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Politiques Publiques

Recettes, dépenses, dette, salaires… : les grandes lignes du budget 2026 du Tchad

Le gouvernement tchadien vient de soumettre au Parlement, un projet de loi de finances qui table sur la chute des recettes de 9% contre une augmentation de 7% pour les dépenses, nécessitant un besoin de financement de 359 milliards FCFA au cours de l’exercice 2026.

Publiée mardi 9 décembre 2025 à 10:25:55Modifiée mardi 9 décembre 2025 à 10:25:57Temps de lecture 7 minPar Marius Zogo

Mahamat Idriss Déby, président du Tchad
Mahamat Idriss Déby, président du Tchad

Le ministre des Finances et du Budget du Tchad, Tahir Haid Nguilin, a présenté le Projet de Loi de Finances initiale (PLFI) pour l’exercice 2026 au Parlement le 2 décembre dernier. Le document révèle un tableau macroéconomique mitigé, combinant des prévisions de croissance optimistes avec des pressions persistantes sur les revenus pétroliers et le taux de change. Dans la foulée, le taux de croissance économique est projeté à 5,8 % pour 2026, marquant une accélération significative de 1,5 point par rapport aux 4,3 % enregistrés en 2025. Pour ce qui est du taux de change, il est attendu à 550 FCFA pour 1 dollar US, contre 600 FCFA en 2025. De plus, le document anticipe une baisse continue du prix du baril de pétrole sur le marché international. Malgré la baisse des prix, une légère embellie est annoncée sur la production pétrolière.

Les recettes budgétaires chutent de 9%

Le Tchad prévoit des recettes budgétaires totales s'élevant à 2 202 milliards FCFA. Ce chiffre représente toutefois une baisse significative de 9 % par rapport aux prévisions de l'exercice précédent. Cette contraction des ressources de l’État est directement imputable à la chute drastique des recettes pétrolières. Celles-ci devraient se replier lourdement pour atteindre 779,9 milliards FCFA en 2026, soit une baisse de 22 % par rapport à l'année antérieure. Si ces perspectives se réalisent, les recettes issues de la vente de l’or noir ne représenteront plus que 35,4 % des recettes globales du pays de Toumaï en 2026, contre 41 % un an auparavant.

Les recettes seraient également tirées vers le bas par les recettes dites administratives (non fiscales). La Direction générale du Trésor et de la Comptabilité publique projette de ne capter que 391,9 milliards FCFA, soit une baisse de 36%. Les dons vont replier de 1% à 401 milliards FCFA. Par contre, les recettes fiscales devraient augmenter de 7% à 1 405,9 milliards FCFA principalement soutenues par les impôts prévues à 1 057,6 milliards en 2026 contre 1 008,9 milliards en 2025. Les recettes douanières sont prévues en hausse de 15% à 303,8 milliards après 264,9 milliards FCFA.

Les dépenses augmentent de 7%

Contrairement aux recettes qui sont en baisse, les dépenses budgétaires du Tchad devraient progresser de 7 %, passant de 2 323 milliards FCFA en 2025 à 2 477 milliards FCFA en 2026. Cette augmentation est orientée et tirée par quatre postes de dépenses majeurs, reflétant les priorités du gouvernement de transition. Les dépenses d’investissement représentent le poste le plus dynamique, atteignant 1 045 milliards FCFA (+7%). Cette forte allocation budgétaire est un signal de "l’intérêt accordé au développement des infrastructures et du capital humain, conformément aux objectifs fixés par le Plan national de développement "Tchad Connexion 2030". L'investissement représente ainsi une part significative du budget total, illustrant la volonté de préparer la croissance future.

Lire aussi : Tchad : l’Etat veut supprimer la taxe sur les transferts d’argent pour dynamiser le mobile money dès 2026

Pour soutenir la résilience des populations et des institutions, et accompagner ''plus efficacement'' les mécanismes d’inclusion économique, N’Djamena va augmenter les transferts et les subventions de 22 %, pour atteindre 362 milliards FCFA. Par ailleurs, les dépenses liées aux biens et services sont projetées à 231 milliards FCFA, en hausse de 5 %. La masse salariale est prévue à 693 milliards FCFA, avec une faible augmentation de 1,9 %. Bien que la croissance de la masse salariale semble maîtrisée (+1,9 %), son poids sur les ressources propres de l'État demeure une préoccupation majeure. La masse salariale représenterait 72 % des recettes fiscales hors pétrole pour 2026, en légère amélioration par rapport aux 85 % enregistrés en 2025. Ce ratio de soutenabilité reste largement au-dessus du critère de convergence de 35 % admis au sein des six pays de la CEMAC. La masse salariale continue donc de grever les marges de manœuvre budgétaires du Tchad, malgré l'effort d'investissement public.

145 milliards FCFA pour les intérêts de la dette

En matière de stratégie d’endettement pour l'exercice 2026, le Tchad, maintient le cap d’une gestion prudente, tout en allouant ses priorités de remboursement. Le montant total alloué au remboursement des intérêts de la dette devrait atteindre 145 milliards FCFA en 2026, marquant une légère baisse de 2% par rapport aux 149 milliards FCFA prévus pour 2025. La priorité est désormais clairement donnée aux intérêts de la dette intérieure. Le montant prévu passe de 77 milliards FCFA en 2025 à 114 milliards FCFA en 2026 contre 31 milliards FCFA pour les intérêts de la dette extérieure. Le pays de Mahamat Idriss Déby Itno prévoit un taux d’endettement de 33 % du PIB pour 2026. Ce niveau est non seulement jugé soutenable, mais il est également largement en conformité avec le critère de convergence fixé par la Communauté Économique et monétaire de l'Afrique Centrale (CEMAC), dont le seuil maximal est de 70 % du PIB.

Un besoin de financement de 359 milliards FCFA

Au vu de l'anticipation d'une chute des recettes budgétaires face à une augmentation des dépenses prévues pour 2026, le Tchad se prépare à enregistrer un déficit budgétaire de 275 milliards FCFA. Pour le gouvernement, ce déficit ne représente qu'une partie de l'équation financière. Il est jugé « insuffisant pour assurer l’équilibre financier » du Projet de Loi de Finances 2026, car les besoins de financement globaux sont nettement supérieurs, s'élevant à 359 milliards FCFA. Ces besoins financiers supplémentaires de 359 milliards FCFA incluent plusieurs postes pour la santé financière de l'État.

Lire aussi : Le Tchad mise sur 1 045 milliards FCFA d’investissements pour booster ses infrastructures en 2026

Il s’agit des amortissements de la dette et les remboursements de prêts bancaires octroyés aux établissements publics, les déboursements prévus du Fonds monétaire International (FMI), la nécessité de ne pas accumuler de nouveaux arriérés sur l'exercice en cours, l'apurement des instances de paiement du Trésor datant de moins de trois mois (les créances dues aux fournisseurs). Pour combler ce gap de financement, le gouvernement de N'Djamena compte sur une stratégie de mobilisation de ressources diversifiée, combinant des sources internes et externes : les prêts Projets, les appuis Budgétaires, les émissions de titres et les emprunts.

Lire aussi : Tchad : le gouvernement prépare une taxe de 30% sur les produits éclaircissants

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