Réunis en session extraordinaire à la veille du sommet des chefs d’État de la CEMAC prévu ce 22 janvier à Brazzaville, les ministres de l’Économie et des Finances de la sous-région ont mis en garde contre une dégradation rapide du cadre macroéconomique, estimant que le risque d’un ajustement monétaire pourrait réapparaître à moyen terme en l’absence de mesures correctives rapides.
Dans un rapport qui sera transmis à la Conférence des chefs d’État, le Conseil des ministres de l’Union économique de l’Afrique centrale (UEAC), qui rassemble les ministres en charge de l’Economie, des Finances et des Affaires étrangères des six pays membres de la Communauté, indique que, si les seuils critiques ne sont pas encore atteints, la situation économique de la zone « se dégrade à un rythme inquiétant ». « Compte tenu du niveau actuel des indicateurs, le recours à un ajustement monétaire n’est pas justifié. Mais le risque pourrait resurgir dans un horizon pas très lointain si les mesures correctives ne sont pas rapidement prises », préviennent les ministres.
Cette alerte intervient alors que la Banque des États de l’Afrique centrale (BEAC) a récemment démenti toute perspective de dévaluation du franc CFA, jugeant les fondamentaux encore compatibles avec la stabilité monétaire.
Le rapport met en évidence une chute marquée des réserves de change, en baisse de 1 335,7 milliards FCFA entre mars et novembre 2025, soit l’équivalent d’environ un mois d’importations de biens et services en moins. Cette contraction est attribuée notamment au faible rapatriement des recettes d’exportation, au paiement de la dette extérieure, à la hausse des importations stratégiques (produits alimentaires, pharmaceutiques, pétroliers), ainsi qu’à la baisse des cours du pétrole et au recul continu des exportations pétrolières. Les ministres soulignent également la détérioration de la position budgétaire agrégée de la CEMAC, passée d’un excédent de 0,3 % du PIB en 2023 à des déficits estimés à 1,6 % en 2024 et 1,4 % en 2025, sur fond de politiques budgétaires expansionnistes et de faibles recettes fiscales hors pétrole.
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Si le Conseil des ministres écarte formellement l’hypothèse d’une dévaluation à court terme (le taux de couverture des importations restant supérieur à la norme statutaire de 20 %) il insiste sur le fait qu’une telle option ne saurait être efficace sans réformes structurelles profondes, dans des économies encore fortement dépendantes des importations.
Pour éviter toute dérive, les ministres recommandent notamment l’accélération des réformes budgétaires, la conclusion ou la poursuite de programmes avec le FMI, le rapatriement des avoirs détenus à l’extérieur de la zone, la mise en œuvre effective des Comptes uniques du Trésor, ainsi que la préservation de l’indépendance de la BEAC.
Ces conclusions seront au cœur des discussions des chefs d’État de la CEMAC, appelés à trancher sur les mesures à engager pour préserver la stabilité monétaire et financière de la sous-région.
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