Entre janvier et mars 2026, les recettes pétrolières recouvrées par l'État du Cameroun se sont établies à 106,6 milliards de FCFA, accusant une baisse sévère de 56,5 milliards (-34,6 %) en glissement annuel. Ce montant ne représente que 81,4 % de l'objectif trimestriel des revenus pétroliers du pays, qui était fixé à 130,9 milliards de FCFA. Présenté au Parlement à Yaoundé, le Document de débat d'orientation budgétaire (DOB) explique ce recul « essentiellement du fait de la baisse de la production de pétrole, qui a annihilé l’effet de la flambée des cours mondiaux du pétrole induite par le conflit au Moyen-Orient ».
Concrètement, ce paradoxe économique s'explique par le déclin quantitatif continu des champs matures du pays. Bien que les tensions géopolitiques maintiennent le cours du brut à un niveau élevé, la faiblesse des volumes extraits empêche le Trésor public de capitaliser sur cette embellie. Le rapport officiel ne dévoile pas le volume exact exporté sur la période, mais confirme que cette contre-performance plombe les prévisions de l'État. Cette contraction a d'ailleurs tiré vers le bas l'ensemble des recettes internes, arrêtées à 1 193,9 milliards de FCFA sur la période (-1,9 %), venant gommer les efforts de l'administration fiscale qui a pourtant réussi à augmenter les recettes non pétrolières de 33,8 milliards de FCFA.
Lire aussi : Guerre en Iran : le Cameroun pourrait engranger 180 milliards FCFA de recettes supplémentaires en 2026
Globalement sur l’année, les prévisions officielles des recettes pétrolières restent maintenues en hausse de 16,5 % en 2026, à 661,1 milliards de FCFA, mais ne devraient plus représenter que 1,4 % du Produit intérieur brut (PIB) du pays. La situation s'annonce encore plus rude en 2027, l'État anticipant un effondrement de 35,6 % de ces revenus, projetés à seulement 425,8 milliards de FCFA. Cette saignée attendue de 253,3 milliards de FCFA sera actée par la chute conjointe de la redevance pétrolière et gazière (qui va passer de 579,8 à 344,8 milliards de FCFA), de l'impôt sur les sociétés pétrolières (de 119,3 à 112 milliards), couplée à la disparition d'une recette conjoncturelle exceptionnelle (windfall) évaluée à 120 milliards de FCFA.
Sur le plan historique, cette atonie du premier trimestre 2026 confirme la relégation progressive de la rente pétrolière dans le financement du Cameroun. Il y a trois ans à peine, ces revenus pesaient encore 9,6 % du PIB. Engagées dans une courbe descendante marquée par un recul de 17,6 % en 2025, les recettes pétrolières s'orientent vers une stagnation à moyen terme, malgré le sursaut global théorique budgété pour 2026. Sur la période 2028-2029, elles devraient plafonner à une moyenne annuelle de 450,5 milliards de FCFA. Cette trajectoire, qui s'aligne sur un PIB pétrolier projeté à seulement 2,2 % en 2026, illustre le changement de paradigme économique d'un pays contraint de s'appuyer quasi exclusivement sur sa fiscalité interne non pétrolière.
Lire aussi : Cameroun : l’américain Murphy Oil rafle 4 blocs pétroliers dans le bassin de Douala/Kribi-Campo

