Au Cameroun, la Société nationale des hydrocarbures (SNH) a affiché, le 24 avril à Paris, sa volonté de renforcer son contrôle sur les volumes de brut produits et enlevés par les opérateurs pétroliers. Cette position a été exprimée à l’issue des travaux de la commission paritaire chargée de fixer les prix officiels des bruts Kolé et Lokélé pour le premier trimestre 2026.
Présidant les échanges avec Perenco et Addax Petroleum, Nathalie Moudiki, conseillère n°2 au sein de l’entreprise publique, a insisté sur la nécessité de faire de cette instance « un cadre d’analyse minutieuse des enlèvements », en s’appuyant notamment sur une meilleure connaissance des volumes réels et une maîtrise accrue de la chaîne logistique par la SNH.
Cette orientation s’inscrit dans une révision plus large du dispositif contractuel et opérationnel du secteur. Dans un contexte marqué par la remontée des cours du Brent – passés d’une moyenne de 63,63 dollars au quatrième trimestre 2025 à 80,21 dollars au premier trimestre 2026, avec des pics proches de 110 dollars selon l’Energy Information Administration – et par des tensions géopolitiques au Moyen-Orient, l’enjeu porte sur la sécurisation de la valeur des cargaisons.
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L’entreprise dirigée par Adolphe Moudiki met ainsi l’accent sur le suivi des enlèvements, la fiabilité des données de production et le contrôle des conditions logistiques, autant de facteurs déterminants dans la formation des prix des bruts camerounais. Elle entend également « renforcer la présence active des Camerounais sur les sites pétroliers », afin d’améliorer la traçabilité des opérations et de favoriser, à terme, le transfert de compétences.
Des écarts persistants
Cette inflexion intervient dans un contexte documenté de divergences entre les données déclarées par les opérateurs et celles de l’État. Selon le rapport 2023 de l’Initiative pour la Transparence dans les Industries Extractives (ITIE), des écarts ont été relevés sur plusieurs segments de la chaîne pétrolière nationale. Sur la production, les différences restent marginales, avec un écart global de 2 barils sur un total de 23,88 millions de barils.
En revanche, les divergences apparaissent plus significatives au niveau des exportations. Au total, 517 558 barils d’écart ont été enregistrés entre les déclarations des sociétés et celles de la Direction générale des douanes (DGD), dont 186 883 barils pour la seule SNH et 330 675 barils pour Perenco Rio Del Rey. Dans le gaz, l’écart atteint 20,1 millions de MMBtu (environ à 568 millions de m3) entre les volumes déclarés par Perenco Cameroon et ceux recensés par l’administration. Par ailleurs, les paiements en nature des différents opérateurs présentent un différentiel global de 117 557 barils, lié notamment à des divergences méthodologiques entre déclarations mensuelles des entreprises et états de production consolidés de la SNH (ITIE Cameroun, 2023).
Reprendre la main sur la chaîne pétrolière
Face à ces écarts, la SNH entend renforcer le suivi des enlèvements, la fiabilité des données de production et le contrôle des opérations logistiques, autant de leviers jugés déterminants dans la formation des prix du brut. L’entreprise prévoit également de renforcer la présence de cadres camerounais sur les sites pétroliers, afin d’améliorer la traçabilité des volumes et d’accélérer le transfert de compétences.
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Ce repositionnement intervient alors que le Cameroun relance l’exploration. À l’issue de l’appel à manifestation d’intérêt lancé en 2025, cinq blocs ont été attribués à deux opérateurs, le britannique Octavia Energy et l’américain Murphy Oil, dans les bassins du Rio del Rey et de Douala/Kribi-Campo. Dans ce contexte de hausse des prix du pétrole, le gouvernement anticipe jusqu’à 180 milliards de FCFA de recettes supplémentaires en 2026.
Mandataire de l’État dans les contrats de partage de production, la SNH assure la commercialisation de la part de brut revenant au Cameroun. Mais les écarts relevés ces dernières années ont mis en lumière les limites du dispositif de suivi. Dans un environnement marqué par la volatilité des prix et la pression sur les volumes, la stratégie actuelle vise à renforcer le contrôle des opérations afin de sécuriser les recettes pétrolières.
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