En République centrafricaine, l’État multiplie les initiatives pour reprendre le contrôle de ses vastes ressources minières. Le 28 avril, une réunion de sensibilisation organisée à Bangui, avec l’appui de INTERPOL, a réuni une vingtaine d’acteurs de la chaîne répressive et administrative afin de renforcer la lutte contre l’exploitation minière illégale, véritable talon d’Achille de l’économie nationale.
Autour de la table, un large éventail d’institutions — mines, environnement, justice, douanes, forces de sécurité et services d’investigation financière — mobilisées pour tenter d’endiguer un phénomène qui dépasse largement le cadre sectoriel. Car derrière l’or et le diamant se développe une économie parallèle alimentée par la contrebande, les flux transfrontaliers illicites et, dans certains cas, des groupes armés
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Avec plus de 470 indices miniers recensés, la République centrafricaine dispose d’un potentiel considérable. Pourtant, cette richesse reste peu transformée en valeur économique. Selon la Banque africaine de développement (BAD), près de 75 % de la production de diamants échappe au contrôle de l’État. Les pertes liées aux flux financiers illicites dans le secteur extractif sont estimées à 267 millions de dollars par an (environ 150 milliards de FCFA), soit près de 17 % du PIB.
Dans ce contexte, l’or apparaît désormais comme le principal moteur du secteur. En 2025, il a généré 131,7 milliards de FCFA de revenus, en hausse de plus de 820 %, tiré par l’envolée des cours internationaux. À l’inverse, le diamant, historiquement dominant, s’est effondré, avec seulement 3,41 milliards de FCFA de recettes, en baisse de 38,4 %.
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Ce basculement ne règle toutefois pas le problème central : la captation de la rente minière. Malgré la progression de la production aurifère, les recettes fiscales restent faibles — à peine 2,95 milliards de FCFA de taxes sur l’or — en raison d’un cadre fiscal peu contraignant et d’un contrôle limité des sites.
Pour les autorités, le recours à INTERPOL traduit une prise de conscience : l’exploitation minière illégale ne constitue plus seulement un enjeu économique, mais également sécuritaire, en alimentant des circuits de blanchiment d’argent et des activités criminelles.
Un Code minier encore peu appliqué
Sur le terrain, la réalité reste préoccupante : exploitation sans autorisation, travail des enfants, dégradation environnementale et accidents fréquents. Autant de défis qui nécessitent une réponse coordonnée, notamment en matière d’enquête et de renseignement.
Adopté en 2024, le nouveau Code minier peine encore à produire ses effets. Faute de moyens, de capacités de contrôle et de numérisation — seuls 12 % des services publics sont digitalisés — son application demeure partielle. Résultat : le secteur minier ne contribue qu’à 2,8 % du PIB, loin de la moyenne régionale de 9,6 % en Afrique subsaharienne.
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Dans ce contexte, l’initiative conjointe avec INTERPOL apparaît comme une nouvelle tentative de reprise en main. Mais elle met aussi en lumière les limites structurelles de l’action publique. Sans réforme en profondeur de la gouvernance minière, amélioration du contrôle territorial et modernisation de l’administration, la République centrafricaine risque de continuer à voir sa rente s’échapper hors des circuits formels.











