La Banque des États de l’Afrique centrale (BEAC) a récemment procédé au virement de 100,37 milliards FCFA (environ 173 millions USD) sur les comptes de ses six pays actionnaires (Cameroun, Gabon, Tchad, RCA, Guinée équatoriale et Congo), au titre des dividendes de l’exercice 2024. Une opération qui a été le 26 mars dernier à Malabo par le Conseil d’administration de l’institution à la suite de résultats financiers historiques. L’exercice 2024 aura en effet été l’un des plus fructueux de l’histoire de la BEAC, avec 355 milliards FCFA de bénéfice net.
Lire aussi : BEAC : un bénéfice "record" de 355 milliards FCFA en 2024, mais des défis pour redresser l’économie régionale
Deux sources proches du conseil, joints par EcoMatin, ont confirmé cette affectation du résultat mais n’ont pas souhaité être identifiées compte tenu de leur devoir de réserve. « Cette manne financière, rendue possible par une année particulièrement fructueuse pour la BEAC, a été répartie entre les États membres conformément aux critères statutaires. Ces critères prennent généralement en compte des facteurs tels que la circulation fiduciaire dans chaque pays et leur contribution effective aux résultats globaux de la BEAC ». La BEAC, elle, n’a pas souhaité s’exprimer sur le sujet.
Le Cameroun se taille la part du lion
Sans surprise, le Cameroun, première économie de la zone CEMAC, a reçu la part la plus importante, soit 39 milliards FCFA, apprend-t-on. Les clés de répartition exactes n’ont pas été publiées, mais l’une des sources consultées par EcoMatin indique qu’elle est « conforme aux statuts de la banque ». Cette distribution arrive à point nommé. La majorité des États membres font face à des déficits budgétaires, certains étant en difficulté avec le FMI, notamment à cause du gel de décaissements lié à des retards dans les réformes. Ces dividendes constituent donc des ressources extra-budgétaires opportunes, qui pourraient permettre de financer des dépenses urgentes ou de relancer certains chantiers de réforme structurelle.
Lire aussi : CEMAC : les avoirs en or de la BEAC ont généré 172 millions FCFA de plus-value en 2024
Avant de reverser aux États, le conseil d'administration de la BEAC a officialisé d’importantes gratifications pour le personnel et les dirigeants de l’institution. Une prime de performance de 250 % a été versée aux membres du gouvernement de la BEAC et à ceux du Secrétariat général de la COBAC, tandis que les agents ont bénéficié d’un doublement de leur gratification complémentaire. Les indemnités de session des administrateurs ont été multipliées par cinq.
Une générosité qui contraste avec la rigueur budgétaire recommandée aux États membres et suscite, en coulisses, des interrogations sur l’exemplarité de la gouvernance de la BEAC, bien que ces décisions soient conformes aux statuts internes de l’institution.
Des performances qui ne suffisent pas à relancer la croissance
Bien plus, les gains « historiques » dégagés par la banque centrale contraste avec la fragilité macroéconomique persistante dans la CEMAC. L’inflation a battu des records et devrait se situer en dessous de la cible de 3% en 2025. La croissance économique reste modeste tandis que les réserves extérieures ont connu une baisse considérable même si le niveau actuel reste confortable.
À Malabo, lors de la réunion du Conseil, Yvon Sana Bangui, le gouverneur de la Banque centrale, a lucidement reconnu le paradoxe que représente le résultat record de la BEAC en 2024 au regard de la fragilité macroéconomique persistante des pays de la CEMAC. Il a rappelé que le succès financier de la banque centrale ne se traduit pas automatiquement par une amélioration de la situation macroéconomique de ses États membres. Et d’ajouter qu’il est impératif que les États engagent des réformes structurelles profondes pour redresser et diversifier les économies de la CEMAC.







