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Présidentielle 2025 : Hiram Iyodi et Bouhga Hagbe prônent la rupture avec le Franc CFA

À quelques jours du scrutin du 12 octobre, deux candidats à la présidentielle camerounaise se distinguent par une ambition commune : redonner au pays le contrôle de sa politique monétaire. Le plus jeune, Samuel Hiram Iyodi, et l’ancien du FMI, Jacques Bouhga Hagbe, plaident chacun pour une sortie du Franc CFA et une refondation de la gouvernance économique nationale. Lecture croisée de leur programme. ​

Publiée mercredi 8 octobre 2025 à 18:47:19Modifiée mercredi 8 octobre 2025 à 18:47:21Temps de lecture 12 minPar Marius Zogo

Candidats à la magistrature suprême, Hiram Samuel Iyodi et Jacques Bouhga Hagbe inscrivent leur vision économique dans la quête d’un Cameroun souverain et prospère. Le premier, chantre d’un afro-socio-libéralisme fondé sur la justice sociale et la prospérité partagée, prône un État stratège au service d’une économie productive et inclusive. Le second, partisan d’une révolution technologique et participative, mise sur l’innovation, la numérisation et la démocratisation du capital pour redessiner les fondations du modèle camerounais.

Lire aussi : Présidentielle Cameroun 2025 : Bello Bouba et Issa Tchiroma face aux défis économiques camerounais

Gouvernance et transparence

Candidat à l’élection présidentielle du 12 octobre 2025, Hiram Samuel Iyodi place la bonne gouvernance au cœur de son projet politique, misant sur la transparence, la méritocratie et la responsabilité publique. S’il accède à la magistrature suprême, le candidat de 39 ans promet une refondation institutionnelle fondée sur l’exemplarité et l’État de droit.

Le leader du Mouvement Patriotique pour la Prospérité du Peuple (MP3) entend notamment faire adopter une nouvelle loi anticorruption, renforcer les pouvoirs d’investigation et de poursuite de la CONAC (Commission nationale anticorruption), et appliquer strictement l’article 66 de la Constitution, qui impose la déclaration des biens et avoirs des responsables publics — une mesure restée lettre morte depuis sa promulgation en 2006.
Hiram Iyodi veut également rendre opérationnelle la Haute Cour de Justice, prévue à l’article 53 de la Constitution de 1996, pour juger les hauts commis de l’État et garantir la reddition de comptes au plus haut niveau.

De son côté, Jacques Bouhga Hagbe propose une approche plus technologique et participative de la gouvernance. Le candidat du Mouvement Kamerun souhaite mettre en place une plateforme électronique de dénonciation anonymepermettant à tout citoyen de signaler les malversations. Cette plateforme serait connectée à une Unité spéciale anticorruption placée sous l’autorité de la Présidence de la République.
« Nous mettrons sur pied une interface numérique ouverte à tous pour dénoncer les abus et communiquer de manière anonyme avec l’Unité anti-corruption », explique-t-il, estimant que la digitalisation du contrôle citoyen est la clé d’une administration plus intègre et réactive.

Lire aussi : Présidentielle Cameroun 2025 : Osih Vs Libii, deux visions pour redresser l’économie camerounaise

Fonction publique

La rémunération des agents de l’État et la modernisation de l’administration figurent parmi les priorités des deux candidats, mais leurs approches divergent profondément.
Pour Hiram Samuel Iyodi, président du Mouvement Patriotique pour la Prospérité du Peuple (MP3), la réforme de la fonction publique doit passer par la performance et la responsabilisation individuelle. Il propose de « moderniser et optimiser le fonctionnement de l’administration publique par la contractualisation des cadres sur la base de contrats de performance renouvelables », afin de renforcer la culture du résultat et d’assurer une meilleure efficacité des services publics.

À l’inverse, Jacques Bouhga Hagbe, du Mouvement Kamerun, met l’accent sur l’équité salariale et la compétitivitédu secteur public. Il prévoit la mise en place d’une grille salariale unique couvrant l’ensemble de la fonction publique et l’indexation des salaires publics sur ceux du secteur privé, tout en les maintenant « entre 15 et 20 % en dessous », afin de réduire les écarts de rémunération et de limiter la fuite des compétences vers le secteur privé.

Capital humain et bien-être social
Sur le terrain du capital humain, les deux candidats font de l’éducation, de la santé et de la protection sociale des piliers de leur projet de société, mais avec des visions et instruments d’action très contrastés.

