Le vice-président de la Guinée équatoriale, Nguema Obiang Mangue, a publiquement dénoncé et suspendu, le 24 août, l'exécution d'une décision rendue par la Magistrature du travail n° 2 de Malabo. Cette juridiction a condamné Marathon Oil EG à verser plus de 1,56 milliard de FCFA (environ 2,6 millions de dollars) à Hermenegildo Esono Anguezomo, son ancien responsable des relations gouvernementales. Cette sanction financière se répartit en deux volets : 1,52 milliard de FCFA au titre d'indemnités pour licenciement abusif et droits acquis, et environ 45,6 millions de FCFA pour les frais de justice. Le vice-président ne précise toutefois pas en quelle année les faits examinés par le tribunal se sont produits.
Selon une mise en demeure publiée sur son compte X (ex-Twitter), le dirigeant précise que pour contester cette sentence devant la Cour suprême, la compagnie pétrolière a été tenue de consigner le montant total assorti d'une majoration de 20 %. Cette procédure porte la somme globale bloquée sur un compte de consignation à près de 1,88 milliard de FCFA (soit environ 3,1 millions de dollars). Nguema Obiang Mangue justifie son veto par des irrégularités dans le calcul des indemnités initiales imposées à l'entreprise.
Lire aussi : L’Américain ConocoPhillips mise sur le GNL équato-guinéen pour étendre son empire gazier
Selon les éléments qu'il a publiés, le salaire contractuel de l'ex-employé était fixé à 3 267 111 FCFA (environ 5 445 dollars). Lors de la liquidation, la justice s'est basée sur une rémunération de 17 335 285 FCFA (environ 28 890 dollars). « La Magistrature a refusé de corriger son erreur d'appréciation et a décidé d'accorder une différence salariale de 14 068 174 FCFA [environ 23 445 dollars] », explique le vice-président, précisant que ce calcul repose sur le code salarial d'une responsable commerciale dont les revenus réels étaient de 5 646 430 FCFA (environ 9 410 dollars).
Il dénonce une manipulation financière institutionnalisée : « On découvre ici que l'idée est de faire verser le montant imposé pour s'assurer que, en cas de perte du recours, les organes juridictionnels conservent les différences des déductions ainsi que les 20 % du montant brut total. »
Un revirement inédit en faveur d'une major pétrolière
Nguema Obiang Mangue qualifie cette manœuvre de « modus operandi depuis des années pour garantir des avantages personnels, que le recours soit gagné ou perdu ». Il affirme que cette « technique de corruption étouffe les entreprises travaillant en Guinée équatoriale » et conclut que « la position du gouvernement est de ne pas permettre l'application de cette sentence tant que les intentions obscures qui se cachent derrière cette opération ne sont pas clarifiées, que les personnes directement impliquées ne sont pas identifiées et ne sont pas tenues de répondre devant la loi ».
Lire aussi :Hydrocarbures : Malabo confie cinq blocs supplémentaires à l’américain Chevron
Cette intervention marque un net revirement dans la politique du vice-président. S'il a régulièrement initié des enquêtes pour corruption ciblant des sociétés parapubliques, c'est la première fois qu'il oppose un veto officiel à une décision de justice condamnant une compagnie pétrolière, pour en prendre la défense. Jusqu'ici, il pointait systématiquement les mauvaises pratiques des opérateurs du secteur, ciblant récemment TotalEnergies pour des pratiques jugées illégales ayant occasionné une pénurie artificielle de carburant.
À ce jour, ni l'appareil judiciaire équatoguinéen, ni la direction de Marathon Oil EG n'ont communiqué officiellement depuis ces déclarations du vice-président. Rappelons que c'est en mai 2024 que la maison-mère, Marathon Oil, a cédé l'ensemble de ses actifs mondiaux, y compris équatoguinéens, à ConocoPhillips, pour 22 milliards de dollars.
Lire aussi :Malabo ouvre une cellule de crise pour mettre fin à la pénurie de carburant










