elite_capital-15-09-2026
Breaking News
Chargement des breaking news...
Breaking News
Chargement des breaking news...
App Logo
Magazine
    Bientôt disponible...
Je m'abonne
App Logo
MagazineJe m'abonne
Je m'abonne
Business et EntreprisesEpremium

Huiles végétales : au Cameroun, le soja et le coton à l'épreuve du déficit d'huile de palme

Alors que les capacités de raffinage continuent de croître, industriels et investisseurs se tournent vers le soja et le coton pour diversifier leurs approvisionnements. Des filières prometteuses, mais encore loin de pouvoir concurrencer le palmier à huile.

Publiée vendredi 31 juillet 2026 à 17:30:31Modifiée vendredi 31 juillet 2026 à 17:30:33Temps de lecture 9 minPar Vicky BAGAL

Huile végétale
Des bouteilles d’huile de coton et de l’huile de soja © AI GENERATED

Au Cameroun, l'huile végétale est l'un des maillons les plus stratégiques de l'industrie agroalimentaire locale. Au-delà de la cuisine des ménages, elle entre aujourd'hui dans la fabrication du pain, des biscuits, de la margarine, des savons, des cosmétiques ou encore du chocolat. À mesure que le pays s'urbanise, que les habitudes alimentaires évoluent et que les industries de transformation se développent, les besoins progressent à un rythme soutenu, porté par une croissance démographique estimée à près de 2 % par an. Mais derrière cette consommation en hausse se cache un déséquilibre devenu structurel.

L'huile de palme, principale matière première du secteur, illustre cette situation. Les besoins nationaux sont désormais estimés à près de deux millions de tonnes par an, pour une consommation moyenne de 8,3 kg par habitant, tandis que la production locale ne devrait atteindre que 465 000 tonnes en 2025, selon les projections du département américain de l'Agriculture (USDA). Assurée à 60 % par les grandes plantations agro-industrielles (Socapalm, Safacam, Pamol et la CDC) et à 40 % par les plantations villageoises, cette production couvre à peine un quart de la demande. Ce déficit pèse directement sur les raffineries. Selon Alain Fonin, associé gérant du cabinet Fonin Capital Advisory, les douze unités actuellement en activité ne parviennent à couvrir que 37 % de leurs besoins en huile de palme brute, laissant un déficit annuel de 752 000 tonnes. Faute de matière première, une partie des capacités industrielles demeure sous-utilisée, limitant la production et alimentant les tensions sur le marché.

Lire aussi : Huile de palme : au Cameroun, 4 nouvelles raffineries dans le pipe malgré une pénurie de matière première

Pourtant, les investissements continuent d'affluer. Quatre nouvelles raffineries doivent prochainement ouvrir à Douala et à Kribi, portant la capacité nationale à près de 5 000 tonnes par jour, contre 3 500 actuellement ; un signal de la confiance des investisseurs dans les débouchés du marché régional. Cette course aux capacités industrielles soulève toutefois une interrogation majeure sur l'approvisionnement réel en matières premières de ces unités, car la production agricole progresse beaucoup plus lentement que les capacités de transformation. Selon l'Association des raffineurs des oléagineux du Cameroun (Asroc), plusieurs industriels ne disposent ni de plantations intégrées ni de contrats d'approvisionnement suffisamment sécurisés avec les producteurs. Ce déséquilibre relance le débat sur la diversification des sources d'huiles végétales, face aux limites croissantes de la filière palmier à huile.

Les importations deviennent indispensables

Face à cette insuffisance chronique, les industriels dépendent de plus en plus des importations. Chaque année, l'Asroc centralise les besoins des raffineries avant leur validation par les pouvoirs publics. Ce mécanisme est devenu indispensable : les importations d'huile de palme brute sont passées de 56 000 tonnes en 2018 à 135 690 tonnes en 2025, pour une facture supérieure à 96 milliards de FCFA. Cette dépendance expose toutefois le Cameroun aux évolutions du marché international. Principal fournisseur du pays, la Malaisie oriente désormais une part croissante de sa production vers les biocarburants, réduisant l'offre disponible à l'exportation et accentuant la volatilité des prix. Dans ce contexte, les investisseurs s'intéressent davantage à d'autres oléagineux, même si l'huile de palme demeure la plus compétitive grâce à son rendement élevé (2,3 tonnes par hectare) et à un prix réglementé de 1 500 FCFA le litre.

