Au Cameroun, l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO), en partenariat avec la Commission européenne à travers la Direction générale de la protection civile et des opérations d’aide humanitaire (DG-ECHO), expérimente depuis 2024 dans l’Extrême-Nord un projet d’action anticipatoire destiné à renforcer la résilience des communautés rurales face aux crues récurrentes du fleuve Logone. D’un montant de 2,95 millions d’euros (environ 2 milliards FCFA), ce programme s’appuie sur la promotion de cultures à cycle court et sur la mise en place de mécanismes communautaires d’alerte précoce face aux intonations. Les résultats du projet ont été présentés le 14 octobre 2025 à Logone Birni lors d’un voyage de presse organisé par la FAO. « L’action anticipatoire agit avant la crise, et non après », a déclaré Léonard Djingui Souga, spécialiste national du dispositif à la FAO, soulignant que cette approche « permet aux ménages agricoles de récolter avant les inondations et de réduire leurs pertes ».
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Le programme cible prioritairement les zones les plus exposées aux débordements du Logone, où chaque année des centaines d’hectares de maïs, sorgho et niébé sont détruits. Pour y faire face, la FAO distribue des semences améliorées à cycle court, notamment les variétés de sorgho “Zouaï” et de maïs “Camar 6”, capables de mûrir en 65 à 70 jours, contre 120 à 150 pour les variétés locales. En 2024, 3 000 ménages vulnérables ont été appuyés sur près de 2 100 hectares, recevant 45 tonnes de semences et un accompagnement technique à la planification agricole, selon l’institution onusienne. Ces mesures, combinées à la réhabilitation des diguettes et à la construction de 12 magasins de contingence, visent à sécuriser la production et les intrants avant la montée des eaux.
Les effets se font déjà sentir sur le plan économique et social. Les producteurs de Logone Birni prévoient des rendements moyens de 3,5 à 4 tonnes à l’hectare, soit plus du double de la production habituelle dans les zones inondables. Les ménages disposent désormais de réserves céréalières plus stables, ce qui réduit leur dépendance à l’aide humanitaire et alimente les marchés locaux de Kousseri et Mada, selon des témoignages recueillis sur place. D’après les estimations du projet, près de 500 tonnes de denrées devraient être préservées lors des crues, contribuant à stabiliser les prix du sorgho et du maïs. « Les inondations ne signifient plus forcément la famine », a affirmé Bello Hayatou, secrétaire d’État civil à la mairie de Logone Birni, représentant le maire, ajoutant que « ce projet redonne de la dignité aux producteurs et crée une dynamique économique locale ».
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Malgré ces avancées, les difficultés persistent. Les autorités locales évoquent la vulnérabilité structurelle de la zone, accentuée par le vieillissement des infrastructures et le manque de moyens d’intervention. Le représentant du maire a rappelé que, bien que la ligne budgétaire dédiée à l’assistance aux victimes d’inondations soit passée de 3 à 15 millions FCFA, les besoins restent largement supérieurs. Les routes demeurent impraticables pendant la saison des pluies, isolant des centaines de familles et compliquant l’acheminement de l’aide.
Les autorités locales et la FAO plaident pour une institutionnalisation de l’action anticipatoire dans les plans communaux de développement et les budgets locaux. L’objectif est de consolider cette approche pour en faire un pilier durable de la gestion climatique dans les zones à risque. À terme, cette expérimentation pourrait être étendue à d’autres départements comme le Mayo-Danay et la Bénoué, afin d’anticiper plus efficacement les effets du changement climatique sur l’agriculture nationale. Le projet se poursuit jusqu’à 2026.
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