À Bangui, capitale de la République centrafricaine, les prix des produits de base s’envolent. En cause : la paralysie du corridor Douala-Bangui, voie d’accès de l’essentiel des importations centrafricaines. Pendant une dizaine de jours, les camions ne franchissaient plus la frontière du Cameroun, où la crise post-électorale s’est traduite par des « villes mortes » paralysant le transport et la logistique. Résultat : les étals se sont visés et les prix ont connu une nouvelle flambée. Signe que ces hausses sont vertigineuses la reprise timide de la circulation des camions depuis le Cameroun, en une semaine, le sac de farine de blé, vendu 20 000 Fcfa avant la crise, s’affiche désormais à 31 500 Fcfa. Le carton d’huile de 12 litres est passé de 18 000 Fcfa à 25 000 Fcfa, tandis que le sac d’oignons atteint un record de 300 000 Fcfa contre 80.000 Fcfa auparavant.
Ce dernier produit provient essentiellement des trois régions septentrionales du Cameroun, où le transport des marchandises à travers les corridors nationaux et régionaux est fortement perturbé. Pour les autorités, certains commerçants profitent de la situation pour « créer artificiellement la rareté ». Le ministre du Commerce, Thierry Patrick Akoloza, tout en dénonçant l’anarchie qui s’installe sur les marchés à travers une spéculation sauvage, attribue aussi la situation en aux tracasseries des agents publics. « Quand vous prenez indûment 2 000 ou 3 000 Fcfa aux commerçants, c’est sur les populations que cela est répercuté », dénonce-t-il.
Lire aussi : Manifestations post-électorales: Tradex et Neptune appellent au calme après les attaques de leurs stations-service
La République centrafricaine dépend à plus de 50% du port de Douala pour son ravitaillement. Chaque interruption du trafic sur ce corridor de 1 450 km entraîne une crise immédiate à Bangui. Les coûts de transport, gonflés par les péages et barrières illégales le long du corridor aggravent la situation. « Les commerçants continuent de parler des barrières illégales… On les désinstalle, mais des agents véreux de l’État les réinstallent le lendemain », fustige le ministre dans une interview à Radio Ndekeluka émettant à Bangui, promettant de « ne pas baisser les bras ».
Il annonce d’ores et déjà qu’un comité interministériel de surveillance du marché va être mis en place sur instruction du Premier ministre, pour recenser les difficultés et freiner les spéculations. L’Association des consommateurs centrafricains, présidée par Ali Rock Bissingue, a tiré la sonnette d’alarme dès le début de la crise camerounaise. « Chaque fois qu’il y a un problème au niveau des frontières avec le Cameroun, les gens augmentent les prix ici ». Cet acteur dit se battre pour éviter une hausse exagérée. « Le ministère du Commerce doit inventorier les stocks existants pour qu’ils soient écoulés aux prix homologués», suggère le leader.
L’association pointe en effet un manque de transparence. « Les dépôts sont dissimulés, non déclarés au ministère du Commerce. C’est une faute grave », dénonce Ali Rock Bissingue, pour qui la crise actuelle révèle une fragilité structurelle. « La RCA ne se prépare pas stratégiquement à ce genre de situation, tout en sachant que la majorité de ses produits est importée». Le ministre du Commerce est presque du même avis. D’où son plaidoyer pour un changement de cap. « Un pays qui importe ne peut pas avoir un contrôle total sur les prix. Si on fabrique le savon ici, si on transforme l’arachide en huile ici, vous pensez qu’on va acheter à 30 000 Fcfa le sac ? Non ! » Cette vision s’inscrit dans le projet de zone économique spéciale censée accueillir un certain nombre industries locales. Mais, à court terme, l’urgence reste logistique : rétablir le corridor Douala-Bangui et assainir les circuits de distribution. Mais cela dépend presque exclusivement des autorités camerounaises.
Lire aussi : Cameroun : l'économie prise dans la tourmente post-électorale
Dans les marchés de la capitale, la grogne monte. Les commerçants font état de l’existence de taxes sans facture, qu’ils répercutent sur les prix finaux. Les consommateurs, eux, n’ont d’autre choix que de réduire leurs achats. L’inflation alimentaire continue ainsi de progresser dans un pays déjà éprouvé par la faiblesse du pouvoir d’achat. « Nous n’avons plus rien d’autre à faire que de lancer l’alarme », conclut le président des consommateurs. Cette envolée des prix illustre une dépendance chronique : sans solution industrielle ni réserve stratégique, la Centrafrique reste à la merci du moindre blocage chez son voisin camerounais. Et tant que le corridor Douala-Bangui restera fragile, les ménages centrafricains continueront de payer le prix fort des crises régionales.














