L'État gabonais connaît désormais la trajectoire budgétaire qu'il entend suivre en 2026. Adoptée le 28 octobre 2025 par l’Assemblée nationale et le Sénat, la loi de finances acte une hausse de près de 72% du budget de l’État, portée à la fois par un recours accru à l’endettement et par une forte ambition de mobilisation des recettes intérieures. Sur ce dernier volet, Libreville vise 2 404 milliards FCFA de recettes fiscales, soit 550 milliards FCFA de plus qu’en 2025 (+30%), grâce à un vaste chantier de modernisation et d’élargissement de l’assiette. Ainsi, pour renforcer la contribution fiscale au budget, le gouvernement a engagé une série de réformes mêlant digitalisation, élargissement de la base imposable et rationalisation des exonérations. Le dispositif inclut aussi des mesures de soutien et des exonérations ciblées pour les projets industriels stratégiques.
Modernisation et digitalisation du système fiscal
La loi de finances gabonaise accorde la part belle à la digitalisation du système fiscal sans doute en vue de renforcer la traçabilité des opérations, élargir l’assiette fiscale et réduire la fraude. Il est par exemple prévu que toutes les entreprises assujetties à l’IS(impôt sur les sociétés), à l’IBP (impôt sur les bénéfices professionnels), à la TVA (taxe sur la valeur ajoutée) ou à l’impôt synthétique émettent désormais leurs factures au moyen d’un système électronique homologué par la Direction générale des Impôts (Articles P.832 ter à P.832 quinquies).
Les clients desdites entreprises sont désormais tenus d’exiger ces factures sous peine de perdre le droit à déduction de la TVA et à la déductibilité des charges. En clair, l’article 11 du Code des impôts prévoira que seules les dépenses appuyées par des factures électroniques seront admises en charges déductibles pour le calcul du bénéfice imposable. De même, la déduction de la TVA n’est possible que sur facture électronique (Article 223).
Côté recouvrement des impôts, le Gabon accélère également la numérisation. À partir du 1er janvier 2026, les paiements d’un montant égal ou supérieur à 500 000 FCFA devront obligatoirement être effectués par virement bancaire ou Mobile money tandis que les grandes et moyennes entreprises devront régler l’intégralité de leurs impôts via la plateforme en ligne Digitax (Article P-917). Tout paiement électronique tardif entraînera une pénalité de 10%, en plus des intérêts de retard (Article P-1000). Pour faciliter la transition, le texte de loi instaure un crédit d’impôt pour l’acquisition d'un dispositif électronique de facturation, octroyé sur demande et imputable sur l’impôt (Article P.832 ter). Libreville entend ainsi renforcer ses capacités de contrôle et réduire les transactions informelles, qui font perdre de l’argent à l’administration fiscale.
Élargissement de l’assiette fiscale & augmentation de certaines taxes
Outre la digitalisation pour réduire les risques de fraude et donc collecter plus d’argent, Libreville a également des mesures d’élargissement de l’assiette fiscale. Cela se matérialise par l’augmentation de la taxation des plus-values sur cession de droits sociaux. En gros, l’impôt sur les plus-values réalisées lors de la vente de parts ou actions dans une société gabonaise passera de 20% à 25% (Art. 23). Dans l’immobilier, la retenue à la source sur les revenus locatifs passe de 5% à 10% (Article 178 bis) et son champ est élargi à toute personne morale, administration ou entreprise individuelle. L’État prévoit également à partir du 1er janvier 2026 d’opérer une réforme de la patente. Elle sera désormais calculée sur le chiffre d’affaires hors taxes, au taux de 0,1%, avec un plancher de 150 000 FCFA et un plafond de 10 millions FCFA (Article 265). Autre nouveauté, c’est le relèvement du taux applicable aux mises de jeux de hasard qui passe de 8 à 9% du montant à partir du 1er janvier 2026.
Fiscalité sectorielle et incitations économiques
Dans sa loi budgétaire, le Gabon introduit un ensemble de mesures ciblées visant à soutenir les secteurs stratégiques, encourager les investissements et accompagner la transformation industrielle du Gabon. Par exemple, à partir de l’année prochaine, les entreprises minières, pétrolières et forestières bénéficieront d’un régime renforcé d'exonération de TVA sur leurs biens d’équipement importés. « Les biens d’équipement et matériels acquis auprès des fournisseurs étrangers et destinés aux activités minières, pétrolières et forestières… importés en exonération de TVA», peut-on lire. L’objectif de cette mesure est clairement de soutenir les investissements dans les unités de production.
