Le gouvernement camerounais a décidé de resserrer l’étau sur la gouvernance et la transparence financière des entreprises publiques, dont les performances restent globalement en deçà des attentes. Dans une circulaire datée du 24 décembre 2025, le ministre des Finances, Louis Paul Motaze, fixe de nouvelles exigences en matière de publication des comptes, d’audit externe et de pilotage de la performance pour l’ensemble du portefeuille public, qui compte une cinquantaine d’entreprises et d’établissements publics.
Le texte impose notamment la publication systématique des états financiers audités au plus tard trois jours après leur approbation par les assemblées générales sur les sites internet des entreprises, et dans un délai maximal de sept jours dans un journal d’annonces légales. Les audits devront être finalisés dans les quatre mois suivant la clôture de l’exercice, conformément aux normes OHADA, sous la supervision renforcée des comités d’audit.
Au-delà de la transparence financière, la circulaire introduit l’obligation pour chaque entreprise publique de produire un tableau de bord annuel de gouvernance et de performance, transmis au ministère des Finances en même temps que les comptes certifiés. Ce document devra couvrir la composition et le fonctionnement des conseils d’administration, la gestion des risques, les résultats financiers clés, l’efficacité opérationnelle, ainsi que les engagements sociaux, environnementaux et climatiques, incluant la note annexe 35 du SYSCOHADA.
Autre nouveauté de ce document, c’est le virage vert à travers la responsabilité sociétale et environnementale (RSE). Pour la première fois, le gouvernement intègre de manière contraignante les Objectifs de Développement Durable (ODD) et la gestion climatique dans le pilotage des entreprises publiques. Les directeurs généraux ont l'obligation de présenter annuellement au Conseil d'Administration les actions menées en faveur du dialogue social et de l'environnement. La circulaire exige à cet effet des indicateurs précis sur la part des investissements verts, l'efficacité énergétique et l'intégration des risques climatiques dans la planification stratégique.
Louis Paul Motaze rappelle que le non-respect de ces obligations expose les dirigeants à des sanctions pénales prévues par le droit OHADA, notamment en cas de non-publication des comptes ou d’entrave aux contrôles des commissaires aux comptes. « J’attache du prix au strict respect et à l’application rigoureuse des prescriptions de la présente circulaire », prévient-il, ajoutant que toute difficulté dans sa mise en œuvre devra être portée à son attention.
Une mise en garde explicite dans un contexte où plusieurs entreprises publiques accusent des contre-performances chroniques, des retards récurrents dans la production des comptes et une dépendance persistante au soutien budgétaire de l’État. En 2022, les bénéfices générés par ces entités ont chuté de 60% en glissement annuel à 53 milliards FCFA, tandis que l’État y a injecté un peu plus de 117 milliards FCFA au titre des subventions. Dans un environnement marqué par la pression des bailleurs et la recherche d’une meilleure discipline de gestion des finances publiques, Yaoundé souhaite réduire ses injections et pousser la cinquantaine d’entreprises relevant de son portefeuille vers une plus grande autonomie financière.