Le soja, une alternative crédible… mais encore loin de détrôner l'huile de palme

Longtemps cantonné à la production de provendes destinées à l'alimentation animale, le soja s'impose progressivement comme une piste sérieuse pour diversifier l'offre nationale d'huiles végétales. Pourtant, après avoir ponctuellement dépassé les 130 000 tonnes de graines en 2021, la récolte camerounaise est retombée à environ 76 700 tonnes en 2023, soit une baisse de plus de 40 % en deux ans, sous l'effet des aléas climatiques et de la hausse du coût des intrants. Cette offre insuffisante peine à satisfaire une double demande : celle des ménages et celle de l'industrie de l'alimentation animale, où le tourteau de soja reste le moteur économique de la trituration et représente parfois plus de 50 % du chiffre d'affaires des raffineurs. Ce déséquilibre maintient le Cameroun sous une forte dépendance extérieure, avec des importations de graines, d'huile et de tourteaux dépassant désormais 100 000 tonnes par an. Les investisseurs conservent toutefois leur confiance dans la filière : plusieurs projets d'unités de transformation (Pafic Sarl, Magnum Diversity, SOD, Agrivara ou Sfrip) sont en cours d'installation aux côtés du pionnier Soproicam, avec des capacités futures allant de 30 à 500 tonnes par jour.

Lire aussi : Filière soja : l’industrie camerounaise s’étoffe malgré l’absence de matière première

Malgré ces perspectives encourageantes, les spécialistes restent prudents lorsqu'il s'agit d'évoquer un éventuel remplacement de l'huile de palme. Pour Alain Fonin, la comparaison entre les deux filières tourne largement à l'avantage du palmier à huile. « Le palmier à huile demeure l'oléagineux le plus productif au monde, avec un rendement près de dix fois supérieur à celui du soja, un taux d'extraction plus élevé et des coûts de production environ 20 % plus faibles », explique-t-il. Autrement dit, produire un litre d'huile de soja coûte plus cher que produire un litre d'huile de palme. Cette différence se retrouve dans les rayons : selon l'expert, l'huile de soja est vendue environ 500 FCFA plus cher par litre que l'huile de palme raffinée, un écart significatif sur un marché où le pouvoir d'achat reste le principal déterminant des choix des consommateurs.

Lire aussi : Cameroun : le gouvernement vise une récolte record de 3,3 millions de tonnes de céréales en 2026

De plus, la production nationale de soja reste insuffisante pour approvisionner les industries en raison de la fuite des récoltes vers le Nigeria et d'un tissu de transformateurs encore limité à de petites structures, loin des économies d'échelle du palmier à huile. Pour ces raisons, Alain Fonin considère le soja non pas comme un substitut à l'huile de palme, mais comme un complément, dont le décollage industriel dépend de réformes structurelles urgentes. L'expert recommande ainsi de faciliter l'accès au foncier, de créer des technopoles agricoles, de renforcer les contrats entre planteurs et usines, et de concevoir des financements adaptés. Il préconise enfin de protéger le marché en limitant les exportations de graines et les importations d'huiles raffinées, pour inciter à la transformation locale.

Huile de coton : niche locale

L'huile de coton s'impose également comme une alternative crédible au Cameroun, bien que sa faible production la cantonne encore à un marché de niche incapable de rivaliser avec l'huile de palme. Au cœur de cette filière, la Société de développement du coton (Sodecoton) valorise les graines issues de l'égrenage dans deux huileries du Septentrion, produisant notamment la marque Diamaor à hauteur de 22 millions de litres (environ 18 400 tonnes) pour la campagne 2024-2025. Ce volume reste minime face aux 450 000 tonnes d'huile de palme brute nationale, limitant l'expansion d'une marque qui bénéficie pourtant d'une solide réputation de qualité et d'un positionnement tarifaire intermédiaire : légèrement supérieur à celui de l'huile de palme réglementée, mais inférieur à ceux du soja et du tournesol.

« La Sodecoton ne dispose pas encore de la taille critique pour rivaliser avec les raffineries d'huile de palme présentes dans les dix régions du pays […] Diamaor bénéficie d'une notoriété spontanée et d'un prix qui favorise sa compétitivité sur le marché par rapport aux autres huiles végétales, hormis l'huile de palme raffinée », observe Alain Fonin. La croissance de cette filière se heurte toutefois à une contrainte structurelle majeure : sa dépendance à la filière textile, qui empêche toute extension des volumes fondée sur la seule demande en huile alimentaire. Selon Alain Fonin, l'avenir de l'huile de coton repose donc sur l'innovation commerciale plutôt que sur les rendements.

