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Derrière le rapprochement avec la France, le "besoin de sécurité" du Tchad

La rencontre, la semaine dernière à Paris, entre le président tchadien Mahamat Idriss Déby Itno et son homologue français Emmanuel Macron marque la volonté des deux pays de renouer un partenariat, dans un contexte régional de plus en plus instable. Décryptage.​

Publiée jeudi 5 février 2026 à 16:39:02Modifiée jeudi 5 février 2026 à 16:39:04Temps de lecture 6 minPar EcoMatin

FRANCE TCHAD
Le président français Emmanuel Macron (à gauche) accueillant le président tchadien Mahamat Idriss Deby Itno à l’occasion de leur rencontre au palais de l’Élysée à Paris, le 29 janvier 2026

(AFP) Après un an de tensions et contrairement à d'autres pays sahéliens, le Tchad s'est rapproché tout dernièrement de la France, inquiet pour sa sécurité face aux débordements de la guerre au Soudan voisin et au regain d'attaques rebelles. Le rapprochement entre les deux pays a été acté la semaine dernière par une rencontre entre Mahamat Idriss Déby Itno et Emmanuel Macron à Paris, où les deux chefs d'État "ont affirmé l'ambition d'un partenariat revitalisé", selon l'Élysée.

"Le départ des troupes françaises décidé par le Tchad en novembre 2024 ne signifiait pas une rupture des liens inaltérables qui existent entre les deux pays", a de son côté expliqué à l'AFP le ministre tchadien des Affaires étrangères, Abdoulaye Sabre Fadoul. Le lendemain de cette rencontre, le ministre tchadien de la Défense a reçu un représentant de l'équipementier aéronautique français Safran, qui n'a pas souhaité répondre aux questions de l'AFP sur la teneur des discussions.

Lire aussi : Le Tchad et la France veulent “revitaliser” leurs liens, priorité aux investissements

Un forum d'affaires France-Tchad devrait par ailleurs avoir lieu en avril à Paris, selon des médias tchadiens, confirmant l'intérêt de N'Djamena pour les investissements français. Les liens entre le Tchad et l'ancienne puissance coloniale n'avaient pourtant cessé de se dégrader depuis la rupture soudaine par N'Djamena de l'accord de défense liant les deux pays en novembre 2024, mettant fin à 60 ans de déploiement de troupes françaises dans le pays.

Depuis 2022, l'armée française, autrefois omniprésente dans la région, a également mis fin à sa présence permanente au Mali, au Burkina Faso, au Niger - trois pays qui continuent de considérer la France comme une puissance hostile - ainsi qu'en Côte d'Ivoire et au Gabon.

Soutien controversé


Après cette rupture, le Tchad, pays largement désertique d'Afrique centrale, a cherché à diversifier ses partenariats sécuritaires en se tournant vers les Émirats arabes unis, la Turquie, la Hongrie et la Russie. Mais depuis, la guerre au Soudan, déstabilisatrice pour ses voisins, et la persistance des menaces rebelles et jihadistes semblent avoir rebattu les cartes.

La guerre au Soudan, avec lequel le Tchad partage plus de 1.000 km de frontière, oppose depuis avril 2023, l'armée aux paramilitaires des FSR. Elle a tué plusieurs dizaines de milliers de personnes et en a déplacé plus de 12 millions, dont près d'un million au Tchad, selon l’ONU. Officiellement neutre dans ce conflit, le président Déby est accusé par l'armée soudanaise de faciliter les envois d'armes des Émirats arabes unis aux FSR. Or dernièrement, "la situation au Soudan évolue en défaveur des FSR", souligne une source proche du pouvoir tchadien.

Lire aussi : Tchad: le président Idriss Déby reçu par Emmanuel Macron à Paris jeudi

Et alors que les États-Unis tentent de faire bouger les lignes en poussant pour une résolution rapide du conflit, le pouvoir tchadien est "inquiet de l'avenir de [son] partenariat avec les Émirats arabes unis", abonde Roland Marchal, chercheur français spécialiste de l'Afrique centrale. De plus, "l'aide apportée aux FSR est extrêmement controversée au sein de l'appareil militaire et sécuritaire", souligne-t-il. Ce soutien est contesté par d'influents membres de la communauté zaghawa, dont M. Déby est issu par son père et qui vit de part et d'autre de la frontière, et notamment au Darfour où les FSR sont accusés de nombreuses exactions.

Et les débordements meurtriers du conflit soudanais dans l'est tchadien - où N'Djamena a dénoncé depuis fin décembre deux incursions des FSR qui ont tué neuf de ses soldats - rendent la position de M. Déby encore plus délicate. Or avant 2024, "avec l'appui de la France, le Tchad avait beaucoup plus de capacité à sécuriser ses frontières", estime l'analyste politique tchadien Yamingué Bétinbaye.

Limites militaires

"Voyant le vent tourner, le président de la République a anticipé la menace en se rapprochant de la France", "guidé par un besoin de sécurité", explique la source proche du pouvoir tchadien. D'autant que l'armée tchadienne est mobilisée sur un autre front: la persistance des combats avec des groupes rebelles, qui ont fait plusieurs morts dans le sud à la mi-janvier.

Une menace fréquente qui évolue, note Roland Marchal, en soulignant que les rebelles ont cette fois "attaqué par le sud", alors qu'il le faisaient traditionnellement par l’est. Aujourd'hui, l'armée tchadienne n'a plus le "renseignement" et les "appuis techniques" qu'elle avait autrefois avec la France, et qui lui auraient probablement permis de "gérer avec facilité la rébellion du sud", note M. Bétinbaye. 

Lire aussi : Transport aérien : la rupture des accords militaires avec Paris bouleverse les activités d’Air France au Tchad

Pour Roland Marchal, le renseignement français pourrait aussi bénéficier aux Tchadiens sur un troisième front, celui de la menace jihadiste de Boko Haram et de l'État islamique en Afrique de l'Ouest (ISWAP), qui persiste dans la région du Lac Tchad (est). Les Français "connaissent l'armée [tchadienne] et seront sans doute beaucoup plus à l'aise pour faire ce travail que ne le seront jamais les Turcs ou les Américains", analyse-t-il.

Selon lui, par ailleurs, "les Tchadiens espèrent que les Français vont reprendre leur bâton de pèlerin pour aller plaider la cause du Tchad" auprès de l'UE, du FMI et de la Banque mondiale. Et pour la France, ce rapprochement permettra de "reprendre pied au Sahel", un an après le départ de ses derniers soldats "dans des conditions assez humiliantes", observe le chercheur.

© Agence France-Presse

Lire aussi : Diplomatie : N’Djamena rappelle 29 diplomates après la fermeture de trois ambassades

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