Alors que la saison sèche débute mais que les pluies se prolongent, quels défis posent les inondations pour les populations et pourquoi l’AFD s’engage-t-elle sur ce sujet ?
La saison des pluies est synonyme de risques accrus à Douala comme à Yaoundé, où les eaux engendrent chaque année des dégâts matériels importants et des pertes en vies humaines. La capitale économique reçoit environ 4 000 mm de précipitations annuelles, tandis que Yaoundé est une ville de collines avec plus de 2 000 mm de pluie par an. C’est pourquoi l’AFD s’investit pour améliorer la résilience urbaine face au risque d’inondation, et les conditions de vie des habitants face à ces défis majeurs.
Quels sont les premiers résultats ou les principaux enseignements tirés de cette approche pour appréhender les inondations, et comment cette expertise pourrait-elle être appliquée ou étendue à Douala ou à d'autres contextes urbains similaires au Cameroun ?
Le projet de drainage pluvial de Douala, que nous avons lancé en 2012, dans un contexte de pluies particulièrement abondantes et de recrudescence du choléra, par exemple a consisté à aménager 49 km de canaux qui suivent neuf principaux cours d’eau naturels de la ville.
Aujourd’hui, les abords des drains et les quartiers attenants disposent de parcs de loisirs, de voies piétonnes en pavés, de parcours santé, de places publiques, d’espaces de jeu pour enfants, de passerelles de franchissement, de bornes-fontaines et d’un meilleur éclairage public, dans les quartiers : Bonassama, Bonnes courses, Kondi (Cité des palmiers), Leclerc, Mbanya (Sable Bonamoussadi), Mboppi, Mgoua, New Bell, Tongo’a Bassa.
C’est pourquoi l’AFD s’investit pour améliorer la résilience urbaine face au risque d’inondation, et les conditions de vie des habitants face à ces défis majeurs.
Ce travail a également été mené dans la ville de Yaoundé, avec le PADY 2 (Projet d’Assainissement pluvial de Yaoundé). Avec un financement de 80 millions d’euros de l’AFD, ce projet a permis le recalibrage du Mfoundi ainsi que quatre de ses affluents sur un linéaire total d’environ 18 km, la création d’une station de traitement des boues de vidange, ainsi que les aménagements urbains et paysagers pour l’amélioration du cadre de vie. Les résultats sont également satisfaisants comme à Douala.
Mais il faut reconnaître que traiter de la problématique de vulnérabilité aux inondations dépasse le seul aménagement des canaux de drainage des eaux pluviales. Les solutions pérennes ont besoin d’intégrer la sensibilisation des populations, la gestion des déchets solides, le suivi météorologique et l’implication de tous les acteurs, tout en veillant à garder l’humain et la nature au centre des actions menées.
Le deuxième pont sur le Wouri à Douala est un projet emblématique et a été financé par l’AFD. Pourtant, nombre de riverains ignorent encore que ce projet relève d’une coopération franco-camerounaise. Comment expliquez-vous cette méconnaissance et en quoi était-il indispensable pour la mobilité urbaine et le développement économique ?
Si la population n’identifie pas toujours clairement l’origine de ce soutien, c’est probablement parce que l’AFD se focalise en premier lieu sur le service apporté aux collectivités camerounaises. Toutefois, nous travaillons à renforcer la communication autour de ces projets afin de rappeler que ces investissements structurants sont le fruit d’une coopération durable entre la France et le Cameroun.
Il faut reconnaître que traiter de la problématique de vulnérabilité aux inondations dépasse le seul aménagement des canaux de drainage des eaux pluviales.
Nous avons financé un deuxième pont de 750 mètres accompagné de plus de 2 kilomètres de voies de raccordement, pour assurer une intégration urbaine cohérente avec le développement le zone. Ce nouvel ouvrage comporte deux tabliers distincts, dont un pour le trafic routier en 6 voies, et un pour la ligne de chemin de fer. Ce nouveau pont a permis la fluidité du trafic entre les rives, le désenclavement de la rive droite et l’accès facilités aux services et aux emplois pour les populations défavorisées, la mixité entre les quartiers, le développement économique et l’amélioration de la sécurité routière.
Le programme « Capitales régionales » modernise plusieurs villes camerounaises. Comment contribue-t-il à l’assainissement, à la mobilité et à l’amélioration des services urbains ?
Le programme « Capitales régionales » est structuré autour de deux composantes. La première porte sur des programmes d’investissements ressortis comme prioritaires par les bénéficiaires pour combler le déficit d’infrastructures de voirie, d’équipements générateurs de revenus (marchés, abattoirs, gares routières, salles de fêtes), de services urbains (eau potable, éclairage public, assainissement) et d’espaces publics.
La seconde consiste à renforcer les capacités des villes bénéficiaires du programme afin qu’elles puissent gérer ces infrastructures et services sur le long terme. Bien que le programme soit encore en cours de réalisation, des résultats sont déjà visibles : amélioration de la mobilité et du désenclavement des quartiers, meilleur accès aux services de base, création de revenus et amélioration de l’image des villes, attractivité des villes secondaires ce qui permet de « soulager » les deux villes principales du pays.
Quels bénéfices socio-économiques ces projets apportent-ils aux habitants ?
Au-delà des infrastructures, ces projets améliorent la santé publique en éliminant les eaux stagnantes et en réduisant la propagation des maladies hydriques. Ils renforcent également la sécurité routière et la mobilité urbaine, créent des opportunités économiques en valorisant le foncier et en facilitant l’accès aux zones d’activité, et contribuent à la création d’emplois grâce aux travaux de construction et aux services associés.
Bien que le programme soit encore en cours de réalisation, des résultats sont déjà visibles : amélioration de la mobilité et du désenclavement des quartiers, meilleur accès aux services de base, création de revenus et amélioration de l’image des villes...
Ces projets nous ont appris qu’un aménagement urbain réussi repose autant sur la qualité technique des ouvrages que sur l’appropriation par les populations et aussi le fondement de cet aménagement sur la nature existante. La participation citoyenne, la formation des acteurs locaux, la coordination entre les différentes collectivités et l’intégration de solutions fondées sur la nature sont essentielles.
Nos prochaines priorités seront de poursuivre le déploiement du PLIDY en intégrant toujours davantage ces aspects, par exemple à travers les « pépinières urbaines » et d’espaces naturels, d’achever le programme « Capitales régionales » et de soutenir des solutions innovantes en matière de gestion des eaux pluviales et de déchets.












