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Business et Entreprises

Cameroun : deux Chinois et un militaire arrêtés après des violences filmées dans un mall à Yaoundé

La diffusion d’une vidéo montrant un employé violemment fouetté dans l’enceinte de Sino Mart, un mall chinois spécialisé dans la vente de produits divers et d’aménagement à Yaoundé, a provoqué une onde de choc au Cameroun, entraînant des arrestations et l’ouverture d’une enquête.

Publiée mardi 5 mai 2026 à 15:08:29Modifiée mardi 5 mai 2026 à 15:08:31Temps de lecture 4 minPar Jean Omer Eyango

sino mart

La diffusion d’une vidéo d’une rare violence a déclenché une onde de choc ce week-end au Cameroun. Filmée dans l’enceinte du supermarché SinoMart, un mall chinois spécialisé dans la vente de produits divers et d’aménagement, situé au quartier Elig-Edzoa à Yaoundé, la scène montre un employé camerounais sauvagement fouetté, sous le regard de ses employeurs.  En quelques heures, ces images, relayées par des activistes numériques, ont embrasé les réseaux sociaux et suscité une indignation nationale.

Les faits remontent au samedi 2 mai, dans l’après-midi. Arnaud La Patience Ombe Boya, employé de Sino Mart, est accusé de vol par ses employeurs. Ce qui aurait pu relever d’une procédure judiciaire classique a basculé dans une violence extrême. Dans une vidéo aujourd’hui massivement partagée, on le voit ligoté et fouetté à plusieurs reprises. L’auteur des coups est identifié : il s’agit de Michael Nguimetsia, un militaire camerounais en détachement comme agent de sécurité auprès de cette enseigne.

En civil, il manie une chicotte « plus longue que son bras », comme on peut le voir dans la vidéo, infligeant des coups d’une brutalité qui évoquent, pour de nombreux internautes, « une scène d’esclavage moderne indescriptible ». La présence d’un militaire dans cet acte de torture a profondément choqué l’opinion. Au-delà de la violence elle-même, c’est l’image d’un représentant des forces de défense participant à des sévices privés qui cristallise la colère.

Lire aussi : Violences juvéniles : les députés juniors interpellent le gouvernement

Deux jours plus tard, le lundi 4 mai, les autorités entrent en scène. Des éléments des forces de défense font irruption au supermarché Sino Mart. Le propriétaire chinois de l’enseigne, Yan Min, est interpellé dans son bureau. À ses côtés, son interprète, Justin Lizina Taraima, ainsi que plusieurs cadres sont également arrêtés. Tous sont conduits au Secrétariat d’État à la Défense (SED), où ils sont placés en détention. Selon des sources concordantes, le militaire Michael Nguimetsia a, quant à lui, été transféré à la Sécurité militaire. Il aurait reconnu les faits lors de son audition.

Dans un communiqué, le ministère de la Défense confirme l’implication de l’un de ses éléments, annonçant son arrestation et l’ouverture d’une procédure pour « complicité de torture ». Une reconnaissance rapide qui tranche avec la sensibilité du dossier.

Face à l’émotion, le ministre du Travail et de la Sécurité sociale, Grégoire Owona, est monté au créneau lundi après-midi dans un communiqué particulièrement ferme. Il dénonce « des agissements d’une gravité inacceptable », qui « constituent une violation flagrante des droits fondamentaux du travailleur, notamment de sa dignité ainsi que de son intégrité physique et morale ». Le membre du gouvernement rappelle avec insistance que « nul employeur, sous quelque prétexte que ce soit, ne saurait se substituer à la loi ni recourir à des pratiques assimilables à des traitements inhumains, dégradants ou humiliants ». Il indique avoir ordonné « une enquête approfondie » par les services compétents, notamment l’Inspection du travail, précisant que « les responsables répondront de leurs actes conformément aux dispositions légales en vigueur ».

Ligne rouge

Sur le terrain, l’indignation reste vive. À Elig-Edzoa, clients et riverains évoquent des pratiques récurrentes dans cette entreprise et dans d’autres détenues par des expatriés. L’affaire Sino Mart agit ainsi comme un révélateur d’un phénomène plus large, souvent décrit comme un « esclavagisme moderne » dans les chantiers, les mines et certains commerces à l’échelle du pays.

Selon plusieurs témoignages, le recours à des agents de sécurité, parfois issus des forces de défense, pour intimider ou sanctionner des employés serait une pratique bien installée. Dans certains cas, des scènes de violences seraient même filmées pour servir d’exemple.

Dans ce contexte, la réaction rapide des autorités camerounaises apparaît comme un signal fort. En procédant à des arrestations dès les premières heures et en communiquant officiellement, le gouvernement entend manifestement marquer une ligne rouge.

Ce coup de filet sonne comme un avertissement à l’endroit de certains employeurs étrangers, accusés d’avoir banalisé des traitements dégradants à l’égard de travailleurs locaux. Le 5 mai, le supermarché Sino Mart a fermé temporairement en raison d’un mouvement d’humeur des populations riveraines, qui appellent à sa fermeture. Selon nos informations, le ministre du Travail et de la Sécurité sociale a convoqué d’autres responsables de l’entreprise afin d’en savoir davantage sur cette affaire qui cristallise l’opinion.

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