Au cours d’un Conseil de ministres tenu le 4 juin 2025 à Libreville, le président gabonais Brice Clotaire Oligui Nguema a instruit son gouvernement de mettre en œuvre la procédure de dénonciation unilatérale de l’Accord de Partenariat de Pêche durable (APPD) signé avec l’Union européenne en 2007. « Cet accord, dans sa formulation actuelle, ne saurait être reconduit en l’état », ont indiqué les services de la présidence. Selon le compte rendu des travaux consulté par EcoMatin, cet accord signé avec le groupe des 27 présente plusieurs limites 18 ans après notamment, le caractère « profondément déséquilibré » dont les retombées économiques pour l’État gabonais restent largement insuffisantes, en contradiction avec la richesse extraite des eaux territoriales par les flottes européennes. D’où le nécessité de réviser les clauses.
En effet, l’APPD conclu entre les deux parties et renouvelé à plusieurs reprises, est actuellement en vigueur depuis 2021 pour une durée de six ans. D’une valeur d’environ 17 milliards de Fcfa (près de 26 millions d’euros), ce protocole autorise l’accès des navires de l’UE dans les eaux gabonaises dans le cadre du développement et de la transformation du secteur de la pêche au Gabon. Cependant, « les recettes issues de cet accord ne compensent ni la valeur réelle des captures, ni les coûts assumés par l’État en matière de surveillance et de contrôle, ni les pertes de valeur ajoutée dues à l’absence de transformation locale. Il a également dénoncé la faiblesse des investissements consentis par les partenaires au titre du développement local, de l’emploi ou du renforcement des capacités nationales, ainsi que les risques accrus de surexploitation des ressources halieutiques, en l’absence de mécanismes partagés de transparence et de suivi scientifique », déplore la présidence gabonaise.
Un potentiel énorme en contradiction avec la production
L'Etat gabonais ne s’appesantit pas sur les données chiffrées pouvant appuyer sa décision. Toutefois, l’on constate que la contribution du secteur pêche au PIB national stagne à 1,5% depuis plus de 10 ans. D’après la Direction générale des Pêche et de l’Aquaculture, la production halieutique évolue en dents de scie au Gabon. De 38 091,40 tonnes en 2007, elle a replié à 33 079,9 tonnes en 2010 pour chuter à 28 000 tonnes en 2022. Par conséquent, les revenus issus de l’exportations des poissons et autres produits de pêches demeurent minimes. Pour Direction générale des douanes et des droits indirects (DGDDI), la valeur des exportations va également décroissante. Celle-ci s’est établie à 1 milliard de Fcfa en 2021 après 1,4 milliard de Fcfa en 2020 et 2,6 milliards de Fcfa en 2017.
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Des donnés totalement en contradiction avec les potentialités capturables dont dispose ce pays de la Cemac : 842 000 tonnes toutes espèces confondues. De plus, le Gabon détient un littoral maritime long de plus de 800 km et une façade maritime estimée à 213 000 km² de Zone économique exclusive, et un plateau continental d’une superficie de plus de 40 600 km², dont environ 10 700 km² de superficie totale pour les pêcheries continentales. Au regard de ce déphasage, la dénonciation formelle annoncée devrait selon Libreville, ouvrir la voie à une possible « renégociation » sur des bases « rééquilibrées » ou à l’exploration de nouveaux partenariats plus alignés sur les priorités nationales, notamment la mise en place la réalisation des infrastructures indispensables au développement de cette filière. Il s’agit notamment des les zones de débarquement modernes, entrepôts frigorifiques, unités de transformation industrielle, chantiers navals, etc.








