Le négociant suisse de matières premières Gunvor se retrouve une nouvelle fois au cœur d'une affaire de corruption présumé selon des révélations de l'ONG suisse Public Eye publiées le 2 juin, le Ministère public de la Confédération (MPC) a perquisitionné en mai dernier le siège du groupe à Genève dans le cadre d'une procédure pénale ouverte pour « soupçons de corruption d'agents publics étrangers ». L'enquête porte sur un contrat d'un milliard de dollars (environ 562 milliards FCFA) conclu en 2024 avec le Gabon pour financer le rachat des actifs pétroliers d'Assala Energy par la Gabon Oil Company (GOC).
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Selon Public Eye, Gunvor avait accordé à la compagnie publique gabonaise un prêt d'un milliard de dollars afin de lui permettre de soumettre une offre de reprise au fonds américain Carlyle, alors propriétaire d'Assala Energy. Grâce à ce financement, la GOC a pris le contrôle de six blocs pétroliers représentant entre 20 % et 25 % de la production nationale, soit plus de 45 000 barils par jour. En contrepartie, Gunvor a obtenu l'exclusivité de la commercialisation du brut extrait de ces actifs ainsi que d'une partie des cargaisons revenant à la GOC dans le cadre de ses participations dans d'autres champs pétroliers.
Un intermédiaire au centre des soupçons
L'enquête s'intéresse notamment au rôle présumé de Mohamed Dagdag, homme d'affaires franco-marocain à la tête de Vakana Investment. D'après Public Eye, ce dernier aurait servi d'intermédiaire entre Gunvor et certaines autorités gabonaises afin de faciliter l'obtention du contrat, malgré les engagements du négociant suisse en matière de lutte contre la corruption. Selon les révélations de l'ONG, Dagdag aurait notamment participé à une rencontre organisée en février 2024 au palais présidentiel de Libreville entre le président Brice Clotaire Oligui Nguema, l'ancien vice-président Pierre-Claver Maganga Moussavou et des représentants de Gunvor.
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La direction de la GOC rejette toutefois toute implication. « Nous n'avons jamais eu de relation commerciale avec cet intermédiaire car nous ne le connaissions pas », a déclaré à Jeune Afrique son administrateur-directeur général, Marcellin Simba Ngabi. Selon lui, les négociations ont été menées directement avec les dirigeants de Gunvor et aucun intermédiaire n'a participé aux discussions ayant conduit à la conclusion du contrat.
Le contrat avait été attribué à Gunvor à l'issue d'un appel d'offres international l'opposant à deux autres géants du négoce pétrolier, Vitol et Trafigura. Les autorités gabonaises avaient alors présenté cette opération comme une étape majeure dans leur stratégie de renforcement de la souveraineté nationale sur les ressources pétrolières du pays.
Gunvor tente de se défendre
De son côté, Gunvor a confirmé auprès de Reuters la perquisition de ses bureaux genevois tout en affirmant ne pas être directement visé par la procédure. Le groupe assure avoir lui-même signalé certaines anomalies aux autorités suisses il y a près d'un an. Il soutient également avoir cessé de recourir à des agents commerciaux depuis novembre 2020. L'affaire intervient alors que le négociant suisse n'en est pas à sa première confrontation avec la justice. En 2019 puis en 2024, Gunvor est condamné en Suisse pour des faits de corruption liés à ses activités pétrolières en République du Congo et en Côte d'Ivoire. Au total, le groupe a dû s'acquitter de près de 94 millions de francs suisses, soit plus de 67 milliards FCFA, pour défaut d'organisation et manquements dans ses dispositifs de prévention de la corruption.
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Fondé en 2000 à Genève, Gunvor figure parmi les principaux négociants mondiaux de pétrole, de produits raffinés et de gaz naturel liquéfié. Malgré cette nouvelle enquête, les relations entre le groupe et la GOC se poursuivent. Après le rachat d'Assala Energy, Gunvor a également accompagné la compagnie publique gabonaise dans l'acquisition des actifs locaux de Tullow Oil pour un montant de 220 millions de dollars, consolidant ainsi sa position parmi les partenaires stratégiques du secteur pétrolier gabonais.
Enfin, en novembre 2025, le groupe avait renoncé au rachat des actifs africains du géant russe Lukoil sous la pression des autorités américaines, en raison des risques liés aux sanctions visant les intérêts russes depuis le déclenchement de la guerre en Ukraine.

