Après plusieurs années d’inertie, Yaoundé tente de redonner un second souffle à son industrie pétrolière. À l’issue de l’appel à manifestation d’intérêt lancé en août 2025, la Société nationale des hydrocarbures (SNH) a attribué cinq des neuf blocs pétroliers et gaziers disponibles dans les bassins du Rio del Rey et de Douala/Kribi-Campo.
Deux opérateurs ont été retenus. Le britannique Octavia Energy hérite du bloc offshore « Bolongo Exploration », situé dans le bassin pétrolifère du Rio del Rey, sur une superficie de 381,56 km². De son côté, l’américain Murphy Oil Corporation, via sa filiale Murphy West Africa, rafle quatre blocs dans le bassin de Douala/Kribi-Campo située au sud-ouest de la péninsule de Bakassi, une zone qui a par le passé été l’objet de conflit avec le voisin nigérian. Il s’agit précisément des blocs de Etinde Exploration, Tilapia, Ntem et Elombo couvrant au total 10 296,9 km² et situés majoritairement en mer.
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Cotée à la Bourse de New York, Murphy Oil se présente comme un groupe indépendant d’exploration et de production d’hydrocarbures, actif notamment dans le golfe du Mexique, en Amérique du Nord et en Afrique. Sur le continent, le groupe dispose déjà d’une expérience dans le golfe de Guinée, notamment en Côte d’Ivoire où il détient des intérêts dans le bloc offshore CI-102 aux côtés de la compagnie nationale Petroci.
«vieillissement des champs »
La société d'État dirigée par Adolphe Moudiki précise dans un communiqué que ces attributions ouvrent désormais la voie à la négociation des contrats de partage de production (CPP), avec une phase d’exploration initiale de trois ans, renouvelable deux fois pour des périodes de deux ans. Toutefois, tous les actifs mis sur le marché n’ont toutefois pas trouvé preneur. Les blocs de Ndian River, Bakassi, Kombe-Nsepe et Bomono, principalement onshore, ont été laissés de côté. Cela traduit surtout les difficultés persistantes du Cameroun à valoriser certains actifs déjà proposés sans succès lors d’un précédent cycle d’attribution en 2018.
L’appel à manifestation d’intérêt, lancé le 1er août 2025, visait à relancer l’exploration sur un territoire où la production pétrolière est en déclin progressif depuis plusieurs années. La raison ? « le vieillissement des champs et l’absence de découvertes majeures », pointe le ministère des Mines. Selon les chiffres officiels la production d’or noir dans le pays est passée de 27,7 millions de barils en 2017 à 19,8 millions en 2025. Le gaz naturel ne fait pas exception. Malgré un rebond en 2025 à 79,2 milliards de pieds cubes standard (Scf), la production devrait chuter à 39 milliards de Scf d’ici 2027.
Cette érosion de la production se répercute directement sur les finances publiques. Le pétrole représente encore environ 20 % des recettes de l’État. Après avoir généré 877 milliards de FCFA en 2023, les revenus issues de l’or noir devraient tomber à 580 milliards de FCFA en 2027, selon les projections du ministère des Finances.
La mine solide comme option
Parallèlement à cette relance pétrolière, le Cameroun tente d’accélérer le développement de la mine solide qui représente moins de 1% du PIB. Plusieurs projets sont en cours, à l’image du gisement de fer de Mbalam, dont la première phase prévoit une production annuelle de 10 millions de tonnes, ou encore du projet de Kribi-Lobé (4 millions de tonnes de concentré à terme) et de Grand Zambi, porté par G-Stones Resources, avec une capacité de 2 millions de tonnes. Le pays ambitionne également de rejoindre le cercle des producteurs africains de bauxite avec le projet Minim Martap, qui pourrait produire 6,4 millions de tonnes sur une durée de vie de 20 ans. Dans le même temps, l’État a renforcé le rôle de la Sonamines, à qui ont été confiés plusieurs gisements stratégiques comme le rutile d’Akonolinga, cobalt-nickel-manganèse de Nkamouna-Lomié ou encore diamant de Mobilong.
Reste que la concrétisation tarde. Malgré les annonces répétées, plusieurs de ces projets ont connu des retards, et le pays ne compte toujours pas de mine industrielle en exploitation à ce jour.
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