Yaoundé est sorti de son silence et annonce un durcissement immédiat de sa politique aurifère. Dans un communiqué radio-presse signé le 29 décembre, le ministre des Mines, de l’Industrie et du Développement technologique par intérim, Pr Fuh Calistus Gentry, indique : « les sites d’exploitation artisanale et semi-mécanisée ne disposant pas d’un système de traitement du gravier minéralisé en vase clos seront fermés dès janvier 2026 ». Cette décision intervient à la suite de la mise en lumière d’un écart massif entre les exportations d’or officiellement déclarées par le Cameroun et les volumes enregistrés par les statistiques internationales.
C’est en effet le rapport ITIE 2023 qui a déclenché la réaction des autorités. Le document révèle que, si la Direction générale des douanes ne reconnaît que 22,3 kg d’or exportés en 2023, les statistiques internationales indiquent que les Émirats arabes unis, l’Italie et les États-Unis ont déclaré avoir importé un total de 15,2 tonnes d’or en provenance du Cameroun sur la même période. « Le rapport ITIE 2023 fait ressortir un gap entre la déclaration d’exportation de 22,3 kg d’or répertoriée par la DGD et les statistiques internationales indiquant 15,2 tonnes », souligne le communiqué ministériel.
Fragilités de la Sonamines
Pour les autorités, cet écart correspond à un ratio d’environ 1 pour 680, soit près de 98 % de la production nationale estimée, et trouve son origine dans des défaillances structurelles persistantes. Le ministère pointe la prédominance de l’exploitation artisanale et semi-mécanisée, exercée sans études de faisabilité permettant d’anticiper les volumes produits, ainsi que des déclarations jugées « généralement non sincères et incomplètes ». Ces déclarations, précisent-elles, servent pourtant de base aux prélèvements opérés par la Société nationale des mines (SONAMINES) au titre de l’impôt synthétique minier libératoire et des droits de sortie pour le compte de l’État.
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À ces facteurs s’ajoutent la porosité des frontières terrestres, utilisées par des exploitants étrangers pour acheminer l’or vers les Émirats arabes unis en l’attribuant au Cameroun comme pays d’origine, précise le document, ainsi que les limites financières et technologiques de la Sonamines, pourtant investie du monopole de l’achat et de la commercialisation de l’or.
Outre la fermeture des sites non conformes, le gouvernement prévoit de renforcer les moyens financiers et technologiques de la Sonamines, afin d’améliorer le rachat de l’or produit, le contrôle de la production et la traçabilité des flux. Le ministère indique également vouloir accélérer le développement de la mine industrielle, présentée comme plus prévisible et plus contrôlable grâce aux études de faisabilité.
Une réponse jugée incomplète par des experts
Pour le Dr Bareja Youmssi, expert en mines et pétrole et enseignant-chercheur, la réponse gouvernementale reste partielle. Il estime que la fermeture des sites artisanaux et semi-mécanisés ne traite pas les causes profondes des fuites d’or et pourrait accentuer les risques environnementaux, dans un contexte de contrôle limité de l’usage des produits chimiques. « Il n’est pas question d’interdire l’exploitation artisanale semi-mécanisée. Il est question d’assainir l’ensemble du secteur minier camerounais, où la corruption a fait son nid », affirme-t-il, appelant à une réforme plus large du cadre minier, incluant la traçabilité, la gouvernance et le cadastre.
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