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Gabon : bras de fer fiscal entre FlyGabon et l'État autour de 80 milliards FCFA

Par un communiqué publié le 1er août 2026, la compagnie nationale refuse de collecter la redevance R4 sur ses billets, créant un choc financier qui menace les prévisions de la Loi de finances rectificative.​

Publiée lundi 3 août 2026 à 15:14:11Modifiée lundi 3 août 2026 à 15:14:13Temps de lecture 5 minPar René Ombala

AIRBUS A320
Le nouvel avion de FLYGABON AIRBUS A320

Le secteur aérien gabonais traverse une zone de turbulences institutionnelles majeures. Face aux nouvelles dispositions fiscales de la loi de finances rectificative (LFR) 2026, FlyGabon a décidé de réagir fermement. L'opérateur a officialisé, le 1er août, sa décision « de ne pas collecter cette redevance auprès de ses passagers, en attendant que les conditions d'applicabilité soient précisées ». Ce refus perturbe directement le rendement d'un dispositif dont le gouvernement attendait environ 80 milliards de FCFA de recettes annuelles. Cette manne repose sur un empilement de mesures incluant la réinstauration d'une TVA à 18 % sur les vols domestiques, la hausse des taxes de sûreté et l'introduction d'une redevance nommée « Securiport.

Au cœur du mécontentement de la compagnie figure la répartition des retombées financières de cette pression fiscale accrue. Selon les analyses internes du transporteur, les prélèvements prévus ne servent pas équitablement l'économie nationale. FlyGabon relève « une contradiction préoccupante entre l'ambition du gouvernement de faire de Libreville un hub régional et l'affectation des recettes issues des nouvelles taxes et redevances aériennes », précisant que « 77 % des sommes générées bénéficieraient à des entreprises étrangères, contre seulement 22 % revenant à des organismes publics gabonais ».

Lire aussi: Billets d’avion : le Gabon instaure une taxe de 30 dollars sur les passagers internationaux

Pour l'entreprise, cette distorsion remet en cause la souveraineté économique du pays. Elle rappelle que la « souveraineté aérienne ne peut se limiter à la détention d'une compagnie nationale. Elle suppose également que le Gabon conserve la maîtrise de ses infrastructures, de ses mécanismes de régulation, de ses données stratégiques, de ses systèmes de sûreté et de l'affectation des ressources générées par son propre marché ».

Surtaxation par correspondance

L'autre point de friction majeur réside dans la mécanique de calcul de la redevance R4, désormais étendue à l'ensemble des aéroports du pays et reversée au concessionnaire de l'aéroport international de Libreville. Appliquée à chaque tronçon, elle pénalise lourdement les trajets avec correspondance. Un trajet aller-retour Port-Gentil–Franceville via Libreville accumule ainsi huit taxations, soit un surcoût de 52 480 FCFA par passager pour la seule R4. Sur le réseau régional, un aller-retour Douala–Brazzaville via la capitale gabonaise génère un montant cumulé de 131 192 FCFA. Pour le transporteur, ce mécanisme pénalise la mobilité des usagers et nuit à l'attractivité commerciale de la plateforme de Libreville.

Lire aussi: Transport aérien : FlyGabon négocie trois Boeing pour relier Paris et Londres

En bloquant le prélèvement de la R4, la compagnie affirme assumer un acte de gestion responsable face aux contraintes du marché. « Cette décision est pleinement assumée par la compagnie et vise à protéger autant que possible le pouvoir d'achat des passagers. Il s'agit pour nous de préserver la liberté de circulation sur le territoire national ; ne pas aggraver l'impact de la réinstauration de la TVA sur les vols domestiques ; préserver la viabilité des liaisons aériennes ; défendre l'attractivité de Libreville ; et garantir la cohérence du projet national de connectivité », détaille la direction dans son texte.

FlyGabon précise que cette suspension « ne traduit ni un refus de contribuer au financement des infrastructures aéroportuaires ni une remise en cause de l'autorité de l'État », mais découle du devoir d'alerter face à des choix financiers jugés préjudiciables à l'intérêt collectif. Au-delà du débat comptable, ce bras de fer expose FlyGabon à de lourdes conséquences opérationnelles et réglementaires. En bloquant unilatéralement la perception d'une redevance inscrite dans la loi de finances, le pavillon national s'expose à des répercussions juridiques directes, voire à des sanctions bancaires ou à un contentieux financier avec le concessionnaire aéroportuaire destinataire des fonds.

Lire aussi: Transport aérien : Fly Air Gabon réalise son premier investissement en devenant actionnaire d’Afrijet

Risques et contraintes financières

Sur le plan commercial, si l'absence de prélèvement protège provisoirement le porte-monnaie du voyageur, l'incertitude fiscale menace la pérennité financière de la compagnie, contrainte d'évoluer dans un cadre réglementaire instable. Pour l'ensemble du transport aérien gabonais, ce bras de fer fait peser le spectre d'un ralentissement net du trafic. En effet, le cumul de la TVA réinstaurée et des taxes annexes crée un effet d'éviction tarifaire : la hausse du coût du billet dissuade la mobilité intérieure, réduit les liaisons régionales vers Libreville et risque de freiner à la fois le désenclavement des provinces et le développement du hub international du pays.

Le gouvernement se retrouve désormais contraint de négocier s'il souhaite sécuriser les 80 milliards de FCFA escomptés pour l'exercice 2026.

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