Dès ses premiers mots, Brice Clotaire Oligui Nguema a vanté la bonne conduite de la transition sous sa houlette et magnifié la stabilité politique et institutionnelle du Gabon, qu’il érige en socle de sa stratégie de séduction des investisseurs. À Kigali (Rwanda), face à plus de 2800 décideurs économiques et politiques venus de 75 pays dans le cadre de l’ Africa CEO Forum 2026, le président de la République du Gabon a déroulé une vision structurée autour d’un mot d’ordre : transformer l’abondance naturelle de son pays en puissance industrielle. Lors de la session spéciale « Invest in Gabon », organisée en marge de cet événement majeur de l’économie africaine, le chef de l’Etat a défendu le récit économique d’un pays en rupture avec la rente brute et engagé dans une phase d’industrialisation accélérée. Une transition qu’il dit adosser à un environnement politique stabilisé, présenté comme un avantage comparatif majeur dans une Afrique en compétition pour les capitaux.
Au cœur du dispositif, la digitalisation de l’administration. Oligui Nguema a mis en avant une transformation du climat des affaires reposant sur la dématérialisation des procédures et la création d’entreprises en moins de 48 heures via l’Agence nationale de promotion des investissements (ANPI). Une réforme qui vise autant à réduire les délais bureaucratiques qu’à élargir l’assiette des recettes publiques, dans un pays où la modernisation fiscale constitue un enjeu structurel. Cette digitalisation s’accompagne d’une refonte des codes minier, forestier et pétrolier, ainsi que du cadre fiscal et douanier. Objectif affiché : sécuriser l’investissement tout en optimisant la collecte des revenus de l’État. L’opération de charme du président vise principalement à attirer des financements pour soutenir le Programme national de croissance et de développement (PNCD) 2026-2030, doté d’une enveloppe de 27 000 milliards Fcfa sur cinq ans. D’après le chef de l’Etat, le gouvernement a prévu d’injecter 10.000 milliards sur ressources propres dans ce plan stratégique. Les 17 000 milliards Fcfa restants devront provenir de fonds privés et différents autres types de financements.
Ce plan vise une transformation structurelle de l’économie, avec un objectif de croissance annuelle porté à 10%, contre environ 2,5% en moyenne ces dernières années, dans un pays où la démographie progresse de 2,7% par an. Mais l’ambition se heurte à une contrainte majeure. Selon la Banque africaine de développement (BAD), le Gabon doit mobiliser environ 1,18 milliard de dollars par an pour financer sa transformation, dont 72,2% dédiés aux infrastructures. Or, à ce jour, seuls 14,6% de ces besoins sont couverts, laissant un déficit proche d’un milliard de dollars par an. Depuis son arrivée au pouvoir après le coup d’État d’août 2023, puis son élection en avril 2025, Oligui Nguema a accéléré une stratégie de reprise en main des secteurs stratégiques. L’opération la plus symbolique reste le rachat d’Assala Energy par la Gabon Oil Company, pour près de 730 millions de dollars, illustrant la volonté de contrôle accru de la rente pétrolière. Dans le manganèse, le Gabon consolide son rang de deuxième producteur mondial de minerais à haute teneur. En 2024, la production a atteint environ 9,4 millions de tonnes, générant près de 653 milliards Fcfa de revenus sur neuf mois. Le secteur représente en 2025 près de 6% du PIB et plus de 3000 emplois directs.
Manganèse
Désormais, Libreville veut franchir un cap : imposer la transformation locale du manganèse, du fer et du bois afin de capter davantage de valeur ajoutée, quitte à restreindre les exportations brutes à terme. Le projet minier de Belinga, dans le nord-est du pays, incarne cette ambition industrielle. Avec des réserves estimées entre 700 millions et 1 milliard de tonnes de fer, le site est au cœur d’un corridor structurant intégrant une ligne ferroviaire d’environ 450 km, un port en eau profonde et plusieurs barrages hydroélectriques. L’objectif est de bâtir une chaîne logistique et énergétique complète pour soutenir l’exportation transformée du minerai. Au-delà des mines, le président gabonais a identifié des secteurs prioritaires pour les capitaux étrangers, notamment l’énergie, l’eau, l’assainissement, les logements, les infrastructures sanitaires et scolaires, ainsi que l’agriculture. Alors que le pays dépend encore de 60% pour ses besoins en denrées alimentaires, le gouvernement gabonais a déjà conclu des partenariats public-privé totalisant 775 milliards Fcfa pour le développement de projets structurants visant à garantir la souveraineté alimentaire du Gabon.
Avec une croissance de 3,1% en 2024 et un endettement évalué à 73,4% du PIB, le Gabon évolue dans un cadre macroéconomique contraint. Le PNCD devient ainsi le cinquième plan de développement du pays en 15 ans, après quatre premières stratégies restées partiellement exécutées. À Kigali, le défi n’était donc pas seulement de présenter une vision, mais de convaincre sur sa faisabilité. Dans un environnement où la concurrence entre États africains s’intensifie, la promesse gabonaise repose sur une équation simple : stabilité politique, réformes structurelles et abondance de ressources naturelles. Reste désormais à transformer cette ambition en engagements financiers concrets.