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Dans la continuité de la politique d'interdiction d’exportation du bois brut, le texte renforce les incitations à la transformation locale via un barème progressif de droits de sortie sur les produits du bois. Désormais, les exportations de produits de première transformation sont taxées à 15% de la valeur mercuriale, contre 10% pour la deuxième transformation et 3,5% pour la troisième transformation. Cette modulation vise à encourager les opérateurs à investir dans des unités de sciage avancé, de contreplaqué, de placage et de produits finis (mobilier, panneaux techniques), dans un contexte où le Gabon ambitionne de devenir un hub régional du bois certifié et à haute valeur ajoutée.
D’autres incitations concernent le secteur du tourisme. Selon l’article 221 du futur code des impôts, les projets touristiques d’au moins 300 millions FCFA bénéficieront du taux réduit de 5% de TVA sur les travaux de construction et les équipements. Libreville veut également encourager la construction et la mise sur le marché de logements locatifs. On peut également citer au titre des innovations phares, l’exonération de la contribution des patentes pour les promoteurs publics et privés réalisant des projets de logements socio-économiques, applicable pendant leurs deuxième et troisième exercices d’activité.
Lutte contre la vie chère & mesures sociales
Pour soutenir le pouvoir d’achat des ménages, il est notamment prévu un taux de douane réduit à 5% sur les produits de première nécessité. Ce mécanisme vise à limiter les coûts d'importation pour les opérateurs et, in fine, contenir la hausse des prix pour les consommateurs. Sont notamment concernés : riz, lait et produits laitiers (lait en poudre, lait concentré, lait liquide), farine, pain et pâtes alimentaires, huile de table, sel, conserves de sardines et poissons courants, œufs, sucre, lessive et produits d’hygiène de base, ciment pour la construction (afin de contenir les coûts de logement). Par ailleurs, une contribution de 9% sur les factures d’électricité est instaurée. Prélevée directement sur les factures des abonnés, cette taxe vise à renforcer les moyens financiers des collectivités locales pour financer les services publics essentiels liés à la salubrité et aux infrastructures urbaines. Selon les dispositions du texte, la taxe est collectée, déclarée et reversée par les distributeurs d’électricité, à l’instar des mécanismes appliqués pour la TVA. Les recettes seront affectées exclusivement aux opérations de propreté urbaine (notamment l’enlèvement des ordures ménagères, le balayage des rues, le curage des caniveaux) ainsi qu’aux travaux d’aménagement urbain tels que la voirie et les réseaux divers.
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Cette contribution remplace l’ancienne redevance pour ordures ménagères instaurée en 2019, laquelle est formellement abrogée. Elle élargit son champ d’application en s’appliquant désormais à tout abonné au réseau électrique, avec toutefois une exemption pour les foyers bénéficiant des compteurs sociaux, afin de ne pas pénaliser les ménages les plus modestes. En introduisant cette taxe parafiscale, le gouvernement espère garantir des ressources régulières et mieux sécurisées pour financer l’entretien urbain.
Fiscalité douanière
Dans sa loi de finances, Libreville a également introduit un droit de sortie de 1 % sur les lingots d’or. Une mesure symbolique mais stratégique pour mieux capter la valeur sur les exportations aurifères, secteur en pleine formalisation. La fiscalité douanière s’étend également au digital. Les logiciels, licences et mises à jour importés ou téléchargés sont désormais taxés et doivent faire l’objet de déclarations spécifiques selon leur mode d’entrée (support physique ou téléchargement), alignant le Gabon sur les pratiques modernes de taxation de l’économie numérique. Enfin, les marchandises bénéficiant d’exonérations douanières restent désormais assujetties aux taxes parafiscales et redevances pour services rendus, afin de préserver les recettes affectées et éviter les abus d’exonération.
Transition écologique
la loi de finances 2026 marque un tournant dans la fiscalité environnementale gabonaise. Le texte introduit une taxe spécifique sur la protection de l’environnement, ciblant les secteurs jugés les plus polluants, notamment les industries pétrolières, minières, chimiques, ainsi que les importateurs d’emballages plastiques et de lubrifiants. Les tarifs seront appliqués sur le volume ou la masse des produits et déchets (jusqu’à 5 000 FCFA par m³ de minéraux extraits et 500 FCFA par litre de lubrifiants et solvants), afin d’inciter les entreprises à réduire leur empreinte écologique et financer la gestion des déchets. Parallèlement, le texte prévoit des exonérations pour les équipements liés aux énergies renouvelables et les activités de recyclage artisanal, alignant l’incitation fiscale avec les objectifs nationaux de décarbonation et de développement durable. Cette approche, combinant fiscalité punitive et encouragements ciblés, vise à accompagner la transition énergétique du pays tout en diversifiant ses sources de recettes hors hydrocarbures.








