L’affaire Sino Mart prend une autre tournure. Six jours après la diffusion sur les réseaux sociaux d’une vidéo montrant un employé camerounais violemment fouetté dans l’enceinte de ce centre commercial chinois spécialisé dans la vente de produits divers et d’équipements d’aménagement, situé au quartier Elig-Edzoa à Yaoundé, la gendarmerie évoque désormais l’existence d’un système organisé de violences au sein de l’entreprise. Le 8 mai, le lieutenant-colonel Jean Alain Ndongo, commandant du Groupement territorial de gendarmerie du Mfoundi, a présenté à la presse cinq personnes interpellées : trois ressortissants chinois, un interprète tchadien et un militaire camerounais. Placés en garde à vue, ils devraient être présentés au commissaire du gouvernement dès lundi.
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Selon l’officier, les enquêteurs ont été saisis le 2 mai après la circulation massive d’une vidéo montrant un jeune homme battu à coups de chicotte, sous le regard d’autres individus filmant la scène. « Cette vidéo nous a interpellés directement. Nous nous sommes déployés sur le terrain », explique-t-il. Les investigations ont rapidement conduit aux responsables du supermarché. Sur place, les gendarmes identifient plusieurs dirigeants, dont une directrice d’exploitation, ainsi qu’un interprète et un militaire affecté à la sécurité du magasin. La victime, accusée de vol, a été soumise à une punition infligée sur place, en dehors de tout cadre légal.
D’après les éléments recueillis, le militaire aurait exécuté les sévices à la demande des responsables du magasin, avant de recevoir une rémunération « pour forfait », qualifiée de « modique » par les enquêteurs.
Des violences répétées depuis début avril
L’enquête révèle un élément déterminant : les faits ne sont pas isolés. Contrairement à ce que laissait penser la viralité récente de la vidéo, les violences remontent au 7 avril, date à laquelle la scène a été filmée. Entre cette date et l’ouverture de l’enquête, le 2 mai, la gendarmerie affirme avoir recensé « cinq à six cas » similaires au sein de l’entreprise.
Les investigations se heurtent toutefois à un manque de coopération des victimes. Sur plusieurs employés identifiés, une seule personne a accepté de déposer plainte. Les autres sont introuvables ou refusent désormais de collaborer. « Des éléments nous reviennent qu’il y a eu des arrangements plus ou moins occultes entre les responsables de la structure et certaines personnes », indique le lieutenant-colonel Ndongo.
Soupçons d’un circuit de diffusion des vidéos
Les enquêteurs s’interrogent également sur la destination des images. Selon la gendarmerie, la vidéo virale proviendrait directement des téléphones des responsables présents lors des faits. « Il n’y avait aucun autre Camerounais dans la pièce », précise l’officier. Les appareils ont été saisis et confiés à des experts en cybercriminalité afin de déterminer si ces contenus relevaient d’un usage interne ou s’inscrivaient dans un circuit plus large de diffusion. « Est-ce un réseau de partage de scènes aussi lugubres dans leur communauté ? L’expertise nous dira de quoi il en est », ajoute-t-il.
Une affaire devenue nationale
Cette nouvelle phase de l’enquête intervient dans un climat de forte émotion. Depuis plusieurs jours, l’affaire Sino Mart alimente un débat national sur les conditions de travail dans certaines entreprises détenues par des expatriés. À Elig-Edzoa, la colère des riverains a conduit à la fermeture temporaire du magasin. Le ministre du Travail et de la Sécurité sociale, Grégoire Owona, a promis des sanctions exemplaires.
Au total, six employés auraient subi des violences assimilées à des actes de torture. Mais à ce stade, une seule plainte formelle figure dans le dossier transmis à la justice militaire.