Pour Hiram Samuel Iyodi, le Cameroun doit investir massivement dans le savoir et la dignité. Le leader du Mouvement Patriotique pour la Prospérité du Peuple (MP3) mise sur une réforme du système éducatif fondée sur l’excellence, l’innovation et l’employabilité. Il prévoit un programme national de bourses scolaires destiné à récompenser les élèves et étudiants les plus méritants, ainsi qu’une refonte complète de la santé publique et de la sécurité sociale. Parmi ses mesures phares figurent l’instauration d’un revenu universel de base pour réduire les inégalités et préserver la dignité de tous les Camerounais, et la décentralisation de la gestion des prestations sociales afin de rapprocher les services sociaux des citoyens à l’échelle régionale.

L’ancien économiste du FMI, Jacques Bouhga Hagbe, affiche quant à lui une ambition technologique et systémique. Il propose une transformation numérique du système éducatif, articulée autour du télé-enseignement et de l’accès généralisé aux outils numériques. Son programme prévoit la distribution d’ordinateurs aux élèves, la mise en ligne de tous les cours pour l’ensemble des niveaux scolaires et la création d’un programme d’assistance scolaire à distance via des “fichiers uniques”.
« Nous réformerons le système éducatif camerounais pour qu’il produise davantage d’innovateurs et qu’il réponde mieux aux besoins du marché du travail », explique-t-il.

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Dans le secteur de la santé, Bouhga Hagbe plaide pour une gestion centralisée et modernisée. Il souhaite créer une Société nationale des hôpitaux et centres de santé (SNHCS), une “entreprise populaire” chargée de reprendre la gestion des structures publiques existantes, d’en construire de nouvelles et d’en assurer la maintenance. Il prévoit également la mise sur pied de fonds spéciaux pour réduire le coût des soins, notamment via des mécanismes de cofinancement de polices d’assurance maladie accessibles à tous, qu’ils soient soignés dans des structures publiques ou privées.

Politique monétaire

Ancien économiste du FMI, Jacques Bouhga Hagbe accorde une place centrale à la souveraineté monétaire dans son projet politique. Il propose une sortie de la zone franc CFA et la création d’une monnaie nationale baptisée “krou”, gérée par une Banque centrale du Kamerun entièrement autonome.
« Nous sortirons de la zone CFA et mettrons sur pied une monnaie nationale, le krou, gérée par la Banque centrale du Kamerun. Nous autoriserons l’émission de monnaies privées sous sa supervision afin de doper le crédit à l’économie », explique-t-il.
Le candidat de 51 ans inscrit également sa vision dans une dynamique continentale, en appelant au lancement effectif du Fonds monétaire africain (FMA) et à la création d’un droit de tirage africain (DTA) destiné à faciliter les transactions entre pays africains et avec la diaspora sans passer par des monnaies étrangères.

Samuel Hiram Iyodi, lui, se montre plus pragmatique mais partage l’objectif d’émancipation. Il prône une réforme immédiate du franc CFA, incluant le changement de nom, la révision du régime de change et de convertibilité, la localisation des imprimeries sur le continent et le retrait des puissances étrangères des instances de gouvernance. En concertation avec les autres pays de la CEMAC, il souhaite en parallèle créer une monnaie digitale panafricaine, symbole d’une nouvelle ère d’indépendance financière.

Promotion des PME

Les petites et moyennes entreprises (PME) occupent une place stratégique dans les programmes des deux candidats, mais leurs leviers d’action diffèrent.

Pour Samuel Hiram Iyodi, les PME doivent devenir le moteur de la transformation économique nationale. Il propose d’introduire des mesures de discrimination positive (fiscales, foncières et douanières) au profit des entreprises dirigées par des femmes. Il prévoit également la défiscalisation des start-up et PME créées par des jeunes de moins de 30 anspendant leurs trois premières années d’activité, ainsi qu’un accompagnement prioritaire de l’économie rurale. Enfin, il entend encadrer et formaliser progressivement le secteur informel pour le transformer en vivier de croissance formelle.

De son côté, Jacques Bouhga Hagbe mise sur la simplification administrative et la transparence dans les marchés publics. Il prévoit une nouvelle classification des marchés pour garantir un accès équitable aux PME et la numérisation accélérée du secteur public, afin de faciliter le financement et la gestion des entreprises. L’objectif : réduire la bureaucratie, renforcer la traçabilité et stimuler l’investissement productif.

