Le Cameroun fait face à des tensions récurrentes sur le marché de l'huile de palme. Quels sont aujourd'hui les besoins nationaux en huiles végétales, et la production locale parvient-elle encore à satisfaire cette demande ?
À ce jour, les données sur la consommation d'huiles végétales au Cameroun ne sont pas disponibles. Mais, en ce qui concerne l'huile de palme raffinée, on peut estimer la consommation à 8,3 kg par habitant et par an. Les huiles végétales sont fortement ancrées dans les habitudes alimentaires, avec une présence dans les recettes quotidiennes des repas (petit déjeuner, déjeuner et dîner). Leur consommation est également tirée par le développement des industries apparentées, telles que la minoterie (dont les produits sont utilisés en boulangerie et en pâtisserie) et la production de chips, qui absorbent de grandes quantités d'huile végétale. On observe une augmentation de la demande qui suit la croissance démographique, de l'ordre de 2 % par an au Cameroun.
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En ce qui concerne la production d'huile de palme, 63 % des besoins des 12 raffineries en activité restent insatisfaits, soit un déficit de 752 000 tonnes par an. Cela ne permet pas aux usines de tourner à pleine capacité pour satisfaire les besoins des consommateurs. Un alignement des plantations et des huileries locales pourrait entraîner, au minimum, une augmentation de 40 % de la production d'huile de palme raffinée.
Face au déficit structurel de l'offre d'huile de palme, l'huile de soja peut-elle constituer une véritable alternative ?
Il faut savoir que le palmier à huile est l'oléagineux le plus productif au monde, avec un rendement dix fois plus élevé que le soja, des coûts inférieurs d'environ 20 % et un taux d'extraction plus élevé. Cette productivité limitée des plantations de soja, combinée à des raffineries qui n'ont pas la taille critique (essentiellement des PMI dans le secteur du soja), à des coûts de production supérieurs à ceux de l'huile de palme raffinée — qui induisent des prix de vente aux consommateurs plus élevés (500 FCFA de plus) —, à une volatilité des prix des matières premières et à une évasion de la production de soja vers le Nigeria, nous permet d'affirmer que ce produit de substitution ne constitue pas une véritable alternative, même s'il a également sa place sur le marché des oléagineux au Cameroun.
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Avec l'arrivée de SOD, Magnum Diversity et PAFIC SARL sur le marché, on peut envisager des perspectives de croissance de la production d'huile de soja raffinée, si ces usines parviennent à obtenir suffisamment de matière première. De même, si les difficultés observées chez Soproicam, pionnier du secteur au Cameroun, persistent, les perspectives de production resteront largement en deçà de la demande et des capacités installées. À moyen et long terme, on peut envisager le maintien de la domination de l'huile de palme raffinée dans le secteur des huiles végétales.
Il faut également signaler que l'attrait des investissements dans l'huile de soja est particulièrement lié à la forte demande de tourteaux destinés à la production animale, des sous-produits qui représentent jusqu'à 50 % du chiffre d'affaires des raffineurs du secteur.
Quelles mesures vous paraissent prioritaires pour lever les obstacles au soja et accélérer l'émergence d'une véritable filière nationale?
Pour développer la chaîne de valeur du soja au Cameroun, il faut des mesures spécifiques : l'octroi de terres aux producteurs, l'interdiction des exportations de graines de soja, l'interdiction des importations d'huile de soja raffinée, le développement de technopoles dans les bassins de production, ainsi que des systèmes de contractualisation entre l'industrie et les planteurs. Ces mesures incitatives permettraient d'atteindre une meilleure compétitivité de l'huile de soja, un rattrapage technologique au niveau des procédés de production, un accroissement des investissements et le développement d'offres de financement spécifiques, qui permettraient aux acteurs de maîtriser leur cycle d'exploitation. Il faudrait également envisager, à moyen et long terme, des interdictions d'importation de tourteaux de soja pour favoriser des investissements conséquents dans le contenu local. Au niveau des raffineurs, la création d'un GIE (groupement d'intérêt économique) pour mutualiser les ressources, investir durablement dans la production végétale et accompagner les petits planteurs est une piste à explorer.
L'huile de coton dispose-t-elle aujourd'hui du potentiel nécessaire pour contribuer significativement à l'approvisionnement national en huiles végétales ?
Sur la campagne cotonnière 2024-2025, les deux usines de la Sodecoton ont produit 22 millions de litres d'huile de la marque « Diamaor ». Cette entreprise concentre l'essentiel de la production nationale d'huile de coton, mais ne dispose pas de la taille critique pour rivaliser avec les raffineries d'huile de palme, dont les produits sont présents dans les dix régions du Cameroun. Au niveau de la production nationale, on compte 450 000 tonnes d'huile de palme brute, contre 18 400 tonnes pour le coton.
L'huile de coton peut-elle gagner des parts de marché aux côtés du soja ? Et quelle trajectoire envisagez-vous pour sortir durablement des difficultés de la filière huile de palme ?
L'huile de coton « Diamaor » bénéficie d'une notoriété spontanée et d'un prix qui favorise sa compétitivité sur le marché par rapport aux autres huiles végétales, hormis l'huile de palme raffinée — comme le tournesol, le soja, l'arachide ou le colza. Mais la taille des investissements et la capacité de production, tributaires de la production de coton, restent très faibles. Au-delà de la production, il faudrait apporter davantage d'innovations et renforcer les efforts de trade marketing pour augmenter les parts de marché. Toutefois, l'huile de palme raffinée, grâce à la régulation sur les prix, restera la plus compétitive.
Avec le dynamisme observé dans les investissements en raffinerie et les volontés affichées de diversification vers l'amont par les industriels — création de plantations et d'huileries —, on peut penser qu'une croissance de la production locale s'observera dans les dix prochaines années. Il faudrait toutefois que ces investissements suivent la croissance démographique et intègrent les critères ESG, pour rester attractifs auprès des partenaires financiers. Le gouvernement devrait envisager une meilleure protection de l'industrie des oléagineux, en interdisant les importations d'huiles végétales que l'on retrouve généralement dans les magasins.







