Au Cameroun, la Chambre des comptes révèle des incohérences dans la traçabilité des revenus miniers pour l’exercice 2024. Son Rapport définitif sur le compte de l’État met en évidence d’importants écarts entre les recettes déclarées par le Programme de sécurisation des recettes des mines, de l’eau et de l’énergie (PSRMEE) — un guichet placé au ministère des Finances où les opérateurs miniers s’acquittent de leurs obligations — et celles inscrites dans la balance définitive du Trésor public. Au total, près de 435 millions FCFA ont échappé à la consolidation comptable. Géré conjointement avec le ministère des Mines et du Développement technologique (Minmidt), le dispositif présente selon la Chambre « une situation comptable non sincère ».
Le document pointe notamment des divergences dans cinq catégories de recettes. Pour les « Droits fixes d’attribution, de renouvellement ou de transfert de titre du secteur industriel », le PSRMEE comptabilise 116,9 millions FCFA contre 100,8 millions dans les caisses du Trésor, soit un manquant de 16,1 millions FCFA (-13,7%). Pour les « Droits de collecte des substances précieuses », le logiciel enregistre 100,8 millions alors que le Trésor n’affiche que 25,7 millions, laissant apparaître un déficit de 75 millions FCFA (-74,4%). Les « Frais de consultation et d’acquisition des données géologiques et minières » présentent un trou de 122,4 millions FCFA (-94,8%), avec 129,1 millions collectés contre 6,6 millions effectivement comptabilisés. Enfin la ligne « Autres droits et taxes du secteur minier (ADTSM) » affiche un montant pourvu de 222,08 millions FCFA au PSRMEE contre « NÉANT » dans la balance du Trésor, soit une disparition totale de 222 millions FCFA des circuits comptables.
Lire aussi : Secteur minier : l'UA suggère au Cameroun de créer un fonds souverain pour tirer profit de ses ressources
À l’inverse, les « Frais sur lettres de voitures sécurisées » montrent un surplus : 84,8 millions pourvus via le PSRMEE contre 457,7 millions enregistrés par le Trésor, soit un écart négatif de 372,8 millions FCFA (-439,5%).
La nébuleuse persistante des lettres de voiture sécurisées
Parmi les anomalies relevées, celle portant sur les lettres de voiture sécurisées apparaît comme la plus énigmatique. Cet écart massif interroge à la fois sur le circuit de transmission de l’information et sur le contrôle effectif de ce mécanisme pourtant conçu pour sécuriser les flux de transport des substances minérales. La lettre de voiture sécurisée, censée tracer les cargaisons et faciliter la lutte contre la fraude, devient ainsi un maillon opaque dans la chaîne de gestion des recettes, au lieu de jouer pleinement son rôle de dispositif de transparence.
La Chambre des comptes recommande que « le Minfi et le Minmidt assurent la comptabilisation exhaustive des produits des mines ». Dans sa réponse, le ministère des Finances indique de son côté qu’il « prend acte » et qu’« une attention particulière sera portée sur ces rapprochements en 2025 ».
Lire aussi : Produits de carrières : Ce qui va changer avec la ''lettre de voiture sécurisée''












