[AFP] Dans les locaux fraîchement rénovés de Radio Campus à Libreville trônent des portraits du président élu Brice Clotaire Oligui Nguema en grand uniforme rouge, le nouvel homme fort qui vient d'obtenir un mandat de sept ans et cristallise les espoirs des étudiants.
Aujourd'hui, "les attentes sont multiples", dit Francis Agoghemba, un étudiant en psychologie à l'Université Omar Bongo. Il réclame pèle-mêle "l'amélioration des conditions d'apprentissage", "plus d'accès à internet", "de meilleures bibliothèques". Selon ce presque quadragénaire, faire des études au Gabon "ne servait à rien" sous le régime Bongo. "Aucun bâtiment n'était sorti de terre depuis des années", remarque-t-il, avant d'ajouter: le "CTRI (gouvernement de transition) l'a fait".
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Au micro de la petite radio FM diffusant sur la région de Libreville, Francis Aboghemba lit la revue de presse internationale du jour. Quelques jours après une élection présidentielle calme et sans incident, la presse évoque les défis qui attendent l'auteur du coup d'Etat du 30 août 2023, tombeur des Bongo au pouvoir pendant 55 ans, grand vainqueur du scrutin avec 90,35 % des voix.
"Étudiants exclus"
Radio Campus, qui n'avait pas émis depuis plus de treize ans, renait de ses cendres depuis quelques semaines. M. Oligui, qui est venu lui-même inaugurer les lieux sur le campus de l'université Omar Bongo début mars, en est l'artisan et le financier, selon les étudiants qui ne disposent pas de chiffre précis sur le coût de l'opération. Le slogan de la radio, "La voix(e) de la félicité", fait référence à la promesse de M. Oligui, "l'essor vers la félicité", tiré de l'hymne national.
Le nouveau chef de l'État qui se présente comme un "bâtisseur" fait face à des attentes sociales très fortes, notamment chez les jeunes, frappés par un taux de chômage d'environ 40% - plus de 60% en milieu rural, selon les données officielles. Parmi ses priorités, "l'entrepreneuriat et l'employabilité des jeunes", "l'initiative privée" et le renforcement de "l'adéquation formation-emploi pour générer 160.000 emplois" hors de l'administration publique, comme il l'a dit dans son discours d'ouverture de la campagne électorale.
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Interrogés par l'AFP, les étudiants-animateurs s'accordent, dans la salle de rédaction de la radio, pour lister leurs attentes. "Les étudiants veulent un accompagnement, notamment pour les bourses, parce que certains n'arrivent pas à faire de longues études du fait de la limite d'âge pour l'obtention d'une bourse. Et au Gabon, sans accompagnement financier, c'est difficile pour les étudiants", dit Lauriane Lekoumbi Bouanga, 28 ans, étudiante en lettres. Les familles modestes veulent que leurs jeunes entrent sans tarder sur le marché du travail, pour qu'ils génèrent des revenus.
Au Gabon, pays riche en pétrole mais à l'économie exsangue, un salaire fait vivre six à sept personnes, selon le ministère de l'Economie. Outre la question financière, Lauriane voit un autre frein dans l'attitude des entreprises gabonaises qui "lorsqu'elles font une annonce de recrutement, peu importe la fonction qui est disponible", excluent les étudiants "d'office". Les entreprises évitent d'embaucher des étudiants en alternance, préférant des employés moins qualifiés mais disponibles à plein temps, selon les étudiants rencontrés par l'AFP.
Attendre de voir
Pour Moïsiah Nzamba, 22 ans, étudiante à l'Ecole normale supérieure de l'enseignement technique, "il y a quelque chose qui s'est débloqué" avec la transition : "c'est comme un gros bouchon qui a sauté. Avant, il fallait s'inquiéter. Il fallait se poser des questions : est-ce que continuer les études, ça en vaut vraiment la peine ?" Qu'attend-elle du nouveau président ? "On ne va pas juger une personne sur ce qu'elle nous montre aujourd'hui. On attend de voir ce qu'elle va produire au fur et à mesure", dit-elle.
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Julien Eko Ndong, un étudiant en droit de 22 ans, réclame plus de "stages et de formations". Et davantage de bibliothèques "parce que la bibliothèque, c'est l'endroit où l'on retrouve le savoir universel". Au Gabon, selon la Banque Mondiale, la moitié de la population a moins de vingt ans. Les étudiants ne sont que 35.000 dans tout le pays et quelques milliers à l'étranger sur une population d'environ 2,3 millions d'habitants, car "il n'y a pas encore de culture ancrée" en faveur des études, selon Francis Aboghemba.








