Interrogé dans le journal L'Union ce 31 juillet, le ministre gabonais de l'Industrie et de la Transformation locale, Lubin Ntoutoume, a annoncé que des protocoles d'accord sont en cours de finalisation avec plusieurs industriels internationaux. Cette ouverture massive du marché vise à diversifier les acteurs de la filière et pourrait ébranler la position dominante occupée jusqu'alors par le groupe français Eramet. Sur un potentiel national évalué à quatre millions de tonnes de manganèse à valoriser sur place, la part d'Eramet ne représente actuellement que 700 000 tonnes, soit environ 17,5 % du volume global, tandis que d'autres opérateurs comme Nouvelle Gabon Mining et le groupe chinois CITIC cumulent près de 300 000 tonnes. L'arrivée de nouveaux investisseurs mondiaux permettra de compléter ces capacités afin d'atteindre les objectifs fixés par Libreville.
Pour orchestrer cette mutation, le gouvernement déploie des zones économiques industrielles spécialement aménagées pour accueillir ces nouveaux partenaires. Le ministre Lubin Ntoutoume résume la philosophie de cette réforme : « Cela signifie que la capacité de transformation nationale n'est plus plafonnée par la capacité d'investissement des groupes miniers et s'ouvre maintenant à de multiples acteurs internationaux. Le principe posé est celui de l'équité : même obligation de transformer, même échéance, mêmes conditions d'accès au foncier, à l'énergie et au transport pour tous les opérateurs. Le Gabon est une terre d'opportunités ouvertes au monde entier, mais dans une collaboration d'égal à égal. »
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Le ministre précise par ailleurs que « l'objectif de 4 millions de tonnes transformées n'a pas changé. Il ne repose pas sur un seul groupe : il se répartit entre les trois producteurs miniers mais surtout entre les industriels internationaux appelés à s'installer dans les zones économiques industrielles prévues à cet effet, et ils sont déjà nombreux à avoir manifesté leur intérêt et fourni des garanties solides. »
Appels à concurrence
Cette impulsion donnée à la concurrence s'inscrit dans un cadre légal particulièrement rigoureux adopté récemment par les autorités. Le Gabon a en effet formalisé l'interdiction totale d'exporter du manganèse sous sa forme brute à compter du 1er janvier 2029. Afin de permettre l'adaptation des chaînes logistiques et la construction d'infrastructures adéquates, une période transitoire de trois ans faisant office de moratoire a été accordée aux opérateurs du secteur. Ce virage réglementaire contraint l'ensemble des compagnies minières à investir localement dans des unités de valorisation métallurgique, condition sine qua non pour conserver leur droit d'exploitation sur le territoire gabonais.
Cette redistribution des cartes intervient après des décennies de suprématie quasi exclusive exercée par le groupe français Eramet. Présent au Gabon depuis la fin des années 1950 à travers sa filiale Comilog, le géant français exploite le gisement de Moanda, l'un des plus riches au monde. Eramet gère également le transport ferroviaire du minerai via la Setrag sur le réseau du Transgabonais. Face aux nouvelles exigences de Libreville, le groupe a conclu des protocoles d'accord et des feuilles de route prévoyant la montée en puissance progressive de ses capacités de transformation, avec une cible de 700 000 tonnes traitées par an d'ici fin 2031. Néanmoins, l'entrée en scène de nouveaux industriels internationaux marque la fin d'un chapitre historique et contraint l'opérateur historique à s'inscrire dans un paysage minier gabonais désormais multipolaire.
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