Au Tchad, seuls 2,4 % des fonds issus du redressement de circuits illicites identifiés entre 2021 et 2025 ont été effectivement recouvrés par l’Autorité Indépendante de Lutte contre la Corruption (AILC), organisme public rattaché à la Présidence de la République. Selon un communiqué publié le 29 décembre 2025, l’institution indique avoir identifié 910 milliards FCFA de redressements, mais n’avoir encaissé que 22 milliards FCFA, « dûment attestés par des pièces justificatives incontestables, accessibles à toute vérification de bonne foi ».
Dans le détail, ces redressements résultent de 37 missions de contrôle menées sur une partie limitée de l’administration publique. Ils portent principalement sur des exonérations fiscales illégales, des dégrèvements injustifiés, des abattements irréguliers dans les marchés publics, ainsi que des recettes collectées mais non reversées au Trésor, des contrats non exécutés et des détournements, impliquant notamment des services fiscaux, douaniers, des ministères sectoriels, des établissements publics et des collectivités locales. L’AILC précise que ses travaux reposent sur une analyse « minutieuse, rigoureuse et objective » de documents officiels transmis par les entités contrôlées, dans le respect du principe du contradictoire.
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Au plan financier, l’écart entre les montants redressés et les sommes encaissées met en lumière un déficit majeur de recouvrement, avec 888 milliards FCFA non récupérés sur la période. À ces montants s’ajoutent, d’après le communiqué, 98,6 milliards FCFA de compensations documentées, reconnues par certaines entités contrôlées, notamment des établissements bancaires, pour lesquelles des mécanismes de compensation ont été sollicités, parfois avec l’intervention a posteriori du ministère en charge des Finances.
Cette publication intervient dans un contexte de divergence ouverte entre l’AILC et le ministère des Finances. Devant le Sénat, le ministre d’État Tahir Nguilin a mis en doute la plausibilité d’un redressement de 910 milliards FCFA, évoquant un budget annuel d’environ 2 000 milliards FCFA et une masse salariale de 700 milliards FCFA, tout en indiquant ne pas avoir eu accès au rapport concerné. L’AILC, de son côté, réaffirme la fiabilité de ses chiffres et sa détermination à poursuivre la lutte contre la corruption, tout en se disant ouverte à un dialogue institutionnel.
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