Par une série d'arrêtés publiés dans le journal officiel du 27 août 2026, le gouvernement congolais a retiré leurs agréments d'exploitation à seize compagnies de transport aérien. Les documents, signés par Josué Rodrigue Ngouonimba, le ministre des Transports, de l'Aviation civile et de la Marine marchande, ne donnent aucune raison pour ce retrait. « Les arrêtés portant agrément des sociétés de transport aérien sont abrogés », stipulent les seize textes paraphés le 5 août dernier, actant un coup de balai réglementaire dans le ciel congolais.
L'opération s'apparente à un vaste assainissement d'un registre encombré d'acteurs inactifs, défaillants ou non conformes aux nouvelles exigences de l'aviation civile. Dans le détail, le couperet n'épargne personne : il tombe sur des vétérans comme Equaflight Services (agréé en 2000) ou Heli-Union Congo (2007), mais fauche également de très jeunes entités. C'est notamment le cas des sociétés Aviatrade Business Airlines et Aviatrade Business Congo, dont les licences acquises en 2023 viennent d'être annulées alors même que ces structures étaient encore en attente d'obtenir leurs certificats de transporteur aérien (CTA).
Outre ces compagnies, la liste des opérateurs frappés par cette abrogation est complétée par Congo Fret Voyage, Emeraude, Equajet, Littoral Air Transport, Mani Air Fret, Maouene, Aero Service et Air Congo Express S.A. - ainsi que par plusieurs opérateurs historiques du fret, dont les cas illustrent particulièrement l'ampleur de la mesure.
Lire aussi : Transport aérien : Canadian Airways Congo booste sa flotte avec l’acquisition d’un MD-82
Pour l'économie congolaise, cette abrogation de masse reconfigure l'offre sur le marché de l'affrètement. En rayant simultanément de la carte Aero Fret Business (agréé en 2007, soit après 19 années de présence) et Heavy Lift Congo (actif depuis avril 2009, marquant 17 ans d'exploitation), l'État congolais force les passagers et clients de fret à se tourner vers une poignée de compagnies rescapées, favorisant de facto une concentration des parts de marché.
Cette intransigeance administrative touche également des acteurs étrangers ancrés de longue date - le français Regourd Aviation, dont la filiale congolaise opérait depuis 26 ans, ou le belge LOC Aircraft, détenteur d'une licence depuis 2009 -, contraints désormais de revoir d'urgence leurs stratégies d'investissement et de déploiement dans le pays.
Il faut noter que cette restructuration radicale survient dans un contexte de montée en puissance exceptionnelle du secteur aérien congolais. Selon le dernier rapport de conjoncture, l'activité aéroportuaire au premier trimestre 2026 a enregistré des hausses fulgurantes, catalysées par la tenue à Brazzaville du Sommet extraordinaire de la CEMAC et de la deuxième édition du Congo Energy and Investment Forum.
Les mouvements d'avions ont bondi de 49,3 % (3 700 mouvements contre 2 478 au T1 2025), portés par l'international (+85,7 %) et le régional (+216,1 %). Mieux encore, le volume de passagers a explosé de 152,2 % pour s'établir à 363 200 voyageurs, tandis que le fret de marchandises grimpait de 134,5 %. L'enjeu pour les autorités aéronautiques sera désormais de prouver que cet assainissement des licences ne freinera pas ce dynamisme économique record.
Lire aussi : Transport aérien : Nouvelle Air Congo et Ecair engagent un processus de fusion












