Selon des informations exclusives d’EcoMatin, le Processus de Kimberley a prononcé il y a quelques heures, ce vendredi 15 novembre, la levée totale de l’embargo sur les diamants centrafricains. Ce verdict a été pris en marge de l’assemblée plénière de cette organisation qui régule le commerce des diamants dans le monde, ouverte depuis le 12 novembre à Dubaï, aux Emirats arabes unis. Cette résolution n’a pas encore été communiquée officiellement, mais, au sein de la délégation officielle de la République centrafricaine présente dans la capitale émiratie, conduite notamment par Rufin Benam Beltoungou, ministre des Mines et de la Géologie, le soulagement est au maximum. Cette décision intervient un mois après la dernière mission (la deuxième depuis le début de l’année en cours) du Processus de Kimberley en RCA. En septembre, l’organisation a en effet dépêché dans le pays 25 experts internationaux pour évaluer les avancées tant vantées par les autorités en termes de sécurisation du territoire et d’application des règles de transparence dans l’exploitation des diamants sous le coup d’un embargo de la communauté internationale depuis 2013. Cette dernière mission a donc été la bonne après que la plénière a décidé de maintenir l’embargo en mai dernier, malgré les arguments « de poids » présentés par le gouvernement centrafricain.
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La décision du Processus de Kimberley est en réalité une suite logique après la levée, le 30 juillet dernier, par l’Organisations des Nations unies (Onu) cette fois-là, de l’embargo sur les armes vers la Centrafrique, autre sanction qui durait également depuis l’éclatement de la guerre civile qui avait suivi le coup d’Etat contre François Bozizé, en 2013. Pour les autorités centrafricaines, les restrictions maintenues sur les diamants centrafricains étaient une mesure excessive, voir inique. Face aux experts internationaux dépêchés par le Processus de Kimberley en septembre dernier, le ministre des Mines et de la Géologie a soutenu que « les conditions sont aujourd’hui réunies puisque » pour la levée de cette sanction, d’autant que «de notre côté, le problème sécuritaire ne se pose plus ». En rappel, en 2016 et en 2018, une partie de ces sanctions avait déjà été levée. 8 zones avaient été déclarées conformes et donc, autorisées à exporter leurs diamants, notamment vers le marché européen et les autres pays occidentaux qui appliquent l’embargo.
Nouveau code minier
Cet embargo a privé, pendant 11 ans, le trésor public centrafricain de précieuses ressources. Faisant fi des quantités extraites et commercialisées, le président centrafricain, dans son discours du nouvel an 2024, déclarait que les revenus tirés au titre de taxes perçues à l’exportation des diamants se sont établis à 324,3 millions Fcfa à peine en 2023. Or, en 2011, soit deux ans avant le coup d’Etat militaire qui a balayé le régime de François Bozizé et plongé le pays dans une interminable guerre civile, la RCA avait exporté officiellement 323 575 30 carats de diamants et engrangé des revenus à hauteur de 29,7 milliards Fcfa. C’est dire le satisfecit de Faustin Archange Touadera, qui répète inlassablement depuis plusieurs années que « la situation dans ce secteur ne pourra connaître une amélioration qu’en cas de levée totale de l’embargo sur le diamant, d’intensification de la lutte contre la fraude et la contrebande et l’exploitation industrielle de la petite mine dont les permis ont été accordés à deux sociétés ».
Surtout que, fin mai dernier, le gouvernement centrafricain a fait adopter par l’Assemblée nationale un nouveau Code minier qui instaure d’ambitieuses règles de transparence dans le secteur minier. La nouvelle loi remet en réalité l’Etat au centre du jeu, grâce à l’avènement d’une société de patrimoine dénommée Gemmes et minéraux de Centrafrique (Geminca), qui aura un rôle central dans les chaînes de valeurs minières, avec un monopole sur les activités d’exportation. La levée totale de l’embargo sur les diamants par le Processus de Kimberley devrait permettre à cette entreprise d’engranger d’importants revenus sur ces pierres précieuses, en attendant le passage effectif à l’industrialisation du secteur minier.












