Le mois d’avril débute sous tension pour plusieurs États de la CEMAC sur le marché régional des titres publics. Le rapport hebdomadaire de la Banque des États de l’Afrique centrale (BEAC), couvrant la période du 31 mars au 4 avril 2025, révèle une nette frilosité des investisseurs face aux émissions lancées par le Cameroun, la Guinée équatoriale, le Gabon, le Tchad et le Congo. Ce dernier, particulièrement actif sur le marché, a enregistré un triple revers.
En effet, les trois émissions initiées par le Trésor congolais — des Bons du Trésor Assimilables (BTA) à 52 semaines et deux Obligations du Trésor Assimilables (OTA) à 2 et 5 ans — ont été déclarées infructueuses. L’objectif était de lever 45 milliards de FCFA, en vain. Ce début difficile intervient alors que le Congo, premier État emprunteur sur ce marché à fin février 2025, entame une nouvelle série d’opérations pour le mois d’avril.
Dans le même temps, le pays a honoré des remboursements pour un montant total de 36,5 milliards de FCFA. Il cherchait parallèlement à lever 15 milliards de FCFA dans le cadre d’un abondement sur un BTA de 26 semaines, assorti d’un taux d’intérêt moyen pondéré de 6,66 %. Résultat : seuls 2 milliards ont pu être mobilisés, soit 13,7 % de l’enveloppe escomptée.
Ce faible taux de couverture illustre les tensions persistantes sur le marché régional. Malgré l’ampleur des besoins de financement des États, les investisseurs, en majorité des banques commerciales agréées comme Spécialistes en Valeurs du Trésor (SVT), se montrent de plus en plus prudents vis-à-vis des émissions souveraines.
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Pourtant, la BEAC a récemment allégé sa politique monétaire. Le 24 mars 2025, à l’issue de la réunion du Comité de Politique Monétaire (CPM), l’institution a abaissé son taux directeur (TIAO) à 4,5 %, contre 5 % précédemment, et le taux de la facilité de prêt marginal à 6 %, contre 6,75 %. Ces mesures visaient à encourager le financement de l’économie, notamment via les titres publics.
Mais la stratégie semble produire un effet paradoxal : alors que les banques se ruent sur les offres de liquidité de la BEAC, comme l’illustre la sursouscription de l’opération de refinancement de 160 milliards de FCFA du 2 avril dernier (couverte à hauteur de 190 milliards), elles rechignent à financer directement les États, préférant conserver leur trésorerie ou limiter leur exposition au risque souverain.
Ce désintérêt croissant des investisseurs pour les titres d’État, malgré une politique monétaire plus accommodante, soulève des inquiétudes quant à la capacité des pays de la zone CEMAC à continuer de financer leurs besoins budgétaires sur les marchés régionaux.
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