Ce n’est un secret pour personne : en République centrafricaine, le président russe Vladimir Poutine poursuit ses manœuvres visant à faire absorber le groupe paramilitaire Wagner par l’Africa Corps, une autre force plus proche de Moscou et déjà présente au Mali. Mais la transition s’avère plus complexe en Centrafrique, où Wagner, bien qu’orphelin de son patron Evgueni Prigojine, mort dans un crash aérien en août 2021, a bâti un véritable empire économique grâce à divers investissements dans les mines, les liqueurs et la brasserie, entre autres secteurs. Le processus achoppe notamment sur le mode de rémunération de la future société de sécurité. Jusqu’ici, Wagner était payé principalement en ressources minières. Un mode de compensation qui ne semble plus convenir au Kremlin, lequel propose désormais un autre deal : la Russie exige d’être payée en cash.
Un casse-tête budgétaire que Bangui ne pourrait que difficilement gérer au regard de la faiblesse de ses liquidités. Selon des informations publiées par des médias occidentaux, du reste confirmées par le ministre de la Communication et porte-parole du gouvernement centrafricain, Maxime Balalou, auprès de la Deutsche Welle, la compensation réclamée par Moscou s’élève à 15 millions de dollars, soit environ 10,5 milliards Fcfa par mois. Accepter ce deal particulièrement onéreux reviendrait pour Bangui à débloquer près de 126 milliards de Fcfa chaque année au profit des paramilitaires russes, en contrepartie de la protection assurée aux autorités et des services de formation militaire fournis aux forces armées centrafricaines.
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Ce montant représente près du tiers du budget 2025 de la République centrafricaine, estimé à 384 milliards de Fcfa. « Combien avons-nous de ressources pour décaisser 15 millions de dollars ? », s’est interrogé Maxime Balalou. Une rémunération en cash paraît irréaliste pour un pays qui peine déjà à mobiliser les fonds nécessaires à son budget. Mais la compensation en ressources minières – uranium, fer, or ou diamants – est-elle pour autant moins coûteuse ? L’Initiative pour la transparence dans les industries extractives (ITIE) a récemment dénoncé de graves dérives dans l’exploitation minière par les Russes en Centrafrique.
Un rapport national du secrétariat technique de l’ITIE, produit sous la supervision du ministre coordonnateur national Robert Moïdokana et publié en février dernier, révèle que, sur les 19 sociétés minières retenues dans le périmètre de la conciliation, seules trois ont soumis leur formulaire de déclaration. Le rapport pointe directement les sociétés russes sous contrôle de Wagner, qui exploitent depuis 2019 la mine d’uranium de Bakouma (Est) et la mine d’or de Ndassima (Centre), et qui refusent de se soumettre à la réglementation.
Le pays s’est pourtant doté en mai 2024 d’un nouveau code minier, remplaçant celui adopté sous François Bozizé en 2009, afin de régir les activités minières, promouvoir les investissements et lutter contre la fraude. Cette loi ambitieuse définit désormais les conditions de reconnaissance, prospection, recherche, exploitation industrielle et semi-industrielle des gisements, ainsi que les modalités de possession, détention, stockage, transport, traitement, transformation, commercialisation, exportation et réhabilitation des sites miniers, conformément aux objectifs supranationaux de protection de l’environnement.
Mais ce texte, qui avait suscité beaucoup d’espoir, peine à instaurer la transparence. Gemmes et minéraux de Centrafrique (Geminca), structure centrale prévue par le nouveau code minier pour jouer un rôle prépondérant dans la chaîne de valeur et détenir le monopole des exportations, n’a toujours pas vu le jour 15 mois après l’adoption de la loi.



