Le gouvernement gabonais menace de rompre l’Accord de Partenariat de Pêche Durable (APPD) conclu avec l’Union européenne il y a 19 ans, si les négociations en cours ne débouchent pas sur un consensus équitable. C’est ce qu’a laissé entendre Aimé Martial Massamba, ministre de la Mer, de la Pêche et de l’Économie Bleue, lors d'un entretien accordé à la chaîne nationale Gabon 24. « Nous sommes en discussion avec nos partenaires (UE) pour pouvoir discuter à nouveau sur le cadre. Parce qu’un accord c’est une chose mais c’est le cadre d’application de cet accord qui nous a été défavorable pendant plusieurs années. Donc, nous allons nous remettre autour d’une table pour pouvoir discuter du cadre entre les deux parties et discuter point par point, les éléments qui sont défavorables au gouvernement et proposer des alternatives crédibles ou du tout, nous arrêtons », a prévu le membre du gouvernement.
Les clauses de l’accord
Pour comprendre les enjeux, l'Accord de Partenariat de Pêche Durable (APPD) entre le Gabon et l'UE a été signé en 2007 et reconduit plusieurs fois dont, en 2021 pour une période de cinq ans, arrivant à échéance en 2026. Selon les termes de l’accord,« la contrepartie financière de l’accord est fixée, pour la période visée à 13 000 000 d’euros (8,6 milliards FCFA) ». Le document précise que cette enveloppe se décline annuellement en deux segments. D’une part, l’UE doit payer 1 600 000 d’euros (1,05 milliards FCFA) par un pourque ses navires puissent pêcher dans les eaux gabonaises. Ce prix est basé sur un "tonnage de référence" de 32 000 tonnes de poissons par an.
En plus, l'UE doit verser 1 000 000 d'euros par an (656 millions FCFA) pour aider le Gabon à moderniser sa propre industrie de la pêche. Cependant, cette sortie du ministre de la Mer, de la Pêche et de l’Économie Bleue intervient après que le président de la Transition, Brice Clotaire Oligui Nguema, a dénoncé en juin 2025 cet accord signé en 2007. Le chef de l’État l'a en effet jugé « profondément déséquilibré », affirmant que « cet accord, dans sa formulation actuelle, ne saurait être reconduit en l’état ». Plus encore, il a fustigé « la faiblesse des investissements consentis par les partenaires au titre du développement local, de l’emploi ou du renforcement des capacités nationales ».
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Aimé Martial Massamba souligne d'ailleurs l’ampleur du déséquilibre. « Si le Gabon pour l’année 2025 a exporté ou a fait produire pour les thoniers de l’UE, 32 000 tonnes, ce tonnage est vendu en Europe multiplié par le prix du tonnage qu’on connaît. Il suffit de faire vos calculs et vous comprendrez que les ristournes que l’Etat gabonais reçoit sous forme d’aide, d’appui sectoriel de 3 milliards FCFA par an, la différence est grande. C’est inadmissible à la limite », a-t-il déploré.
Sur le marché européen, une tonne de thon Albacore produit au Gabon se négocie en moyenne à 2 500 euros. Pourtant, l’accord actuel limite la compensation versée au pays à seulement 50 euros par tonne sur la base des 32 000 tonnes, soit un coût d’accès dérisoire pour l'UE. Résultat des courses, le Gabon ne percevrait en réalité qu’environ 2 % de la valeur réelle des ressources halieutiques extraites de ses eaux. D’où, la renégociation des termes de l’accord.