Lire aussi : Production d’huile : la Sodecoton veut se doter d’une nouvelle usine d’extraction d’une capacité de 300 tonnes/jour

En définitive, bien que ces trois huiles répondent en apparence au même besoin alimentaire et industriel, elles obéissent à des modèles économiques radicalement différents : le palmier à huile demeure la culture oléagineuse de masse, la plus performante et la moins chère, le soja répond à une logique industrielle dont la rentabilité repose sur la commercialisation des tourteaux, tandis que le coton valorise localement les sous-produits de l'égrenage. Face à cette réalité et à une croissance démographique qui accentuera la consommation, l'enjeu majeur du Cameroun n'est pas de remplacer une huile par une autre, mais de développer simultanément ces trois filières complémentaires pour sécuriser l'approvisionnement national et briser une dépendance croissante vis-à-vis des importations.

Lire aussi : Alain Fonin : « le Cameroun doit instaurer un cadre foncier attractif pour relancer la production nationale d’huile de palme »

Cet article est réservé aux abonnés.

Cet article nécessite un abonnement Premium ou EcoMembre.

Contactez le service client
  • Accueil
  • Agro-industrie
  • Huiles végétales : au Cameroun, le soja et le coton à l'épreuve du déficit d'huile de palme
Camerouncotonhuile de palmeHuile végétaleIndustrialisationSoja
Recevez notre briefing économique et financier tous les jours avant 10 heures.

En vous inscrivant à la newsletter, vous acceptez de recevoir nos communications. Vous pouvez vous désabonner à tout moment.

Dans la même catégorie

Gregory ClercBusiness et EntreprisesCastel : Romy Castel gagne une étape judiciaire à Singapour, Grégory Clerc reste DG du groupeRomy Castel vient d’obtenir de la justice singapourienne la reprise en main du conseil d’administration d’IBBM, la société qui gère le fonds détenant indirectement les actifs du groupe. Mais Cassiopée, holding de tête du groupe, et DF Holding, sa holding opérationnelle, affirment qu’un processus était déjà engagé, avant cette décision, pour remplacer IBBM par un nouveau gestionnaire indépendant déjà sélectionné.il y a 3 heuresEpremiumLa Distillerie du CongoAgro-industrieCongo : l’État acquiert 15 % de la distillerie de Somdia et lui accorde l’exclusivité du marchéL’État congolais s’est invité au capital de La Distillerie du Congo, portée par Somdia et Saris-Congo, avec une participation de 15 % valorisée à 1,245 milliard de FCFA. la filiale de Somdia bénéficie parallèlement d’une exclusivité nationale pour la production et la commercialisation des alcools alimentaires.il y a 8 heuresEpremiumDesign sans titre (60)Business et EntreprisesCasinos : le français Partouche crée une filiale au Congo, avec un capital de 150 millions FCFA Le casinotier français poursuit son expansion sur le continent. Après l’ouverture de Cotonou en 2025, Partouche vient de créer une filiale au Congo, installée au Kempinski Hotel de Brazzaville et confiée à Lukas Sawicki, déjà aux commandes de ses activités béninoises. il y a 12 heuresEpremiumWhatsApp Image 2026-10-01 at 16.28.03Business et EntreprisesCameroun : le retour inattendu de Viettel Global dans la bataille pour NexttelDepuis 2018, Viettel Global Investment et Bestinver Cameroon, le véhicule du milliardaire Baba Ahmadou Danpullo, se disputent devant plusieurs juridictions pour le contrôle de Nexttel; un opérateur qui a presque disparu sur le marché mobile aujourd’hui dominé par Orange et MTN. À l'approche du renouvellement de sa licence, le groupe vietnamien affirme rester « engagé au Cameroun ».il y a 1 jourEpremiumfabBusiness et EntreprisesCameroun : Icrafon (famille Noutchogouin) renoue avec les bénéfices après deux exercices dans le rougePour le fabricant de produits plastiques, ce retour dans le vert intervient malgré une chute de près de 54 % de son chiffre d’affaires et sur fond de profonde restructuration financière.​il y a 1 jourEpremiumCapture d’écran 2026-10-01 à 14.09.01Business et EntreprisesAutomobile : CFAO Mobility accroît ses revenus de 33 % dans la CEMAC malgré l’offensive des marques chinoisesDistributeur historique de Toyota, Peugeot ou encore Suzuki en Afrique centrale, CFAO Mobility conserve une solide dynamique commerciale dans la CEMAC. Une performance réalisée alors que les marques chinoises multiplient les offensives sur le marché du véhicule neuf, notamment grâce à des prix particulièrement compétitifs.il y a 1 jour

