Au Cameroun, l’Autorité aéronautique (CCAA) ambitionne de sécuriser une réserve foncière de 500 hectares dans la zone industrielle de Kribi pour lancer la production de carburants d'aviation écologiques (SAF). Selon un communiqué officiel publié le 10 août 2026 par l'institution, ce projet est piloté par un groupe de travail interministériel qui s'est réuni le 6 août à Yaoundé afin d'évaluer l'état d'avancement de l'étude de faisabilité. Pour matérialiser ces infrastructures de transformation, la CCAA souligne dans sa note qu'« une synergie est déjà en marche avec le ministère des Domaines, du Cadastre et des Affaires foncières pour l'acquisition de ce site dans le Sud, ainsi que pour l'exploitation d'un site pilote de 300 hectares dans le département de la Manyu (région du Sud-Ouest), avec l'implication directe des planteurs locaux. »
Face à une disponibilité foncière limitée, les terres arables ne représentant que 10 % du territoire national, la stratégie dévoilée par la CCAA contourne le risque de conflit avec la sécurité alimentaire. Les experts réunis par l'autorité de l'aviation civile privilégient ainsi à court terme la valorisation des déchets issus des géants de l'agro-industrie nationale : la Sodecoton, la Sosucam et la Cameroon Development Corporation (CDC). Le communiqué précise par ailleurs que l'utilisation des déchets municipaux, jugée plus complexe et coûteuse à traiter, n'est envisagée que pour une phase ultérieure du projet.
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L’enjeu de cette mutation industrielle va bien au-delà de la simple gestion des déchets. Il s'agit d'arrimer le Cameroun aux nouvelles exigences mondiales de décarbonation du transport aérien. Le secteur de l'aviation est en effet sous la pression du régime CORSIA (Régime de compensation et de réduction de carbone pour l'aviation internationale), imposé par l' Organisation internationale de l'aviation civile (OACI) pour freiner les émissions de gaz à effet de serre. En effet, en substituant le kérosène fossile par des biocarburants SAF (capables de réduire les émissions de CO₂ jusqu'à 80 % sur leur cycle de vie), le Cameroun pour tirer plusieurs avantages : se conformer aux standards écologiques internationaux, réduire sa lourde facture d'importation de carburants raffinés, et créer une nouvelle chaîne de valeur économique autour de la biomasse locale.
Cependant, la mobilisation des acteurs majeurs du secteur énergétique national, notamment la Société nationale des hydrocarbures (SNH), la Société nationale de raffinage (Sonara) et de plusieurs départements ministériels, de vastes zones d'ombre économiques subsistent. Pour l'heure, les informations concernant les coûts globaux du projet, l'identité des futurs partenaires techniques et financiers, ainsi que les éventuelles entreprises adjudicataires n'ont pas été dévoilées. Néanmoins, le choix de Kribi n'est pas anodin. L'implantation de cette industrie dans une ville balnéaire abritant le principal port en eau profonde du pays offre un atout logistique stratégique indéniable, tant pour l'approvisionnement en matières premières que pour de potentielles exportations de ces carburants verts.
Sur le plan scientifique et réglementaire, la démarche bénéficie d'un important encadrement. La CCAA indique analyser actuellement les données de recherche fournies par les universités de Maroua et de Dschang, le tout sous la supervision technique de l'Organisation de l'Aviation Civile Internationale (OACI) et de l'Union européenne. Les parties prenantes ont désormais pour consigne d'intensifier le partage de données afin de consolider l'étude de faisabilité avant le prochain atelier national de lancement du projet, programmé du 31 août au 1er septembre 2026.
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