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Ramon Ynaraja : « la BEI veut financer davantage de projets emblématiques en Afrique centrale »

Avec plus de 20 milliards d’euros investis en Afrique au cours de la dernière décennie, la Banque européenne d’investissement entend renforcer sa présence en Afrique centrale. Énergie, infrastructures, accès au financement des PME et intégration régionale figurent parmi les priorités affichées. Dans cet entretien à EcoMatin, Ramon Ynaraja, directeur régional de la BEI pour l’Afrique centrale, revient sur les freins qui limitent encore l’attractivité de la sous-région et expose les leviers que l’institution européenne entend mobiliser pour accélérer les investissements à fort impact.

Publiée lundi 15 juin 2026 à 11:29:51Modifiée lundi 15 juin 2026 à 19:15:39Temps de lecture 7 minPar Marius Zogo

Ramon Ynaraja, directeur régional de la BEI pour l’Afrique centrale

Depuis votre prise de fonction à la tête de l’Afrique centrale pour la Banque européenne d’investissement, quel regard portez-vous sur les dynamiques économiques de la région ?

La région d’Afrique centrale couverte par ce bureau comprend les six pays de la CEMAC, ainsi que São Tomé-et-Príncipe et la RDC. Il s’agit d’une région dotée d’un potentiel économique considérable et présentant une grande diversité.

À la BEI, nous portons un grand intérêt à cette région afin d’apporter une contribution à son développement économique inclusif au moyen des différents instruments financiers et non financiers dont nous disposons.

La Banque européenne d’investissement a engagé 3,1 milliards d’euros en Afrique en 2025, soit près d’un tiers de ses financements hors UE. Comment expliquez-vous cette montée en puissance du continent dans la stratégie globale de la BEI, et cette dynamique est-elle appelée à s’accélérer ?

Au cours de la dernière décennie, nous avons investi sur l'ensemble de l'Afrique plus de 20 milliards d'euros, et mobilisé plus de 50 milliards d'euros, dont la moitié dans le secteur privé. Nous agissons dans le cadre de partenariats solides avec la Commission européenne, les agences de développement des États membres de l'UE (comme l'AFD en France ou KfW en Allemagne), les autres institutions multilatérales internationales et les acteurs locaux.

Lire aussi : BEI : Ramon Ynaraja prend la tête de la région Afrique centrale depuis Yaoundé

La BEI est sur la bonne voie pour mobiliser un tiers des 300 milliards d'euros d’investissements que la Commission s'était fixée à l'horizon 2027 pour la stratégie Global Gateway. Vu la mobilisation et les résultats déjà obtenus, l’objectif a été revu et est désormais de 400 milliards d'euros.

L’Afrique centrale reste moins représentée parmi les principaux bénéficiaires des financements de la BEI, derrière des économies comme le Maroc, le Nigeria, l’Égypte et le Malawi. Quels sont, selon vous, les principaux freins structurels qui expliquent cette situation ?

L’Afrique centrale est une région du continent que la BEI observe et suit avec un grand intérêt via notamment ce bureau régional que je dirige. Notre action se mesure avant tout sur l’impact des projets que nous finançons au-delà des montants de ces financements, comme par exemple la réhabilitation de la ligne ferroviaire Bélabo-Ngaoundéré au Cameroun, le traitement des déchets à Libreville, l’amélioration du service d’eau potable à São Tomé e Príncipe, ou encore l’accélération de la transformation digitale en République du Congo. Notre objectif est de répondre efficacement aux priorités nationales et aux besoins d’investissement des différents pays de la région par des financements adaptés, et n soutenant des projets ayant un réel impact sur la vie économique comme celle quotidienne des habitants.

Au cours de la dernière décennie, nous avons investi sur l'ensemble de l'Afrique plus de 20 milliards d'euros, et mobilisé plus de 50 milliards d'euros, dont la moitié dans le secteur privé.