Articles similaires

EpremiumfabBusiness et EntreprisesCameroun : Icrafon (famille Noutchogouin) renoue avec les bénéfices après deux exercices dans le rougePour le fabricant de produits plastiques, ce retour dans le vert intervient malgré une chute de près de 54 % de son chiffre d’affaires et sur fond de profonde restructuration financière.​il y a 1 jourEpremium1750415663378Business et EntreprisesLocation automobile : Loxea Cameroun (CFAO) multiplie par quatre son bénéfice à 1,2 milliard FCFAAprès un net ralentissement de son activité en 2025, la filiale de CFAO spécialisée dans la location automobiles rebondit avec une croissance à 3 chiffres de son résultat net, soutenu par sa nouvelle offre de solutions de mobilité ponctuelle telles que le VTC.il y a 3 joursEpremiumTrain Express CAMRAILMines et énergiesCameroun : l’actionnaire majoritaire de Camrail cumule 300 millions FCFA de pertes depuis 2019La Société camerounaise de chemins de fer (SCCF), véhicule à travers lequel Africa Global Logistics (AGL) contrôle Camrail, a enregistré une perte d’environ 45 millions de FCFA en 2025. C’est son septième exercice consécutif dans le rouge, portant ses pertes cumulées depuis 2019 à près de 300 millions de FCFA.il y a 3 heuresIMG_20261002_151215Banques et FinanceCameroun : les prêts à moyen terme propulsent le crédit bancaire à plus de 7 000 milliards FCFA à fin juin_Les crédits à long terme, pourtant les plus dynamiques, ne représentent qu'une part marginale de l'encours qui a bondi de 11,4 % en un an._ il y a 6 heuresCapture d’écran 2026-10-01 à 16.32.33Banques et FinanceCEMAC : un prêt bancaire coûte 2,6 fois plus cher au Gabon qu’au CamerounSe financer auprès d’une banque reste particulièrement coûteux au Gabon. Le pays affiche le taux moyen (TEG) le plus élevé de la CEMAC, soit 21,5 % contre 8,31 % au Cameroun.il y a 1 jourEpremium813606365_1742140776998318_2088517821611808503_nMines et énergiesCameroun : le projet ferroviaire avec la RCA permettrait à Kribi de capter 5 % du commerce mondial de minerai de ferLe projet d'axe ferroviaire en gestation entre la République centrafricaine et le Cameroun pourrait propulser le Port Autonome de Kribi au premier plan de la logistique minière mondiale, selon une étude.il y a 2 jours
Actuellement en kiosque

Les plus lus

1Marème Mbaye Ndiaye fait son retour à Ecobank après sept ans chez Société Généraleil y a 1 semaine2Gabon : avec 1 064 milliards de FCFA de dette, six entreprises publiques inquiètent la Banque mondiale il y a 2 jours3Le français Desautel ouvre une filiale au Cameroun après un contrat de 32,8 milliards FCFA avec l’Étatil y a 1 semaine4Le banquier Camerounais Jean Gakam se lance dans la logistiqueil y a 1 semaine5Yvon Sana Bangui prend la tête de l’Institut chargé de préparer la future Banque centrale africaine il y a 2 jours6Barrage de Nachtigal : les impayés de Socadel poussent NHPC à réclamer des mesures urgentes à l’État camerounaisil y a 1 semaine7CEMAC : la COBAC réunit les banques à Malabo face à la montée des risques financiers et technologiquesil y a 1 semaine8Transport aérien : Emirates Airline cible la Guinée équatoriale pour son entrée en zone CEMACil y a 1 semaine9Cameroun : l’État mobilise 300 millions FCFA pour amorcer le lancement d'un Institut professionnel de la microfinanceil y a 4 jours10Cameroun : le bénéfice net de PlaYce tombe à son plus bas niveau depuis son ouvertureil y a 3 jours
📧

Newsletter EcoMatin

Recevez notre briefing économique quotidien directement dans votre boîte mail

Analyses exclusives • Décisions économiques • Afrique centrale

nsia-19-09-2026
App Logo
Je m'abonne
MarchéCotationBoursesFondsMatières premièresConvertisseur
AbonnementsMon compteMes abonnementsNewslettersArticles achetés
ServicesConditions généralesPolitique de confidentialitéPolitique en matière de cookiesContact & Suggestions
La rédactionQui sommes-nous?Nous rejoindreNotre équipeLettre du DP
Recevez notre briefing économique et financier tous les jours avant 10 heures.

En vous inscrivant à la newsletter, vous acceptez de recevoir nos communications. Vous pouvez vous désabonner à tout moment.

EcoMatin SRL : BE1003.413.035

Avenue Louise 523, 1050 Ixelles

© Copyright EcoMatin 2026. Tous droits reservés.