Le gouvernement camerounais s’engage dans un audit de la filière aurifère, sous pression d’une enquête présidentielle ouverte en janvier 2026, après les révélations du rapport ITIE 2023. Dimanche 5 avril sur la télévision nationale (CRTV), le ministre par intérim des Mines, Fuh Calistus Gentry, a reconnu l’ampleur des écarts : selon les données onusiennes (UN Comtrade), 15,2 tonnes d’or ont été exportées vers les Émirats arabes unis en 2023, contre seulement 22,31 kg officiellement enregistrés par les douanes camerounaises. « Le système de collecte et de traçabilité doit être revu », a admis le ministre.
Cette divergence s’explique, selon le membre du gouvernement, par la structuration artisanale du secteur. Une grande partie de la production échapperait aux circuits formels en raison du paiement des taxes « en nature », rendant la traçabilité initiale difficile. Le ministre indique ainsi que la Société Nationale des Mines (Sonamines) a collecté 240 kg d’or au titre de l’Impôt synthétique minier libératoire (ISML), tandis qu’environ 960 kg seraient actuellement détenus dans les circuits étatiques. Des volumes nettement supérieurs aux données douanières, mais sans commune mesure avec les flux identifiés à l’international.
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Cette annonce survient alors que des cours mondiaux sont proches de 5 000 dollars l’once. Les 15 tonnes exportées hors circuit représenteraient ainsi plusieurs centaines de milliards de FCFA échappant à l’économie formelle et privant l’État de recettes fiscales et de devises. Le ministre a toutefois relativisé la responsabilité de son département, affirmant que « le rôle du ministère des Mines est la production », et renvoyant le suivi de la commercialisation vers les douanes, les impôts et les forces de sécurité. Une ligne de défense qui met en évidence une fragmentation des responsabilités au sein de la chaîne de contrôle.
Le rapport ITIE souligne en parallèle la faiblesse des déclarations des opérateurs agréés. Les principaux exportateurs formels — Henza Gem’s (19,96 kg), Gold Label Mining Trade (1,16 kg), Ethos Cameroon (1,29 kg), DC Trading NC (1,30 kg) ou encore Ets Zam Zam (0,86 kg) — n’affichent que des volumes marginaux. Ce décalage confirme la prédominance de circuits parallèles, soutenus par des réseaux informels plus compétitifs que le cadre fiscal officiel, marqué notamment par un ISML de 25 % et des droits de sortie de 5 %.
Face à cette situation, le gouvernement annonce un durcissement des contrôles. Une opération ciblant 175 sites illégaux doit être lancée dans les prochains jours, avec pour objectif de démanteler les unités de production clandestines. Au-delà de l’enjeu budgétaire, le Cameroun joue sa crédibilité internationale : suspendu de l’Initiative pour la transparence dans les industries extractives (ITIE) en 2024, le pays espère une réintégration à l’horizon 2027.
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