Au Cameroun, la Société Nationale des Mines (Sonamines), engagée depuis 2023 dans un vaste processus de réhabilitation des sites miniers orphelins à l’Est du pays, a recensé à ce jour plus d’une quarantaine de ces zones dégradées, issues notamment de l'exploitation artisanale et semi-mécanisée de métaux précieux comme l'or ou le diamant. Alors que le début effectif des travaux se fait attendre depuis deux ans, la Sonamines lève le voile sur les principaux goulots d’étranglement qui freinent cette initiative d'envergure, au-delà de la cruciale question de la mobilisation des fonds, dans une récente mise au point.
Recensement
Selon les explications fournies par la société à EcoMatin le 30 juin dernier, l'état des lieux précis concernant la préparation et la planification des travaux de réhabilitation révèle que la phase actuelle est dominée par des enjeux fonciers et administratifs.
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À cet égard, Serge Hervé Boyoguemo, Directeur Général de la Sonamines, rappelle que l'une des missions statutaires de la société, créée en 2020, est d'assurer la restauration, la réhabilitation et la fermeture des sites miniers. Cependant, le dirigeant précise que l’entité est « toujours en attente » de la mise en place du fonds de réhabilitation dédié, indispensable à l'exécution de cette mission. C'est dans ce contexte d'attente que la société a engagé des travaux préliminaires essentiels. « Il importe de préciser que dans l’attente de la mise en place du fonds de réhabilitation, de restauration et de fermeture des sites minier et de carrières devant permettre à la Sonamines la mise en œuvre de la mission susmentionnée, nous avons commencé par un travail de recensement et de cartographie des sites miniers orphelins dans toute la Région de l’Est. A date quarante-trois (43) sites ont ainsi été recensés et cartographiés. », indique l'entreprise.
Blocage foncier et administrative
L'urgence de cette réhabilitation est d'autant plus manifeste que l'ampleur des surfaces dégradées ne cesse de croître. Une étude récente de l'ONG Forêt et Développement rural (FODER), datant de 2025, révèle une augmentation alarmante de la superficie exploitée. Celle-ci est passée de 82 hectares en 2010 à plus de 4639 hectares en 2024 dans les arrondissements de Batouri, Kentzou et Ketté, soit une hausse vertigineuse de plus de 5 490 %. Cette expansion non réhabilitée représente un défi environnemental et financier colossal pour le pays.
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Cependant, la Sonamines révèle que le principal obstacle actuel au passage à l’action réside dans l'obtention des droits d’accès à la terre sur ces 618 hectares de Mbalé, choisi comme site pilote. Bien que des activités de sensibilisation auprès des populations riveraines et des audiences avec le Premier Ministre et d’autres membres du Gouvernement aient été menées pour présenter le projet et solliciter l'accompagnement institutionnel, des blocages fonciers et administratifs persistent impliquant des procédures auprès du ministère en charge des Domaines de cadastre et des affaires foncières. Une nouvelle planification des travaux a d'ailleurs été adoptée lors d’un récent Conseil d’Administration de Moonlight Mining and Restoration (MMR), chargée de l'implémentation des travaux, dans l'attente de la finalisation de ce processus foncier et prévoit désormais le début des travaux d’ici fin 2025.
Financement : des fonds bouclés mais inaccessibles et un coût potentiel élevé
Concernant la question cruciale du financement, la Sonamines confirme que le montage financier du projet est « complètement bouclé ». Cependant, la société n'a pas révélé le montant alloué à la phase pilote de Mbalé. Pourtant, sur la base des 3 millions de Fcfa par hectare prévus par le Code minier de 2023 pour de tels travaux, la réhabilitation des 618 hectares de Mbalé représenterait potentiellement plus de 1,85 milliard de Fcfa. La mise à disposition effective de ces fonds reste « conditionnée par la disponibilité des droits d’accès à la terre au profit du projet ».
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La Sonamines indique s'atteler à finaliser ce processus avec le Ministère en charge des Domaines, promettant de communiquer davantage sur le montant alloué, l'envergure du projet et ses retombées pour les populations riveraines dès que cette étape sera franchie. Ainsi, malgré des fonds théoriquement disponibles, l'accès au terrain demeure le véritable nœud gordien de la réhabilitation des sites miniers de l'Est.

