Le processus de rachat des parts de Geocoton dans la Société de Développement du Coton (Sodecoton) semble être arrivé à son terme. Selon des informations obtenues par EcoMatin, l’Etat du Cameroun, actionnaire majoritaire (59%), aurait validé cette transaction pour un montant qui oscille entre 35 et 40 milliards de Fcfa. Ce chiffre, bien qu’élevé, reste entouré de spéculations, car aucune communication officielle n’a été faite sur le sujet.
Cette opération stratégique, qui permet à l’État de renforcer son emprise sur la Sodecoton, intervient dans un contexte où la filière cotonnière joue un rôle central dans l’économie du septentrion. Cependant, le silence des autorités sur les détails de la transaction alimente les interrogations quant à la valeur réelle des actifs de l’agro-industriel français et le processus ayant conduit au rachat de ses parts. Pour comprendre cet imbroglio, un retour dans le temps s’impose.
Une première estimation controversée à 32,7 milliards de Fcfa
Mars 2024. Le média Africa Business + rapporte dans ses colonnes que les actifs de Geocoton dans la Sodecoton sont évalués à environ 32,7 milliards de Fcfa (50 millions d’euros). Cette estimation, présentée comme une base de négociation, a rapidement fait le tour des médias, confortés par des voix autorisées au sein de la Sodecoton. Elle marquait en tout cas une étape clé dans le processus de désengagement du groupe français, amorcé à la fin de l’année précédente.
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Seulement, des sources internes à Geocoton avaient contesté ce chiffre, le qualifiant de sous-évalué. C’est ainsi que le 3 mai de la même année, Abbas Jaber, le Président-Directeur Général du groupe Advens va réagir lors d’une interview accordée à EcoMatin, réfutant les informations faisant état d’une évaluation à 32,7 milliards de Fcfa des actifs de sa filiale. « L’origine de ce chiffre avancé par certains journalistes reste inconnue », dixit le dirigeant, laissant entendre que les parts détenues par Geocoton dans la Sodecoton valaient bien plus que le chiffre avancé. Soit, pas moins de 35 milliards de Fcfa à en croire l’entourage du top management de l’entreprise. Lequel entourage a confirmé à EcoMatin ce 21 janvier 2025 que l’Etat et Geocoton sont tombé d’accord pour conclure le rachat des parts du groupe français pour un montant avoisinant les 40 milliards de Fcfa. Sans précisions aucune. De quoi ajouter une nouvelle dimension au débat autour de la valorisation des parts de Geocoton dans la Sodecoton.
Redistribution des parts aux locaux
En attendant la communication officielle des autorités camerounaises, il ne fait aucun doute que la nouvelle du rachat des actifs de l’agro-industriel français fait des heureux dans la capitale régionale du Nord, en ce sens qu’il permet une redistribution significative du capital de la Sodecoton. Yaoundé ayant pris la résolution de céder lesdites parts aux acteurs locaux. Ainsi, l’entreprise, déjà actionnaire majoritaire avec 59% des parts, renforce sa position en portant sa participation à environ 73%. Parallèlement, la Confédération nationale des producteurs de coton du Cameroun (CNPC-C) qui fédère plus de 200 000 producteurs, acquiert 12 % des parts, tandis que le personnel de l’entreprise entre au capital avec une participation de 2,5%. La Société mobilière d’investissement du Cameroun (Smic) du milliardaire Baba Danpullo conserve quant à elle ses 11%.
Geocoton : un départ aux multiples facettes
Notons que le retrait de Geocoton survient après des années de présence marquées par des ambitions stratégiques. En 2019, le groupe avait exprimé son intention de devenir l’actionnaire majoritaire de la Sodecoton avec un plan d’investissement ambitieux de 60 milliards de Fcfa. Ce projet avait toutefois rencontré une vive opposition de la part des producteurs locaux et des élites, qui redoutaient une prise de contrôle étrangère au détriment des intérêts nationaux.
Aujourd’hui, Geocoton quitte une entreprise qui a vu son chiffre d’affaire chuté de près de 16 milliards de Fcfa en 2023, passant de 187 milliards de Fcfa en 2022, à 171,1 milliards de Fcfa l’année suivante. Une performance imputable à la baisse des cours mondiaux du coton qui ont enregistré une baisse de 4,5% en glissement trimestriel au 2e trimestre 2023. De même, la production a aussi connu une baisse en glissement annuel, passant de 330 000 tonnes en 2022 à 314 455 tonnes en 2023.

