Selon l’Indice de l’industrialisation en Afrique (IIA 2025) publié par le Groupe de la Banque africaine de développement (BAD), le Gabon conserve son statut de première économie industrielle de la CEMAC et se classe au 12e rang continental, avec un score de 0,6021. Le pays gagne ainsi onze places par rapport à 2010 et figure, aux côtés notamment de la République démocratique du Congo (RDC), dans le quintile dit « intermédiaire supérieur », la deuxième meilleure catégorie du classement subdivisé en cinq groupes.
Dans cette étude qui évalue l’évolution de l’industrialisation de 52 pays africains entre 2010 et 2021, la Guinée équatoriale (score de 0,5767 ; 22e rang africain) conserve la deuxième place au sein de la CEMAC, tandis que le Cameroun (21e en Afrique) dépasse le Congo pour occuper le troisième rang régional. À l’inverse, le Tchad (0,4374 ; 43e rang africain) et la République centrafricaine (0,4319 ; 51e) figurent parmi les économies les moins industrialisées du continent, dans le quintile inférieur du classement.
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Méthodologie
L’indice de la BAD repose sur 19 indicateurs répartis en trois dimensions : la performance industrielle, qui représente la moitié de la note finale (3/6), les déterminants directs comme les infrastructures ou le financement privé (2/6), et les déterminants indirects liés notamment à la gouvernance et au climat des affaires (1/6). Sur la première dimension, la BAD évalue, entre autres, la valeur ajoutée manufacturière par habitant, le poids des exportations manufacturières ou encore la part de l’industrie dans le PIB.
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Cette méthodologie éclaire sur la position relativement modeste du Cameroun dans le classement régional, malgré son poids économique. Le pays représente pourtant près de 45 % du PIB cumulé de la CEMAC et concentre environ 40 % du tissu industriel de la sous-région, avec des secteurs actifs dans l’agroalimentaire, le ciment ou encore l’aluminium. Mais avec une population estimée à 28 millions d’habitants, le Cameroun voit mécaniquement sa valeur ajoutée manufacturière par tête diluée par rapport au Gabon ou à la Guinée équatoriale, dont les populations sont nettement plus faibles. La BAD rappelait déjà dans l’édition 2022, une observation toujours valable en 2025, que « les pays les plus performants ne sont pas nécessairement ceux dont l’économie est la plus importante, mais ceux qui génèrent la plus forte valeur ajoutée manufacturière par habitant, avec une proportion élevée de produits manufacturés destinés à l’exportation ».
Le Maroc, leader africain
Le facteur démographique n’explique toutefois pas tout. Des pays comme la Côte d’Ivoire, le Sénégal ou encore le Kenya, aux populations importantes, devancent largement les économies les mieux classées de la CEMAC grâce à une industrie manufacturière plus diversifiée et davantage tournée vers les exportations à valeur ajoutée. Selon les données du rapport, le Cameroun affiche un score de 0,5547 en 2025, contre 0,5435 en 2010, soit une progression très marginale en quinze ans. La BAD pointe notamment la faiblesse des déterminants directs : investissements privés insuffisants, accès limité au crédit pour les entreprises et infrastructures encore inadéquates.
À l’échelle africaine, le principal fait marquant de l’édition 2025 est la prise de pouvoir du Maroc, désormais premier pays industrialisé du continent devant l’Afrique du Sud. Le royaume affiche un score de 0,8415 contre 0,8396 pour Pretoria, porté par la diversification de ses exportations et la modernisation de son appareil productif. Le Sénégal et la Côte d’Ivoire figurent également dans le Top 10 africain, soutenus par une accélération des investissements industriels et manufacturiers.
Changements majeurs
Par rapport à la première, l’édition 2025 de l’IIA a introduit ailleurs plusieurs changements méthodologiques majeurs. Les infrastructures, auparavant classées parmi les déterminants indirects, sont désormais intégrées aux déterminants directs, la BAD estimant qu’un déficit énergétique ou logistique affecte immédiatement la production industrielle. Deux nouveaux indicateurs ont également été introduits : la diversification des exportations et la part des produits de moyenne et haute technologie dans les exportations manufacturières. Ces ajustements pénalisent plusieurs économies d’Afrique centrale, encore fortement dépendantes de produits peu transformés. Enfin, l’emploi manufacturier a été reclassé dans la dimension « performance », tandis que l’indice de perception de la corruption de Transparency International a été retiré afin d’éviter des doublons avec l’Indice Mo Ibrahim de gouvernance africaine déjà intégré dans l’évaluation.














