles hausses de droits de douane, qui pourraient être officialisées d'ici le 9 juillet pour une entrée en vigueur le 1er août, font craindre un ralentissement de la croissance mondiale d’or noir. Néanmoins, les analystes de Goldman Sachs anticipent déjà une nouvelle hausse de la production de l'ordre de 550 000 barils par jour, qui devrait être officialisée lors de la prochaine réunion de l'OPEP+ prévue le 3 août. Si une augmentation de cet ordre est actée, les différentes augmentations de production pétrolières depuis le mois d’avril seraient supérieures aux 2,2 millions de barils par jour de coupes volontaires de l’OPEP.