Promotion de l’import-substitution

La question de la dépendance commerciale revient également au cœur des priorités économiques. En 2024, le Cameroun a enregistré un déficit commercial de plus de 1 700 milliards FCFA, conséquence d’une forte dépendance aux importations de produits alimentaires et manufacturés.

Pour Jacques Bouhga Hagbe, la solution passe par une refondation structurelle de l’agriculture. Il propose de créer une entreprise populaire dénommée Agricultural Development Corporation (ADC), chargée de reprendre et d’élargir les missions de la Cameroon Development Corporation (CDC). Cette structure aurait pour rôle d’encadrer techniquement les agriculteurs et éleveurs à travers des contrats de partenariat et d’assurer l’écoulement de la production nationale, reprenant en partie les fonctions de l’ancien Office national de commercialisation des produits de base (ONCPB).

Samuel Hiram Iyodi privilégie une approche décentralisée et intégrée. Il veut créer un pôle de croissance agricole dans chaque département du pays, fondé sur un partenariat public–privé–communautés locales, afin de renforcer l’autosuffisance alimentaire et de soutenir une politique industrielle à ancrage local, connectée aux filières agricoles, halieutiques et minières.

Politique de l’emploi

Face à un taux de chômage estimé à 74 % selon les dernières évaluations nationales, Samuel Hiram Iyodi et Jacques Bouhga Hagbe abordent la question de l’emploi avec des approches résolument différentes, mais un objectif commun : redonner de la vitalité au marché du travail camerounais.

Le candidat du Mouvement Patriotique pour la Prospérité du Peuple (MP3), Hiram Samuel Iyodi, mise sur l’adéquation entre la formation et l’emploi. Il préconise une refonte complète du système éducatif et de formation professionnelle, avec une régionalisation des programmes pour les adapter aux ressources et au potentiel économique de chaque territoire. Sa stratégie s’appuie sur la professionnalisation des enseignements et la spécialisation des filières dès le secondaire, en étroite collaboration avec le secteur privé.
Par ailleurs, il propose la création d’incubateurs régionaux dans le cadre de partenariats public-privé pour soutenir l’entrepreneuriat des jeunes et promet la défiscalisation des start-up et PME fondées par des citoyens de moins de 30 ans durant leurs trois premières années d’activité.

Jacques Bouhga Hagbe, quant à lui, inscrit sa politique de l’emploi dans une logique d’inclusion et de modernisation administrative. Il souhaite favoriser l’accès au travail pour les femmes et les personnes handicapées, en permettant notamment aux entreprises de convertir les salaires versés à ces groupes vulnérables en crédits d’impôt.
Il envisage également la création d’une Agence d’informatisation du secteur public, chargée de superviser la numérisation accélérée de l’administration et de l’économie, via notamment le développement d’une application téléphonique nationale (“fichier unique”) destinée à simplifier les transactions avec l’État et encourager la digitalisation des pratiques administratives et sociales.

Gestion des finances publiques

Sur le plan budgétaire, les deux candidats s’accordent sur la nécessité de mieux orienter la dépense publique, mais divergent dans leurs méthodes et leurs priorités. Pour Hiram Samuel Iyodi, la priorité est à la rigueur budgétaire. Il entend instaurer des mesures strictes de réduction du train de vie de l’État, afin de rediriger les recettes publiques vers les infrastructures sociales de base : routes, transports, écoles, centres de santé et logements sociaux.
Le candidat du MP3 ambitionne également de renforcer la coopération avec les partenaires au développement et la diaspora, en plaidant pour une renégociation intelligente de l’aide publique au développement, orientée vers l’annulation de la dette, le financement de l’entrepreneuriat privé et la promotion de la sous-traitance locale.

Jacques Bouhga Hagbe, fort de son expérience au Fonds monétaire international (FMI), prône une approche plus technocratique fondée sur la redevabilité et la transparence institutionnelle. Il propose de “discipliner” l’action publique, y compris celle du président de la République, par la création d’une Agence de suivi du plan de travail présidentiel.

Cette structure serait chargée de mesurer, évaluer et publier tous les six mois un rapport sur l’exécution du programme présidentiel et gouvernemental. Objectif : rendre des comptes régulièrement au peuple camerounais et instaurer une nouvelle culture de performance au sommet de l’État.

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