Nous avons également financé des projets de petite et moyenne envergure à travers notre réseau d’intermédiaires financiers qui, dans les différents pays, nous aident à transformer nos ressources en investissements concrets et créateurs d’emplois. Au Cameroun, les lignes de crédit signés avec les banques CBC et CCA témoignent de l’impact réel des fonds de la BEI sur les PMEs camerounaises.

Et nous sommes prêts à faire plus pour cette région avec l’UE et nos partenaires, à relever ensemble les défis pour répondre aux besoins d’investissement, à saisir les opportunités offertes par les différents pays pour financer des projets emblématiques dans des domaines prioritaires comme le transport, l’énergie ou l’eau et l’assainissement.

Dans un contexte de besoins massifs en infrastructures, notamment dans l’énergie et les transports, quels seront vos critères de priorisation des projets en Afrique centrale et comment ces priorités se déclinent-elles concrètement selon les réalités propres à chaque pays de la sous-région ?

Notre priorité est de financer des projets à fort impact qui favorisent une croissance durable, l'emploi et l’amélioration de la qualité de vie au quotidien. En octobre, notre conseil d'administration a approuvé de nouvelles orientations stratégiques pour BEI Monde, notre branche dédiée au développement et aux partenariats internationaux. Pour l’Afrique centrale, nos priorités sont l’appui aux systèmes énergétiques performants et nécessaires pour la croissance économique inclusive, les corridors de transport favorisant l’intégration régionale entre les pays, et l’appui au secteur privé au travers de nos lignes de crédit pour les PMEs.

La BEI met l’accent sur le soutien au secteur privé, en particulier les PME. Dans des économies où l’intermédiation financière reste limitée, comment améliorer concrètement l’accès de ces entreprises aux financements ?

L’accès au financement constitue une contrainte majeure pour les PME, comme le montrent régulièrement toutes les enquêtes en Afrique subsaharienne. De multiples facteurs expliquent cette barrière et cette exclusion des services financiers de base. À la BEI, notre contribution se concentre sur la mise à disposition de ressources financières à faible coût pour les intermédiaires financiers, accompagnée d’actions importantes d’assistance technique tant pour ces intermédiaires que pour leurs clients potentiels.

Pour l’Afrique centrale, nos priorités sont l’appui aux systèmes énergétiques performants, les corridors de transport et l’appui au secteur privé au travers de nos lignes de crédit pour les PMEs.

Avec notre expertise, nous accompagnons également les entreprises : l’assistance technique est souvent l’élément qui permet de lever les obstacles auxquels les PME sont confrontées, qu’ils soient de nature technique, juridique, réglementaire ou simplement liés à un manque d’information.

L’initiative « Mission 300 » vise à élargir l’accès à l’électricité en Afrique. Quelle place spécifique l’Afrique centrale peut-elle occuper dans cet objectif, compte tenu de son potentiel énergétique, notamment hydroélectrique ?

Au sein de la BEI, nous souhaitons que notre contribution à l’accès à l’électricité en Afrique soit coordonnée avec l’Union européenne et ses États membres, afin que, grâce à la combinaison de toutes les forces européennes, nous puissions faire davantage et mieux dans ce domaine.

Lire aussi : La BEI veut débloquer 120 milliards FCFA pour le projet de contournement de Yaoundé

Chaque pays nécessitera des solutions différentes, et nous sommes à l’écoute de chacun afin de pouvoir proposer une offre européenne cohérente, pertinente et à fort impact, démontrant comment un effort conjoint peut booster l’accès à ce service essentiel dans un pays. Nous voulons aller loin — c’est pourquoi nous avançons ensemble.

Au-delà des engagements financiers, la question de l’exécution des projets reste un défi récurrent. Quels leviers comptez-vous activer pour accélérer la mise en œuvre des financements en Afrique centrale, et en maximiser l’impact économique ?

Il est vrai que la mise en œuvre des projets est un défi. Nous avons examiné plusieurs alternatives afin d’améliorer cet aspect, mais l’efficacité de ces mesures repose sur une collaboration étroite et coordonnée avec l’ensemble des parties prenantes. Le bureau régional que je dirige s’inscrit pleinement dans une logique de partenariat de proximité, pour relever tous ensemble ce défi.

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